Penser après les cours...!

Les personnages dans Un chapeau de paille d'Italie

Par cyberblaise - publié le mardi 9 avril 2013 à 13:27

Les personnages et la société dans un Chapeau de paille d'Italie

La Bourgeoisie

Le monde de la rente et du commerce (bourgeoisie financière et bourgeoisie

industrielle, petite bourgeoisie industrieuse)

Le bourgeois domine et remplit l'oeuvre entière de Labiche.

La bourgeoisie, c'est le champ d'observation de Labiche pendant le second empire.

Pour les connaître, les peindre de l'intérieur, les regarder chez eux : « Je me suis

adonné presque exclusivement à l'étude du bourgeois, du « philistin » ; cet animal

offre des ressources sans nombre à qui sait le voir. Il est inépuisable. C'est une perle de bêtise qu'on peut monter de toutes les façons... » Labiche.

La censure du second empire, qui était d'une sévérité vigilante a laissé représenter sans protester les comédies de Labiche même les plus cruelles sans s'émouvoir.

En nous présentant ce milieu qui va jouer un rôle d'autant plus grand qu'il fut mal

compris, Labiche nous montre le fonctionnement du mécanisme de la prise du

pouvoir par la bourgeoisie.

Le mépris pour les manières bourgeoises à l'intérieur de la bourgeoisie naît avec

Les Précieuses de Molière, mais c'est seulement sous le règne de Louis-Philippe

que le Bourgeois s'élève à la catégorie universelle et envahissante, suscitant un rejet tout aussi large. Lequel sévit remarquablement en France, c'est-à-dire à Paris, capitale du siècle. Dès le début le Bourgeois est montré comme accouplé à la bêtise, en tant que puissance motrice de l'histoire et de son progrès. On ne craint pas, chez le Bourgeois, une classe sociale, mais un être nouveau qui met fin à toutes les catégories précédentes en les absorbant sans exclusions dans une nouvelle humanité au profil indéfini car toujours changeant. La vision était exacte et

correspond à l'état normal des choses un siècle et demi plus tard, quand les sociétés dominantes finissent par s'appuyer avec des approximations, par excès ou par défaut, sur une classe moyenne omniprésente...

 

Le monde de la rente

· Fadinard

« Léonidas Fadinard, vingt-cinq ans rentier » (IV, 3) :

- Riche : domestique, cabriolet, intérieur bourgeois avec meubles en palissandre, son mariage même est une affaire économique, même s'il n'est pas sans éprouver du désir pour Hélène et de l'impatience à être déjà à « minuit et quart ».

- Rentier, il n'a pas de métier, pas d'activité de « production », aucun rapport avec le monde du travail, on ne sait d'ailleurs rien de lui, il n'a pas d'histoire, pas de famille,comment s'est-il enrichi, de quelles rentes vit-il ? On ne sait pas.

- Personnage sans profondeur temporelle ou existentielle (de son passé on

apprendra incidemment sa liaison avec Clara, c'est tout), sans histoire (tout ce qu'il souhaite c'est d'une vie sans accident, sans excès, il préfère la douceur insignifiante d'Hélène plutôt que l'érotisme d'une andalouse !), c'est justement le hasard fâcheux du chapeau mangé par son cheval qui lui crée des histoires.

- C'est un homme tout en surface, tout dans le présent et la fuite en avant, quasiment abstrait : « l'homme sans qualité » de l'époque moderne.« chanceux sont ceux qui arrivent à tout, les malchanceux ceux à qui tout arrive »(Labiche), il est la cible de toutes les rencontres intempestives et de tous les quiproquos


La « boutique »

Le monde du commerce et du petit commerce. Le tertiaire et la petite bourgeoisie

industrielle et industrieuse

· Nonancourt : pépiniériste à Charentonneau, commerçant enrichi, mais lié à la

ruralité, à la terre. Il a un côté « provincial » par opposition au citadin Fadinard dont il craint le mépris (toujours le comique moliéresque du « limousin » à Paris)

Lui en revanche a une famille, qui se compose de sa fille Hélène, (l'air godiche, dit

Félix), l'oncle Vézinet (le sourdingue), le cousin Bobin (le benêt amoureux),

cependant, il n'y a pas de mère, comme chez Fadinard, le mariage étant une affaire,un contrat, entre chefs de familles.

Tous, sans doute, empruntés comme des provinciaux en visite à Paris,

endimanchés. Famille traditionnelle aux liens affectifs hypertrophiés avec sa manie

(paysanne ?) des embrassades, sans compter l'attachement quasi incestueux entre Bobin et Hélène.

· Clara : modiste, peut-être au Palais-Royal ? Le monde de la mode, les

nouveautés, le commerce du luxe, les étoffes et les vêtements n'ont pas de secret

pour elle. Elle vit dans un univers très citadin et très « parisien ».

Qui est-elle, d'où vient-elle ? On peut imaginer, d'après sa liaison avec le rentier

Fadinard, que c'est une ancienne couturière, enrichie par un ou des protecteurs. Elle a sous ses ordres des ouvrières et un employé, Tardiveau qui en tant que comptable appartient au monde du commerce et du calcul.

 

Les soutiens de la bourgeoisie

L'armée

Représentée par Emile Tavernier, officier, lieutenant de l'armée d'Afrique (L'Africain, bénizoug-zoug, etc.) : la colonisation de l'Algérie ayant commencé en 1830. En 1847 se fait la capitulation d'Abd-El-Kader. Evocation sans insistance des débuts du colonialisme (orientalisme également)

Labiche présente quelquefois des militaires. Ce sont des individus qui comparés aux bourgeois montrent une extraordinaire fantaisie.

Les bourgeois les considèrent comme des aventuriers (Beni zoug zoug !) qui

dépensent leur solde et ne font pas d'économie. Ce sont aussi de terribles

séducteurs : prestige de l'uniforme et moustaches ! Enfin ils sont violents, ont

mauvais caractère et sont toujours prêts à se battre en duel : susceptibles, ils ne

badinent pas avec l'honneur.

 

La garde nationale

Avec son poste de police et sa prison ! Représentée comiquement par Tardiveau et le caporal qui passent leurs tours de garde à jouer aux cartes et à boire de la bière ou de l'eau sucrée. Mais Tardiveau est peut-être trop vieux (62 ans !) pour avoir participé aux émeutes et aux massacres de juin 1848...

 

L'aristocratie

La poursuite du chapeau provoque une intrusion dans le monde de l'aristocratie

monarchique L'ancienne noblesse à particules qui impressionne le bourgeois

Fadinard (il sait qu'on peut le mettre à la porte mais il fantasme comme beaucoup de Français, sur les valeurs féodales d'ancien régime). Il se retrouve non seulement « chez les maîtres », mais dans un monde de la richesse et de la « dépense », où on semble y jeter l'argent par les fenêtres ! « Le bourgeois de Labiche a l'esprit de classe. Il se méfie des aristocrates... Il a horreur des artistes, des savants, des intellectuels en général » Soupault.

· La Baronne de Champigny, possède un hôtel particulier.

Société de femmes ? Comme dans Balzac (Illusions, Goriot, etc.), c'est par les

femmes qu'on s'introduit dans cette aristocratie.

· Le Vicomte Achille de Rosalba, cousin de la Baronne, jeune lion, c'est à dire

jeune homme à la mode. « Lion se dit de jeunes gens riches, élégants, libres dans leurs moeurs et qui affectent une certaine originalité et particulièrement font de grandes dépenses. Lionne se dit d'une femme de même genre de vie et de mêmes prétentions, femme élégante et de moeurs légères. »

Mais ironie, Achille le lion est un romantique efféminé dans ce monde de femmes

plus qu'un dandy baudelairien.

Dans tous les cas ce monde aristocratique est lié à la vie artistique, à la mode, au

monde des arts : opéra, soirées musicales, concerts privés...

Avec un goût ostentatoire pour l'Italie lié sans doute à la mode de l'opéra, au succès de Rossini et au charisme des chanteurs lyriques (Alboni, Rubini). Il ne faut pas oublier non plus que le voyage en Italie était la première étape du voyage en Orient, voyage accompli par Labiche lui-même avec son ami Nadar en 1834 !

· Anaïs de Beauperthuis

Rétrospectivement on apprend qu'Anaïs est également de noblesse à particule et

que c'est la filleule de la Baronne.

Et donc Beauperthuis appartient aussi à l'aristocratie. Mais dans la didascalie initiale rien ne le « distingue » ni ne signale sa noblesse.

Au contraire le portrait qui en est fait par Virginie dans la première scène de la pièce assimilerait plutôt les Beauperthuis à un couple insignifiant, conventionnel de la bourgeoisie. Lui acariâtre, grognon, maussade, sournois, jaloux, elle chipie,

bégueule et légère. Ce dernier a également une tante qui appelée madame

Grosminet !

S'agirait-il d'une alliance (encore un contrat !) entre le bourgeois Beauperthuis et une aristocrate sans fortune ?

Socialement, politiquement, et idéologiquement, sous la Monarchie de Juillet, une

grande proximité éxistait entre l'aristocratie et la bourgeoisie industrielle. Confusion ici ?

 

Les domestiques

Les gens du peuple sont quasiment absents de la pièce, seuls les domestiques,

valets, et autres employés de maison représentent cette classe sociale,

instrumentalisée et violentée par la classe dominante.

Mais celle-ci s'en garde bien d'en faire des confidents, plaçant ces petites gens en

position de force, ce sont des larbins qui trompent leurs maîtres, se moquent d'eux

boivent leur vin, sollicitent des pourboires et ne jouent aucun rôle dans le ménage. Ils n'ont pour leurs maîtres aucun attachement, et réciproquement. Ce sont des témoins muets et sans indulgence qui cherchent à travailler le moins possible.

« Les bourgeois les payent mal et les supportent avec peine. Ce sont les seuls

parasites qu'ils admettent par vanité et parce qu'il est désagréable de n'être pas servi, mais c'est à regret... Ils sont nettement des ennemis dont le bourgeois ne se soucie pas. » (Philippe Soupault)

D'après le dossier pédagogique fourni par la CDE

 

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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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