Que faire de Bardamu?
Après la crise de folie de Bardamu, un débat contradictoire entre les autorités militaires et les autorités médicales est organisé pour savoir ce qu'on fait de lui (p.69) : imaginez cette délibération sous forme sonore ou écrite.
Les froides lumières qui défilaient devant moi étaient celles du couloir du lycée d'Issy-Les-Moulineaux. En fait il n'y avait pas que les lumières qui étaient froides, tous les recoins de cet hosto-école me renvoyaient une impression désagréable .
Les condés m'ont finalement déposé dans une vieille salle de classe réaménagée, dans laquelle m'attendaient une paire de toubibs et un militaire. Ils m'ont dévisagé, baladé, examiné de part en part avant d'aller se poser autour d'une grande table.
"Le garçon là , c'est un anarchiste , on va donc le fusiller , c'est le moment et tout de suite , y'a pas à hésiter , faut pas lanterner , puisque c'est la guerre ! " qu'il cria l'autre idiot de bidasse , avec toutes ses étoiles sur le tronc "Cet homme est un lâche , un peureux , un faible ! Il a trahi sa patrie ! Il payera pour ça ! ".
Mais le grand en blouse blanche a tout de suite répliqué " Cet homme n'est ni un lâche, ni un peureux : c'est un fou. Un homme syphilitique comme lui n'est pas sain d'esprit ". Eh bah ! Il en avait du culot le blouseux ! On répond pas à un gradé sans un culot comme le sien. "Nous allons nous en occuper. Cet homme mérite des soins et nous pouvons les lui fournir. Cependant nous ne pouvons pas le garder indéfiniment mais nous allons le soigner et en faire un soldat brave."
Quoi ? Me voilà dans de sales draps ! Pour rien au monde je ne retournerai au front. Autant accepter la proposition du militaire. "
"J'accepte ! Mais à une condition : si dans un mois il n'est pas soigné et prêt à se battre alors il mourra. Je cherche des résultats, pas des paroles " se réjouit le gradé.
Ils quittèrent alors tous la pièce sans même me regarder. Mon sort était scellé, j'allais mourir.
Théo