Corrigé du contrôle: questions d'entretien sur le théâtre (602)
Contrôle : questions d'entretien sur l'Ile des Esclaves et l'objet d'étude sur le théâtre. Copie de Laura Marie
Je mets en ligne les propositions de réponses de Laura qui me semblent correspondre à ce que l'on attend de vous. Elles sont argumentées et témoignent de ses connaissances. Bien sûr on aurait pu les formuler autrement.
1. D'une part, L'Ile des esclaves pourrait être une pièce subversive car elle remet en cause les rapports de forces entre dominants et dominés de l'époque par l'intermédiaire de deux esclaves, Arlequin et Cléanthis et de deux maîtres, Euphrosine et Iphicrate qui sont mauvais et injustes envers leurs valets. De plus la pièce se livre à une critique de la société mondaine du XVIIIème siècle montrant le goût du paraître, la vanité, l'absence de mérite véritable de son élite. D'autre part, cette pièce n'est pas totalement subversive car il n'y a pas de véritable volonté de changements des rapports de forces : on assiste à la fin de la pièce (scène X) à une réconciliation entre maîtres et valets qui ont fait évoluer et améliorer le comportement humain des maîtres sans qu'il y ait de renversement politique véritable. Ainsi Marivaux est plutôt un moraliste qui ne cherche pas à faire changer l'ordre des choses mais souhaite simplement améliorer les comportements, faire en sorte que les maîtres fondent leur autorité sur le respect humain, la bonté et surtout la Raison.
2. La dimension comique tient d'abord à un phénomène de théâtre dans le théâtre qui fait que les maîtres soient obligés de contempler leurs valets les imitant. La scénette que joue Cléanthis pour singer sa maitresse à la scène III en est un bon exemple, elle semble improviser sur un canevas à partir de son expérience et de ses observations. Elle apporte beaucoup de soin à sa mise en scène et annonce même aux spectateurs l'effet visuel qu'elle va produire : « vous allez voir ». Le vocabulaire de la coquetterie : « visage, miroir, bonnes amies » et les formules de politesse renvoient à l'ambiance d'un salon mondain du XVIIIème siècle que Cléanthis caricature. La servante critique ainsi sa maîtresse pour lui donner une leçon de comportement. Euphrosine est moquée pour sa vanité et son orgueil, son hypocrisie et cela provoque le rire. Le comique est donc largement lié à la dimension satirique du texte conformément à la devise de la commedia que pratique encore Marivaux « castigat ridendo mores », châtier les mœurs par le rire. Cependant Cléanthis elle-même fait aussi rire le public car elle se prend tellement au jeu qu'elle en devient elle-même ridicule, elle entre complètement dans le personnage de la maîtresse, croit avoir un « visage de condition » et se trouve des « grâces ». Aussi vaniteuse que sa maîtresse finalement, elle suggère que c'est seulement le hasard de la naissance qui la rendue servante.La scène VI témoigne également d'une dimension comique par l'humiliation des maîtres lors de la scène de séduction entre Arlequin et Cléanthis car ils sont obligés d'y assister en spectateurs de leurs travers. Il s'agit donc très souvent d'un comique de situation, mais le comique de mots existe aussi, lorsque par exemple Arlequin singe le beau langage en faisant des jeux de mots ou en émaillant des tournures mondaines d'interjections populaires, ce qui d'ailleurs ne plaît pas à Cléanthis et amène des disputes, sources de comique gestuel, de mimiques amusantes.
3. Trivelin est le chef de l'Ile. Il dirige l'expérience thérapeutique d'inversion des rôles, que les esclaves deviennent maîtres et les maîtres esclaves. Pour que les maîtres reconnaissent leurs défauts et leurs injustices et finalement s'amendent. Il est donc la source du projet éducatif, du « cours d'humanité mis en place sur l'ile et aussi le garant de son efficacité. Il modère les ardeurs des valets, de Cléanthis en particulier et les guide. Il tirera la leçon de l'expérience à la fin de la pièce.
4. L'ile des esclaves est à la fois une comédie de caractère dans la mesure où Cléanthis dénonce les défauts de sa maitresse qui est une coquette- Elle critique la duplicité de son comportement, remet en question sa beauté superficielle car Euphrosine est soumise au paraître et au regard des autres, « les bonnes amies » qui scrutent les défauts des autres femmes-et une comédie de mœurs puisque ce sont les règles de fonctionnement de toute une société qui sont attaquées : relations maîtres-valets et hommes-femmes.
5. L'effet de distanciation, c'est lorsqu'un spectacle est interrompu par des commentaires, des chansons, des rappels du caractère théâtral du dispositif scénique pour permettre au spectateur d'établir une distance avec ce que vivent les personnages ; la distanciation renvoie au théâtre « épique » de Brecht dans Maitre Puntila. Dans la mise en scène de Guy Pierre Couleau, on peut remarquer un effet de distanciation lorsque une femme vient chanter en allemand dans les intermèdes entre les « scènes « de la pièce dans un style cabaret qui rompt l'illusion de la fable ou quand les fiancées de Maître Puntila raconte leurs récits finnois en costume de Pussy Riot, ce qui les rapproche de femmes en révolte actuelles.
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