Penser après les cours...!

La rencontre de Julien et de Mme de Rênal, chapitre VI (602)

Par cyberblaise - publié le mardi 19 février 2013 à 13:56 dans 1èreL/Es Camille See
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 Autres pistes pour travailler le commentaire du début du chapitre VI



1.       1. Une scène de rencontre pleine de vivacité et d'intensité.

A.       Renversements et points de vue alternés : scène construite sur un effet de surprise, un quiproquo, puisque Mme de Rênal prend Julien pour « un jeune paysan » presqu'encore « un enfant », puis pour « une jeune fille déguisée », enfin pour « une pauvre créature ». Cette méprise provoque chez elle un comportement qu'elle n'adopterait pas avec un homme : elle se place tout près de son oreille, attitude maternelle, naturelle.

 Julien également qui craint sa rencontre avec le Maire de Verrière est surpris par la douceur de la jeune femme qu'il n'a pas vue approcher, il  n'a pas eu le temps d'ajuster son masque et de jouer un rôle.

Spontanéité des deux personnages : Julien pleure, essuie ses grosses larmes, rosit. Mme de Rênal rit « avec toute la gaieté folle d'une jeune fille »La différence d'âge est abolie. Ambigüité de l'âge, du sexe , statut social oublié, nouveauté des sentiments ressentis, mobilité de leur réaction.

Narrateur omniscient qui nous fait adopter successivement le point de vue des personnages, d'abord Mme de Rênal puis celui de Julien avant de croiser leur regard pour terminer sur celui de Mme de Rênal : fait le portrait des deux personnages en même temps qu'il révèle ce que chacun a perçu de l'autre : très habile, d'une pierre deux coups !  L'écrivain alterne avec beaucoup de naturel, récit, portraits, peinture des sentiments, dialogue au style direct et indirect libre. : rythme alerte en adéquation avec le comportement des personnages.

B L'intensité émotionnelle : très perceptible dans les descriptions en focalisation interne ; personnages coupés du monde extérieur : « loin du regard des hommes » pour Mme de Rênal , très proches l'un de l'autre au moment de la rencontre : regards qui produisent des gros plans : larmes sur les joues de Julien.

Face à face, désarçonnés dans leurs attentes négatives ( le vieux précepteur sale et sévère, le maire impressionnant), tous deux sont vulnérables et sous l'influence d'une émotion qui va croissant : julien « tressaille », avant d'être « frappé » du regard de Mme de Rênal puis qui est « étonné » par sa beauté : champ lexical du coup de foudre : ébranlement profond : effet immédiat : » il oublia tout, même ce qu'il venait faire » au point qu'il n'entend pas la question et que Mme de Rênal doit reformuler. Degré extrême de trouble et absence de maîtrise de soi.

Elle est « distraite » par Julien, reste « interdite » lorsqu'elle prend conscience de l'état social de Julien : frappée d'un trouble qui l'empêche d'agir et de parler. D'où explosion d'une crise de fou rire : trop forte émotion accumulée, scène jalonnée d'adverbes d'intensité ( aussi, si, jamais) superlatifs, acuité des sensations éprouvées. Mais aussi douceur et innocence.

2. Une atmosphère exceptionnelle d'innocence et de grâce

A. Un cadre naturel : le jardin. Mme de Rênal est sortie par la porte fenêtre du salon, lieu de mondanité mais à l'extérieur dans un jardin presqu'abstrait sans aucune notation pittoresque qui distrairait l'attention du lecteur : jardin d'eden, jardins médiévaux, traditionnellement propice à la rencontre, atmosphère un peu irréelle : « loin du regard des hommes », loin du monde ennuyeux des conventions et obligations mondaines, loin du regard chargé de concupiscence ( Valenod), lieu protégé où sa « grâce » peut s'exprimer en toute innocence .

B.Une ambiance de douceur et d'innocence : émotions fortes, mais perception sensorielle de l'Autre très douce : trois fois douceur, blancheur, clarté. Rien de sensuel mais climat de grâce, mot qui revient plusieurs fois aussi ; deux sens sollicités : vue et ouïe : se regardent comme le premier homme regarde la première femme avec stupeur et curiosité comme une espèce inconnue : julien ne connaît les femmes que par ses lectures ( pas du tout d'allusion à sa mère), Mme de Rênal ne connaît guère les hommes et tout deux sont presqu'aussi neuf et naïfs devant l'amour.

Temps suspendu, ravissement comme si l'action se déroulait au ralenti : julien « arrêté » à la porte d'entrée, fait répéter les questions, larmes « arrêtées » sur sa joue : Stendhal semble vouloir prolonger, fixer ce moment de bonheur que les deux héros ne retrouveront qu'à la fin du roman. A nouveau coupé du monde social et politique

3.Une rencontre ambigüe où l'amour naissant se cache sous d'autres émotions

 

Thème stendhalien de la « chasse au bonheur » : moment de pure extase mais encore trop de vanité et d'ambition sociale pour en jouir et l'apprécier à sa juste valeur car la rencontre est fondée sur une sorte de malentendu puisque Julien connaît surtout une satisfaction d'amour propre : il est appelé « monsieur » par une femme éblouissante et « bien vêtue », il est flatté par la reconnaissance de son savoir par une femme bourgeoise. Il est conscient d'avoir franchi une étape d'ascension sociale.

La naissance de l'amour se fait donc sur le fond d'un plaisir narcissique plus fort apparemment que la rencontre de l'être aimé. Pour Mme de Rênal également il n'y a pas vraiment de coup de foudre puisqu'elle est surtout soulagée en tant que mère par rapport au précepteur méchant et sale qu'elle imaginait et qu'elle n'a pas pleine conscience de faire entrer un jeune homme dans sa maison puisqu'elle perçoit surtout l'innocence enfantine et la sensibilité féminine de Julien. En revanche le narrateur omniscient s'amuse de la naïveté de ses personnages et transmet au lecteur les signes d'un amour naissant, « l'esprit romanesque » de Mme de Rênal ne peut que se prendre aux charmes de Julien.


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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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