Incipit
Ce n'est pas une journée comme les autres , aujourd'hui nous sommes le 25 Décembre et c'est pour moi le plus beau jour de l'année. Je m'appelle Marine, j'ai 10 ans et j'habite dans un petit hameau avec toute ma famille, au milieu de la campagne savoyarde. Dehors, le paysage est blanc, le ciel est triste et les arbres recouverts de neige, le temps est comme figé. Nous sommes tous réunis autour d'une grande table, une immense bûche brûle dans la cheminée, une dinde est posée au centre de la table sur un plateau d'argent. Le dîner est copieux et l'ambiance festive, tout le monde rit à cœoeur joie. Mais au fond tout le monde est triste. J'aimerais que ce jour soit éternel car aujourd'hui la douleur est moins grande, mais Noël est éphémère comme toutes les personnes assises à cette table. Oui aujourd'hui est un beau jour, mais cette année, il nous manque quelqu'un à table...
suite incipit
Oui, cette année il manque papa. Ce père qui atténuait notre souffrance par ses paroles sages, nous ne le reverrons plus jamais. Sans lui, Noël n’est plus du tout pareil ; sans lui, la famille n’est pas complète. Autour de la table, tout le monde remarque cette place vide, mais personne ne veut aborder le sujet parce qu’aujourd’hui nous avons décidé d’être heureux. Mais moi, je n’ai pas envie de faire comme si tout allait bien. Cette table me rappelle trop de souvenirs, je me souviens de la fête de Noël de l’année dernière. Ce 25 Décembre où notre très cher père a refusé que nous organisions un repas de famille. Nous étions tous dans la maison, ma mère, mes deux grands frères, mon père et moi. Nous étions réunis autour de son fauteuil, il nous annonça son cancer, il nous annonça sa mort (discours narrativisé). Depuis, nous sommes dans la tristesse, dans la souffrance. Ce n’est qu’'aujourd’hui qu'’on peut lire de la joie sur nos visages. J’'aimerais que le temps qui parait figé dehors, le soit vraiment, j’aimerais que cette sensation de joie soit éternelle. Puisqu’'elle ne peut pas être éternelle, je préfère ne pas être heureuse parce que le retour à la réalité sera plus douloureux. Tout, autour de moi, me rappelle papa. Lui qui faisait tout pour que sa petite famille ne manque de rien, lui qui m’appelait toujours « ma petite princesse », je ne le verrai plus.
Ma mère est entrain de découper la dinde, je ne la mangerai pas. Je n’ai pas envie de manger parce que j’ai décidé de ne pas être heureuse. La dinde se mange les jours de fête, mais moi je ne suis pas en fête aujourd’'hui. Ce soir, je ne veux pas oublier papa, je veux penser à lui en ce jour. Le seul cadeau que j’'aimerais, c’'est qu'’il revienne. Une chose bizarre se passe, j’'ai l’impression de voir le visage de papa sur la dinde. « Non maman, ne découpe pas la dinde ! » (Discours direct).
Modifié par samsagace63 le mercredi 22 mai 2013 à 09:13
Suite 2
Une peur folle m'a envahie et m'a fait vibrer dans tout mon être.
Maman s'est arrêtée net lorsqu'elle m'a entendu crier. Personne ne comprenait ma réaction et je suis partie alors dans ma chambre en courant, les larmes aux yeux. Au fond d'eux, ils savaient tous ce qui me torturait l'esprit. La mort de papa m'avait atteinte beaucoup plus que tout les autres membres de la famille et je ne m'en étais jamais vraiment remise.
Je me suis jetée sur mon lit, en pleurs. Maman est arrivée et m'a prise dans ses bras. Après m'avoir demandée de me reposer un peu, elle est retournée dans la cuisine en me disant qu'elle reviendrait bientôt me voir.
Je n'ai pas mis longtemps à m'endormir, du moins de ce que je me souviens.
Quelques temps après, Maman est venue me réveiller. Je lui saute alors dans les bras :
« Maman... Il m'est arrivé quelque chose de bizarre tout à l'heure, et le rêve que je viens de faire était tout simplement magnifique... Maman! J'ai vu papa !
-Où ça ?!
- La dinde ! La tête de la dinde c'était la tête de papa!»
Je m'effondre une nouvelle fois sur elle. En sanglots.. une nouvelle fois...
« Chut ma chérie je suis là. Et ton rêve qui était si beau raconte-le moi.
- J'étais dans ce pays... ce pays qui me fait cauchemarder depuis déjà un an. Ce pays rempli de noir, de rouge et de créatures maléfiques qu'on ne trouve que dans les films d'horreurs. Tout était sombre, comme dans tout mes cauchemars précédents. Mais cette fois si, une lumière a percé à travers l'épaisse couche de fumée produite par les flammes qui m'entourait. Cette lumière a progressivement illuminé tout mon être et j'ai alors découvert un nouveau pays, un pays d'une beauté sans pareil qui me dévoilait un petit sentier de pierres qui serpentait au milieu d'une prairie verdoyante. J'ai décidé de suivre ce chemin qui m'a conduit tout droit à un autel. C'est là que je l'ai vu ! Papa est sorti d'une petite porte dérobée dans un des piliers qui soutenait l'édifice surplombant l'autel. Je me suis mise à courir comme une folle et je lui ai sauté dans les bras. Ma tête ne se trouvait qu'à quinze ou vingt centimètres de la sienne tout au plus et je me souviens encore des moindres détails. C'est la plus belle redécouverte que j'ai faite. Il était là face à moi et il me serrait dans ses bras. Il avait ce sourire qui m'a toujours faite craquer. Ce sourire gagnait en beauté chaque seconde que je passais à le contempler. Mais ce sourire était accompagné de son rire. Le rire de mon papa plein de gaité, de joie, un rire profond qui m'a touchée à un point incroyable. J'ai alors relevé mon regard et j'ai croisé ses yeux. Ces yeux d'un bleu azur ornés de quelques arcs orangés. On pouvait lire au travers des deux pierres précieuses qui me fixaient une joie infinie, un pétillement de plaisir offert par mon étreinte. Ses yeux étaient surmontés de sourcils blonds qui semblait flotter dans le léger vent qui nous enlaçait. Au dessus de ses sourcils, ses cheveux, toujours aussi rebelles, flottaient dans les airs. Je voyais le mouvement de ses cheveux qui ondulaient au gré de la brise légère qui nous portait. Au cœur de ses joues, les pommettes dessinées par son sourire me faisaient craquer. Il m'a reposée sur le sol, m'a regardé intensément et il m'a dit : « Ma petite princesse, sache que je ne suis jamais loin de toi, je t'aime et t'aimerais toujours. Tu mérites d'être heureuse et c'est ce à quoi je tiens le plus encore aujourd'hui.» Et là tout devenait flou et j'ai entendu juste « Je t'aime ma petite princesse » Et tu m'as réveillée.»
Je vois bien que maman ne sait pas quoi dire. Je ne sais pas si mon histoire l'a touchée ou blessée ou quoi d'autre encore. Elle a une larme à l'œil et elle me sert encore plus fort qu'avant.
Maman m'a finalement lâchée après 2 ou 3 minutes d'un intense câlin. Je ne sais pas vraiment combien de temps ça a duré parce que j'étais tellement bien dans ses bras que le temps s'était arrêté.
Maman me regarde avec un sourire plein de joie :
« Ma chérie tu as les yeux de ton père »
Modifié par samsagace63 le vendredi 12 avril 2013 à 14:20
SUITE 3
Avec ma mère, nous sommes retournées avec les invités qui avaient eu le temps finir de manger. Nous décidons alors de sortir faire un tour avant que la nuit ne tombe. Nous marchons jusqu'à la forêt qui se trouve à deux ou trois kilomètres de la maison. L'ambiance est pour moi insupportable, tout le monde parle de choses et d'autres alors que la seule chose à laquelle moi je pense c'est mon père. Ce chemin nous l'avons souvent fait ensemble, main dans la main pour aller ramasser des champignons ou des châtaignes. Ces souvenirs sont trop difficiles pour moi, une seule idée me vient en tête : fuir. Pour aller où ? Je ne sais pas, mais la seule chose qui m'importe c'est de fuir. Partir loin des ses gens que je connais si bien, qui ont vécu la même chose que moi mais qui n'ont pas l'air de comprendre. Mon père est mort, il ne reviendra jamais. Il devrait tous être tristes…
Poussée par cette douleur immense, je me mets à courir dans la forêt jusqu'à ce que je ne voie plus personne. Je me retrouve alors seule, enfin, je peux penser à mon père tranquillement. Je marche sans savoir où je vais quand soudain j'entends un cri au loin. J'essaie de me rapprocher de ce bruit et j'aperçois une créature qui ressemble étrangement à celles qu'ils y avaient dans mon rêve. Cette malheureuse bête dont je ne pourrais pas donner le nom est perchée sur une branche et ne peut plus en descendre. Cela me parait bizarre, en effet elle a des ailes et ne semble pas blessée, elle n'a apparemment aucune raison d'être coincée dans cet arbre. Je décide donc d'aider l'animal et monte dans l'arbre, non sans difficultés ; arrivée près de la créature, je tente de la prendre dans mes mains mais cette dernière s'envole… Très déçue de n'avoir pu toucher cette bête magique et d'avoir fait tous ces efforts pour rien, je reste quelques instants perchée sur la branche. En regardant tout autour de moi, je perçois à l'horizon une fumée blanche. Et si, la bête voulait que je monte pour voir cette fumée… Et si mon rêve de tout à l'heure était un indice pour me guider jusque mon père…
Je ne peux pas en rester là, il faut que j'aille jusqu'à cet endroit d'où sort la fumée.
La marche est assez longue et je commence à avoir froid, heureusement les murs d'un cabanon sont visibles. Je m'approche sans trop savoir à quoi m'attendre, il commence à faire nuit et par la fenêtre je vois une lumière allumée. Il y a donc quelqu'un qui habite ici. Au fond j'espère revoir mon père à cause de la rencontre avec l'animal mais je ne veux pas être déçue alors je ne pense pas trop à ce qui peut se passer. Je fais le tour de la maison, sans jamais voir personne à l'intérieur, pleine de courage je décide d'entrer dans cette cabane. Je pousse la porte et arrive dans une pièce unique qui sert en même temps de cuisine, de salon et visiblement de chambre. Un homme est effectivement là, couché sur un lit. Il a l'allure type de l'homme qui vit dans la forêt : une salopette, une chemise à carreaux, une barbe et des cheveux grisonnants mal coiffés. Tout espoir que ce puisse être mon père s'effondre. L'homme ne s'est pas réveillé. Je referme la porte.
Il doit être environ 18h00, j'ai quitté ma mère depuis longtemps, maintenant il fait nuit. Je ne veux plus être là, je veux rentréer chez moi, être près du feu. Je ne veux pas que ma famille s'inquiète, qu'ils pensent m‘avoir perdu, je sais ce que c'est que de perdre quelqu'un…
Modifié par samsagace63 le jeudi 2 mai 2013 à 17:48
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