Penser après les cours...!

Pierrick Sorin, nantes, Projet d'artistes .

Par cyberblaise - publié le vendredi 28 mars 2014 à 10:05

Pierrick Sorin, 48 ans, vidéaste, expose au Centre des arts d'Enghien-les-bains, Val d'Oise.


 

 

 

 

 

 

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Nantes, projets d'artistes

Il s'agit de la réalisation d'un film vidéo qui, sous la forme d'un documentaire très classique, présente un ensemble d'œuvres monumentales implantées dans la ville. Une demi-douzaine d'artistes européens (sept exactement : un Britannique, une Hongroise, un Portugais, un Espagnol, une Allemande, un Grec et un natif de Nantes, tous interprétés par Pierrick Sorin) commentent, sur le terrain, leurs créations les plus folles. Inutile de dire que ces projets sont de pures fictions, n'ont aucune existence réelle (enfin, pour le moment...) et semblent, pour la plupart d'entre eux, parfaitement irréalisables.

 

 

 

 

 

 

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Ce film est une parodie des documentaires à vocation "culturelle" que l'on peut -ou que l'on a pu voir à une certaine époque- sur des chaînes de télévision comme Arte ou la Sept. La forme emprunte aux codes de ce type d'émission destinée à un public choisi. L'ambiance et le cadre sont gentiment extravertis, mais toujours avec mesure.
Pierrick Sorin, tel un
Zelig des arts plastiques, provoque le rire en incarnant des types d'artistes que l'on a forcément croisés un jour ou l'autre et dans lesquels nous retrouvons tous les défauts spécifiques à la profession.







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Le découpage de ce film s'appuie sur l'observation que fait Pierrick Sorin de véritables documentaires d'actualités culturelles. Ce faux documentaire débute par un générique qui par sa forme et le ton adopté va d'emblée camper l'état d'esprit de ce reportage : l'émission s'appelle FOLIES (1) et cette prétendue "folie" est immédiatement desservie et contredite  par l'aspect morphing mou de la police de caractère utilisée pour l'affichage du titre et surtout par l'immonde fond jaune-orangé ou jaune-verdâtre qui s'anime en lents mouvements perpétuels et qui évoque ces lampes d'ambiance mauvais goût des années 70 dont on retrouvera un vestige dans l'une des œuvres montrées plus tard dans le film. Un présentateur soigné aux gestes maniérés (col roulé, petites lunettes ovales et  léger accent britannique) dresse le programme de l'émission en n'omettant pas de signaler l'audace et le dynamisme de la ville de Nantes qui a commandé pour ses espaces publics des œuvres «spectaculaires et monumentales», («Ce soir nous n'allons pas très loin, nous allons à Nantes où il se passe des choses très surpre-nantes...». Volonté de marquer des valeurs d'ouverture à la fois aux idées, à l'internationalisme, à l'appropriation d'une certaine modernité incarnée par l'art contemporain et au sein de cet art contemporain l'avant-garde représentée par les "nouvelles technologies", ou plutôt par ce qu'il nomme «des technologies très novatrices». Première apparition de Pierrick Sorin, dans le rôle du journaliste qui présente l'émission (2) et que l'on retrouvera à la fin du reportage à l'instar de toute bonne émission télévisée de ce type.







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Vont s'enchaîner la description et l'explication, par chacun des artistes (cinq hommes et deux femmes, tous interprétés par Sorin lui-même), des sept œuvres sélectionnées pour figurer dans ces espaces publics. Pierrick Sorin est évidemment déguisé, le visage maquillé, excepté lorsqu'il joue son propre rôle (6) ; il est en possession de certains attributs (ordinateur portable, appareil-photo, caméra, mais aussi bloc-notes, pots de peintures, etc.) ; chaque attitude est façonnée en fonction du personnage incarné : l'artiste portugais (9) est exalté, l'artiste anglais (7) est un peu intello, prétentieux, comme l'espagnol (10) qui se double de la figure du mélancolique ; l'artiste hongroise (8), elle,  est vaguement inhibée, la photographe allemande (11) est d'une sensibilité excessive, quant à l'artiste grec (12), il s'agit carrément d'un mégalomane animé par les goûts les plus kitschs...). Le dernier (Pierrick Sorin, le natif de Nantes, 6) donne l'impression d'être un gentil pervers !
Sorin est filmé en play-back et une voix s'exprimant  dans la langue de l'artiste (parfois en anglais) est rajoutée comme s'il communiquait directement, face à la caméra. Et comme dans les reportages télévisés habituels, nous pouvons profiter d'une voix-off qui nous
traduit simultanément les propos en français.

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Le présentateur a annoncé les projets «les plus fous», des projets qui se caractérisent essentiellement par leur côté «spectaculaire et monumental», l'objectif étant de «bouleverser le paysage urbain». Et en effet, nous assistons à la présentation d'œuvres délirantes mais dont l'intérêt est soigneusement justifié, soit par l'artiste lui-même, soit par le commentaire en voix-off, tant sur les plans artistique, économique, scientifique, culturel, topographique, social, relationnel que sur celui de l'affectif ou encore de la sécurité des citoyens.

Les œuvres
-Des agrandissements holographiques de Nantais, courant pour attraper leur tram à l'heure de pointe,  seront proposés par l'artiste anglais, Ricky Pierson  (13)
-Une énorme goutte d'eau en suspension au dessus de la ville (14) sera réalisée par l'artiste hongroise, adepte de «
l'anti-forme», et pour réaliser cette œuvre extraordinaire, elle travaillera en collaboration avec les unités scientifiques les plus pointues du moment. 
-Sirki Pinheiro, l'artiste portugais exalté, se servira de la façade de la faculté de médecine de la ville de Nantes comme d'un écran géant où seront projetées des images d'opérations chirurgicales filmées en direct (15) mais retravaillée par ses soins de «manière organique».
-Le ténébreux artiste espagnol «
handicapé dès l'enfance» (mais qui travaille depuis vingt ans sur le thème du «corps en mouvement») fera danser les habitants sur le rebord du toit de l'opéra de la ville, sous forme d'hologrammes (16).
-La délicate
Krips  Roniker, d'origine allemande, fera apparaître dans le ciel un immense arc-en-ciel à l'échelle du paysage qui ne se manifestera pleinement que lorsque l'humeur des habitants sera réellement positive (17).
-Un autre projet titanesque est confié à un artiste grec,
Eros Spinaki, qui imaginera d'occuper un mini gratte-ciel au centre de Nantes en le transformant en une «lampe-aquarium» géante qui va s'animer de l'intérieur de mouvements gluants et colorés à l'image de ces lampes d'ambiance décoratives des années 70.  Il évoquera, à son sujet, un «hommage à l'apparition de la vie» et en fera le symbole de «l'identité visuelle de la ville» (18).

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Et enfin, la dernière œuvre  (ci-contre), c'est celle de Pierrik Sorin et il va en expliquer  le fonctionnement : l'œuvre devra être perçue de nuit par des gens qui sont en mouvement dans le tramway ; des mannequins alignés, légèrement différents l'un de l'autre, créeront l'illusion (à la manière du cinéma d'animation) d'une métamorphose d'un homme en femme ou de l'inverse.







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