Mont-Oriol de Maupassant
Christiane Andermatt, venue en Auvergne, sur les terres d'Enval, suivre un traitement contre une prétendue stérilité, s'éprend de Paul Brétigny dont elle aura une fille, tandis que son mari William Andermatt spécule sur des terrains de la région. L'intrigue amoureuse se double ainsi d'une intrigue financière, à laquelle s'ajoute une satire du milieu médical. À cette dernière s'ajoutent également une satire de la condition de la femme à travers le personnage de Christiane et sa grossesse ainsi qu'une satire de la finance au travers de la spéculation dont les personnages centraux sont, outre William, Clovis, le faux vagabond, et le père Oriol.
Une œuvre de Guy de Maupassant publiée en 1886 consacrée au développement d'une station thermale imaginaire, située en Auvergne, à laquelle il donne le nom de Mont-Oriol. Bien qu'il se soit plus largement inspiré de Chatel-Guyon où il a effectivement effectué une cure, cet ouvrage est une synthèse de ses observations à travers le thermalisme d'Auvergne qui est à ce moment en phase d'essor et d'essaimage.









Il souffre de plus en plus
des multiples complications que provoque cette maladie qui à l'époque
est évolutive et mortelle à terme.
Il souscrit à la mode du
thermalisme, pensant trouver dans cette nouvelle médecine une possible
rémission de son mal. Or depuis 1881, il est dans la période la plus
féconde de sa carrière d'écrivain, en même temps qu'il devient de plus
en plus solitaire. On lui a prêté une tendance à la dépression et à la
paranoïa auxquelles qui a été attribué à une prédisposition familiale
qui conjuguée avec les complications évolutives de la syphilis, le
rendent ombrageux et instable.
Il parcourt l'Auvergne,
l'Algérie, l'Italie, la Corse et la Côte d'azur (ou il est propriétaire
d'un yacht ancré dans le port de Cannes, le « Bel Ami ») . Pendant
cette période, il multiplie les cures à Chatel, à Aix les Bains, à
Plombières.
C'est pendant un séjour à
Cannes qu'il aura un premier accès de folie, il sera peu après transféré
dans la trop célèbre clinique psychiatrique du Dr Blanche à Paris, où
il mourra le 6 juillet 1893, à l'âge de 43 ans.
"
Ecrit en 1886 à la Villa Muterse à Antibes, à la suite d'une cure à Châtel, le roman Mont-Oriol est un témoignage presque unique sur la société qu'on retrouve à cette époque dans les villes thermales d'Auvergne, observée au moment même où le Thermalisme est en plein essor, en plein dans ce qu'on a appelé la "Révolution Thermale".
Il situe l'intrigue dans une station imaginaire, Mont-Oriol, qui est probablement une synthèse de ses observations dans les différentes stations d'Auvergne où comme ses personnages, il a certainement multiplié les excursions.
Le
« héros » de ce roman est Andermatt, un banquier juif à qui est venue
l'idée de développer une ville d'eau à partir d'une source découverte
accidentellement.
Le
personnage est assez outrancier, nous sommes quelques années avant
l'affaire Dreyfus, les préjugés antisémites sont à leur paroxysme,
Maupassant n'y échappe pas vraiment. Nous avons ici, un condensé de tout
le stéréotype de l'homme d'affaire juif tel qu'on le percevait à
l'époque : à la fois volontaire, intuitif et à l'affût de bonnes idées
potentiellement lucratives. Quoi qu'il ait sous les yeux, c'est
compulsif, il le transforme en temps réel en projet et en
« business-plan », comme on dit aujourd'hui.
Paradoxalement, au-delà d'un parfait et secret mépris, d'ailleurs réciproque, la prospère et dynamique communauté juive fascine une aristocratie désargentée au point de lui faire transgresser tous les préjugés religieux et sociaux. Ce faisant, elle n'hésite pas à s'acoquiner en affaire avec ces dynamiques nouveaux riches et à s'allier avec eux par le mariage, pour « redorer leur blason » disait-on à l'époque. Cette aristocratie « fin de race » fait partie du panorama thermal de l'époque.
Andermatt se prend pour un démiurge, l'orgueil frise chez lui l'hystérie.
"Nous sommes les puissants d'aujourd'hui, voilà, les vrais, les seuls puissants ! Tenez, regardez ce village, ce pauvre village ! J'en ferai une ville, moi, une ville blanche, pleine de grands hôtels qui seront pleins de monde, avec des ascenseurs, des domestiques, des voitures, une foule de riches servie par une foule de pauvres ; et tout cela parce qu'il m'aura plu, un soir, de me battre avec Royat, qui est à droite, avec Châtel-Guyon, qui est à gauche, avec le Mont-Dore, La Bourboule, Châteauneuf, Saint-Nectaire, qui sont derrière nous, avec Vichy, qui est en face ! Et je réussirai, parce que je tiens le moyen, le seul moyen. Je l'ai vu tout d'un coup aussi clairement qu'un grand général voit le côté faible de l'ennemi. Il faut savoir aussi conduire les hommes, dans notre métier, et les entraîner comme les dompter. Cristi, c'est amusant de vivre quand on peut faire ces choses-là ! J'en ai maintenant pour trois ans de plaisir avec ma ville. Et puis, regardez cette chance de trouver cet ingénieur qui nous a dit des choses admirables au dîner, des choses admirables, mon cher. C'est clair comme le jour, son système. Grâce à lui, je ruine l'ancienne société sans avoir même besoin de l'acheter."
Il manipule et instrumentalise tout le monde pour les asservir à ses objectifs : son aristocratique belle famille, les médecins locaux et ceux venus de Paris faire fortune, l'ingénieur géologue qui se trouve de passage, le paysan auvergnat propriétaire du terrain ou se trouve la source qu'il veut valoriser, le marginal impotent grassement payé pour servir de cobaye et si nécessaire simuler la guérison.
Et
il manipule tout ce petit monde comme un général son armée face à un
ennemi qui n'est autre que les stations concurrentes : "je me bats, il
m'aura plu un soir de me battre avec Royat".
Son arme, c'est de convaincre le corps médical :
«
La grande question moderne, Messieurs, c'est la réclame ; elle est le
dieu du commerce et de l'industrie contemporains. Hors la réclame, pas
de salut. ... L'art consiste donc à découvrir le moyen, le seul moyen
qui peut réussir, étant donné ce qu'on veut vendre. Nous autres,
Messieurs, nous voulons vendre de l'eau. C'est par les médecins que nous
devons conquérir les malades."
Par
contagion, toute cette petite société locale est saisie par la fièvre
de l'affairisme devant cette eau bouillonnante qui jaillit du sol,
source inépuisable de santé et surtout de prospérité.
"Le
pays entier, affolé par ces recherches, par ces découvertes, par les
grandes nouvelles qui couraient, par les perspectives d'un avenir
éclatant, s'agitait et s'enthousiasmait, ne parlait plus d'autre chose,
ne pensait plus à autre chose. Le marquis et Gontran eux-mêmes passaient
leurs jours autour des ouvriers qui sondaient les veines du granit, et
ils écoutaient avec un intérêt grandissant les explications et les
leçons de l'ingénieur sur la nature géologique de l'Auvergne."
Mais Maupassant n'épargne pas le corps médical :
"Puis,
du même coup, deux médecins nouveaux s'étaient trouvés installés dans
le pays, un matin, sans qu'on sût bien comment ils étaient venus, car
les médecins, dans les villes d'eaux, semblent sortir des sources, à la
façon des bulles de gaz. C'étaient : le docteur Honorat, un Auvergnat,
et le docteur Latonne, de Paris. Une haine farouche avait éclaté
aussitôt entre le docteur Latonne et le docteur Bonnefille, tandis que
le docteur Honorat, gros homme propre et bien rasé, souriant et souple,
avait tendu sa main droite au premier, sa main gauche au second, et
demeurait en bons termes avec les deux. Mais le docteur Bonnefille
dominait la situation par son titre d'Inspecteur des eaux et de
l'établissement thermal d'Enval-les-Bains.
Ce
titre était sa force, et l'établissement sa chose. Il y passait ses
jours, on disait même ses nuits. Cent fois dans la matinée il allait de
sa maison, toute proche dans le village, à son cabinet de consultation
installé à droite à l'entrée du couloir. Embusqué là comme une araignée
dans sa toile, il guettait les allées et venues des malades, surveillant
les siens d'un œil sévère et ceux des autres d'un œil furieux. Il
interpellait tout le monde presque à la façon d'un capitaine en mer, et
il terrifiait les nouveaux venus, à moins qu'il ne les fît sourire.
Comme
il arrivait ce jour-là d'un pas rapide qui laissait voltiger, à la
façon de deux ailes, les vastes basques de sa vieille redingote, il fut
arrêté net par une voix qui criait : « Docteur ! »
Il se retourna. Sa figure maigre, ridée de grands plis mauvais dont le fond semblait noir, salie par une barbe grisâtre rarement coupée, fit un effort pour sourire ; et il enleva le chapeau de soie de forme haute, râpé, taché, graisseux dont il couvrait sa longue chevelure poivre et sel, « poivre et sale », disait son rival le docteur Latonne."
in http://mabourboule.com/mabourboule/Maupassant___Mont-Oriol.html