Descriptif du Projet Peanuts
Lycée Camille See, 42, avenue de l'Europe, 68025 Colmar
Année 2012-2013
Option facultative théâtre Lycée Camille See (Groupe 2)
Historique de la création du groupe : le nombre d'élèves demandant à s'inscrire en option facultative théâtre étant trop grand pour former un seul groupe, des premières et terminales L de spécialité théâtre souhaitant également présenter le théâtre en option facultative se sont réunis pour, au départ, travailler en candidats libres.
Fin octobre, bien que cela n'ait pas été prévu dans son service, l'enseignant en charge des élèves de seconde et nouvellement nommée sur le poste spécifique théâtre pour l'année 2013-2014 ( Mme Huckel-Ottenwelter), a accepté de travailler avec les élèves deux mardis par mois pendant deux heures, de 16h à 18h, d'abord dans une salle de travail de la CDE puis au lycée pour pouvoir avancer le cours de 15h à17h et ainsi perdre moins de temps dans les transports.
Le groupe, à l'origine composé de 11 personnes ( 5 Terminales L Théâtre et six Premières L Théâtre), s'est réduit à 9 personnes ( 5 Terminales et quatre Premières) au mois de janvier, deux élèves en difficulté scolaire s'étant désistés. Quatre élèves de terminales se sont inscrits à l'épreuve d'option théâtre facultative.
Les élèves n'ont pas travaillé avec un intervenant professionnel dans le cadre de l'option facultative mais sont en contact avec des professionnels pour leur travail en spécialité.
Projet mis en place
La réflexion a porté sur la question d'un théâtre politique contemporain : après avoir vu et étudié la représentation de Maître Puntila et son Valet Matti de Brecht, dans la mise en scène de Guy-Pierre Couleau et avoir constaté qu'un grands nombre de spectacles proposés dans la programmation 2012-2013 de la CDE invitaient à une réflexion sur les relations de pouvoir, les rapports de forces, le vivre ensemble, les conditions de vie imposées au « peuple », le groupe s'est interrogé sur la dimension politique du théâtre aujourd'hui.
Le professeur leur a alors proposé de travailler sur Peanuts de Fausto Paravidino, un jeune auteur italien qui avait 24 ans au moment de la rédaction d'un texte que l'on peut considérer comme une forme de « théâtre épique » démarqué de Brecht, peut-être même d'une sorte de « Lehrstuck ».
Il est inspiré à la fois de la bande dessinée Peanuts de Charles Schulz et des événements qui se sont déroulés à Gênes en 2001. Il est publié dans le même ouvrage que la pièce intitulée Gênes 2001, une forme de théâtre documentaire qui retrace ce qui s'est passé au contre-sommet du G8 en Italie. Le texte est publié à L'Arche dans une traduction de Philippe Di Meo.
Peanuts est donc inspirée de la répression policière qui s'est abattue sur les manifestants altermondialistes lors du sommet du G8 à Gênes en juillet 2001. Les affrontements avaient causé la mort d'un jeune italien, Carlo Giuliani. Celui-ci avait à peu près le même âge que le policier responsable de sa mort. Peut-être ces deux hommes se connaissaient-ils ? Peut-être avaient-ils regardé les mêmes émissions de télévision ? Des interrogations qui ont inspiré Fausto Paravidino, pour composer Peanuts, fresque en deux parties d'une bande de copains et copines avant et après le sommet de Gênes. Ces adolescents capricieux oscillent entre égoïsme aigu et désir de solidarité, addiction aux besoins matériels et envie de tout détruire.
La pièce est écrite selon le principe de la bande dessinée de Charles Schulz, en séquences courtes.
La première partie se passe dans un appartement que Buddy est censé garder pendant l'absence de la famille pour laquelle il travaille. Une bande de copains va s'incruster sans que Buddy n'arrive à les mettre dehors. L'appartement va subir de nombreuses dégradations. Cette première partie met en lumière l'absence de conscience politique d'une partie de notre société. Les scènes sont titrées de façon ironique par des thématiques politiques qui renvoient à la globalisation, un peu comme dans certaines pièces de Brecht. A la fin de cette partie, le jeune fils de la famille revient à l'improviste et met tout le monde dehors. Après, la pièce bascule.
Dix ans plus tard, les mêmes protagonistes se retrouvent dans un endroit que l'on peut supposé être la caserne de Bolzaneto où ont eu lieu des scènes de violence et d'humiliation sur des manifestants emprisonnés pendant trois jours. La volonté de domination et de pouvoir, l'autorité, la violence physique et le sens du devoir réduisent les rapports humains à néant. Cette seconde partie contraste nettement avec la légèreté de la première. La pièce se termine sur une deuxième version de la scène de transition avec l'arrivée du fils du propriétaire. Est-ce que cela aurait pu se passer autrement si Buddy avait réagi différemment ?
Pour Fausto Paravidino, ce n'est pas le 11 septembre 2001 qui marque le tournant du siècle mais, deux mois avant la chute des tours, les violences du sommet de Gênes. Dans ses deux pièces, Fausto Paravidino articule le travail de lutte contre la désinformation et de contre-information à une critique radicale du système économique et politique que constitue la démocratie de marché dont les Etats-Unis comme l'Europe sont autant d'exemples :
« Beaucoup de citoyens, et pas seulement ceux de ma génération, ne se sentent plus représentés par la politique traditionnelle et aujourd'hui, les mouvements contre la globalisation recherchent d'autres lieux et d'autres manières de faire de la politique. Les associations de volontariat sont souvent la réponse à cette envie retrouvée de faire la politique. Mais ce qu'on ressent est le manque d'un projet. Même l'âme verte et écologique de l'Europe ne bouge qu'à l'intérieur des catégories économiques propres à l'économie de l'exploitation. Au fond, l'Europe ne se différencie des Etats-Unis que par sa timidité, par moins d'arrogance, par un reste de culpabilité, dû, peut-être, à son passé colonialiste. Mais on n'en est pas encore à une inversion de la tendance capitaliste, celle qui mesure les paramètres de Maastricht en termes de croissance du PIB […], alors que l'objectif de l'économie mondiale devrait être la réduction du PIB. Je comprends que la crise du marché de l'automobile engendre du chômage, mais en arriver à souhaiter l'expansion perpétuelle du marché de l'automobile nous amènera tout droit à la catastrophe de l'environnement. Je n'ai pas de recettes, je constate seulement le manque d'une idée politique alternative. »
Les deux pièces abordent le même événement, à savoir le contre-sommet du G8 à Gênes en 2001, et plus précisément la brutalité de la répression de ce contre-sommet, qui a conduit à la mort du jeune Carlo Giuliani, sous deux versants : l'événement proprement dit dans Gênes 01, et le contexte politique et idéologique qui l'a rendu possible dans Peanuts.
Déroulement des séances :
Les premières séances qui se sont déroulées dans une salle de travail de la Comédie de l'Est ont consisté en exercices divers pour tenter de constituer le groupe, puis le texte a été proposé à la lecture, séduisant les élèves par la mise en perspective du comportement adolescent et de ses conséquences sur la société, par sa dimension comique également. Le travail a cependant été perturbé du fait du désistement de deux élèves alors que la distribution correspondait exactement au nombre de membres du groupe initial, il a donc fallu se répartir les rôles différemment.
La dramaturgie mise en œuvre par le groupe a voulu souligner le caractère didactique de la pièce en faisant d'une salle de classe l'espace scénique de base : les personnages étant des élèves proposant à leurs camarades un cours à leur manière sur les effets de la mondialisation. Les didascalies spatiales ne sont donc pas représentées de façon réaliste, le déplacement des chaises et des tables de la salle de classe évoquent les meubles nécessaires au jeu et sont faits à vue, après que l'on ait annoncé le thème que la scénette va illustrer. Les accessoires sont tirés des sacs de classe en fonction des besoins.
Dans la première partie, les acteurs vont forcer le jeu comme des personnages de dessins animés et se forger une voix que nous avons appelée de « muppets », exercice qui a été perçu comme difficile par certains élèves. A chaque scénette, ceux qui ne jouent pas dans la suivante retournent à leur bureau. Entre les scènes, parfois, les personnages se livrent à des sortes d'intermèdes qui exhibent constamment la théâtralité. Ce ne sont pas toujours les mêmes acteurs qui jouent les mêmes personnages, c'est alors un bonnet de couleur que les acteurs se transmettent qui permet au public d'identifier qui est qui.
Dans la deuxième partie, le côté BD est complètement escamoté et les scènes sont jouées de façon plus réalistes pour mettre en lumière la violence policière et la suppression des liens affectifs qui existaient entre la bande de « copains » dix ans après.
Le groupe n'a pas eu le temps de mettre en scène la totalité de la pièce du fait du manque d'assiduité de certains de ses membres et sans doute aussi de l'absence d'un intervenant. Le travail n'a ainsi pas pris la forme d'une représentation de fin d'année traditionnelle, il a été proposé sous la forme d'une lecture théâtralisée aux élèves de seconde de l'enseignement d'exploration art du spectacle, certaines parties de la pièce étant lues, d'autres-notamment les scènes prévues pour la passation de l'examen- jouées.
La dimension théorique du projet a été menée au fur et à mesure de l'avancée du travail sur le jeu et en fonction des spectacles vus dans la programmation de la CDE : rapports entre l'esthétique brechtienne et Peanuts, notion de théâtre documentaire, évocation de la mise en scène de Stanislas Nordey en 2006 avec les élèves du Théâtre National de Bretagne ainsi que celle plus récente d'une jeune compagnie suisse, la Cie ÜBERRUNTER dont il existe une captation sur Vimeo. Une rubrique du blog Penser après les cours a été créée à destination des élèves de l'option pour garder trace de certains points abordés en cours.
Les élèves ont été laissés libres du choix de leur recherche personnelle, pourvu qu'elle ait un lien, soit avec un spectacle vu dans l'année, soit avec la thématique des rapports entre théâtre et politique.
Spectacles vus à la CDE
Le groupe était abonné à la totalité des spectacles programmés par la CDE mais l'accent a été mis sur les pièces les plus susceptibles de donner lieu à une réflexion « politique ».
-Maître Puntila et son valet Matti, B. Brecht/Guy-Pierre Couleau
-Les Bâtisseurs d'Empire ou le Schmurz Boris Vian/ Pauline Ringeade
-Le Quai des oubliés, Compagnie Dromesko
-Samdi soir pou oublier et Paradise, compagnie créole/ François Bon/ Lolita Monga
-Quatre-vingt treize V.Hugo /Godefroy Segal
Les recherches personnelles :
Marjorie Beat :
Loris Bozon :
Jennifer Martin : Y-a-t-il un « physical theater » en France ?La découverte du théâtre gestuel de Jacques Lecoq.
Pauline Minoux :