Littérature et Renaissance : L'Oeuvre au noir de Marguerite YOURCENAR
Alexia l'a reconnu : elle a eu bien des difficultés à entrer dans ce roman dense et quelque peu austère. Dommage car la découverte de cette oeuvre est un véritable parcours initiatique à l'image du long cheminement de Zénon : ardu certes, mais enrichissant. Sans aucun doute, l'aventure du lecteur, contrairement à celle du héros, ne peut que bien s'achever ! Voici un résumé du roman :L'œuvre au noir[1] de Marguerite Yourcenar (Prix Femina, 1968)
Roman en trois parties.
Première partie : « La vie errante »
Zénon naît à Bruges des amours interdites entre un jeune et noble prélat florentin, Alberico de' Numi et une jeune Flamande, Hilzonde de Ligre, sœur d'un riche négociant et banquier de Bruges. L'enfant illégitime est élevé par son oncle maternel qui le confie à son beau-frère, le chanoine Bartholomé Campanus car son statut de bâtard le destine à devenir prêtre (p. 34). Mais Zénon a du goût pour l'étude et lit les philosophes paiens en cachette. Il s'intéresse à toutes les sciences et techniques et aime fréquenter le chirurgien-barbier Jean Myers. Il ne sera pas prêtre. Il quitte son pays et parcourt le monde, se constituant une solide réputation de médecin et d'alchimiste ....Il professe dans des traités des idées nouvelles qui déplaisent à l'heure où les guerres de religion font rage.
Deuxième partie : « La vie immobile »
Trente-cinq ans plus tard, Zénon revient clandestinement à Bruges sous une fausse identité (Sébastien Théus). Il exerce comme médecin à l'hospice de Saint-Cosme, un couvent de Cordeliers. Malgré la protection du prieur, il sera arrêté, soupçonné d'avoir couvert, sinon favorisé les relations sexuelles entre de jeunes moines et de jeunes demoiselles peu farouches.
Troisième partie : « La prison »
Zénon est traduit en justice. Rapidement disculpé du premier chef d'accusation, mais reconnu (on découvre sa véritable identité), il se voit mis en accusation pour ses anciennes prises de position contre la Sorbonne et le pape. Il risque le bûcher. Pour ne pas se rétracter et préserver sa liberté de pensée, il s'ouvre les veines.
[1] L'expression « l'oeuvre au Noir » désigne en alchimie la première des trois phases (avant l'œuvre au Blanc et l'œuvre au Rouge) dont l'accomplissement est nécessaire pour achever le « magnum opus », le Grand Œuvre. Ici la pierre philosophale , ce n'est pas la transmutation des métaux (le plomb ou le mercure changés en or) ou l'élaboration de l'élixir de longue vie, mais la transformation de l'alchimiste lui-même qui doit être « brûlé par l'acide des recherches » avant de connaître « la pureté ascétique » et au stade final, le « triomphe conjugué de l'esprit et des sens ».