Piscator et le théâtre documentaire
L'agit-prop, illustrée à travers le siècle par des artistes comme Maïakovski, Meyerhold, Wolf, Brecht ou Piscator, est liée à l'actualité politique et se présente avant tout comme une activité idéologique, qui entraîne une forme artistique nouvelle : elle proclame son désir d'action immédiate en se définissant comme « jeu agitatoire au lieu du théâtre » ou comme de « l'information plus des effets scéniques ». Ses interventions ponctuelles ou éphémères ne laissent que peu de traces au chercheur : le texte n'est qu'un moyen parmi d'autres pour toucher la conscience politique, relayé par des effets gestuels et scéniques. Un montage ou une revue politique constitués de numéros et de « flashes d'informations » à peine dramatisés fournissent le plus souvent la trame de la pièce d'agit-prop. Un ch½ur de récitants ou de chanteurs résume ou inculque les leçons politiques ou les mots d'ordre. Parmi les exemples les plus significatifs, Piscator met en scène pour le Parti communiste allemand la Revue Roter Rummel.
Par l'exploitation des matériaux bruts, l'agit-prop trouva ses propres limites : le discours politique le plus juste et le plus brûlant ne saurait convaincre que si les acteurs prennent en compte la dimension esthétique et la force de la théâtralité du texte et de sa représentation scénique. Nous renouons ici avec les théories d'Aristote qui insistent sur le filtrage du réel par l'art.
Héritier donc du théâtre politique allemand de l'entre-deux-guerres, c'est au-delà des limites temporelles de la période qui nous intéresse (1870-1945) que le théâtre documentaire sera le plus fécond.
En conclusion, nous pouvons dire que, dans les années trente, en Allemagne, puis aux États-Unis, Piscator contribue à développer grandement le théâtre documentaire pour être en prise sur l'actualité politique. « Mais c'est surtout depuis les années 1950 et 1960 que la littérature documentaire se constitue en genre dans le roman, le cinéma, la poésie, les pièces radiophoniques et le théâtre. Sans doute faut-il y voir une réponse au goût actuel pour le reportage et le document vrai, à l'emprise des médias qui inondent les auditeurs d'informations contradictoires et manipulées, et au désir de répliquer selon une technique similaire. »
Extrait de http://www.fabula.org/colloques/document1734.php