SATURA

Incipit

Par HOMETTE2012 - publié le vendredi 21 décembre 2012 à 17:43 dans Le roman et ses personnages
Il avait neigé ce jour là. Oui, je m'en souviens. C'était les premières neiges de l'année et il faisait tellement froid que la serrure avait gelé. Ce jour-là, j'avais dû me lever tôt, il y avait de la route jusqu'à Lyon. Ma mère qui d'habitude faisait preuve d'une grande douceur pour me sortir de mon sommeil, ce matin-là a brusquement ouvert les volets en sortant juste un ''Debout!'', vous savez celui qui ne vous met pas vraiment dans de bonnes dispositions du matin... De toute façon je ne l'aurais pas été. Je n'avais pas envie de me lever, mais il le fallait. Mes parents étaient paniqués. La neige avait bouleversé tous leurs plans et maintenant, on était en retard. Après en être arrivé à utiliser le sèche cheveux pour dégeler la serrure, il a fallu enlever la neige et le gel de la voiture. Pendant qu'ils faisaient des allées et retours pour remplir des seaux d'eau chaude, mes parents m'avaient posé devant la télé... ''Il sera dans nos pattes!'' avait dit mon père. J'étais donc là, assis, devant la télé, au milieu du salon. A l'approche des fêtes on commençait à diffuser les émissions de cuisine. Le glaçage des bûches, la préparation du homard, le bourrage des dindes...Je m'en léchait les babines. Je m'étais dis un jour que je deviendrais un grand chef, comme ça, mon frère ne se plaindrait plus jamais de la nourriture chez lui. Je sais ce que vous allez me dire, que les jeunes d'aujourd'hui ne mangent que des pâtes,de steaks hachés et des hamburgers, mais vous savez, dans l'endroit où vit mon frère ils font vraiment pas d'effort pour tout ce qui est nourriture... Quand mes parents ont eu fini d'enlever la neige, ils m'ont dit de m'installer dans la voiture et de les attendre sagement parce que ils avaient déjà assez de choses à régler comme ça. Je regardais par la fenêtre. On habitait dans un petit hameau à la montagne. Ça aurait été très calme si les voisins, et en particulier, les voisines, n'avaient pas été de véritables langues de vipères... D'ailleurs! Elle étaient la, dès l'aube, à regarder mes parents faire des allées et des retours de leur fenêtre et à préparer leurs hypothèses sur ce qu'il se passait de si important aujourd'hui... On m'avait dit que ces gens-là s'ennuyaient... Moi je dis que ce n'est pas une raison. Les derniers préparatifs avant le départ faits, on est enfin parti. On avait plus d'une heure de retard... Pas super, surtout pour aujourd'hui. Mon nom à moi c'est Nicolas et, je me souviens très bien de ce jour là, parce que ce jour là, c'était celui du procès de mon frère.

Suite 1

Publié le dimanche 3 février 2013 à 20:55 par BRIDOT2012
Mes parents ne voulaient pas que j’'y assiste, enfin surtout ma mère. Elle m’avait expliqué trois semaines auparavant (discours indirect: plutôt narrativisé) que je ne pourrais pas être présent dans la salle parce que j’'étais trop jeune, qu'’il fallait que je garde une image de mon frère convenable et qu’'elle faisait cela pour me protéger. J'’étais plutôt d’'accord avec elle, même si je ne savais pas vraiment ce qu’'était un procès, j’'imaginais une assemblée d’'adultes que, pour la plupart, je ne connaissais pas, parler de choses que je ne comprenais pas et surtout je ne pourrais pas profiter de la présence de mon frère. Pendant que mes parents seraient au procès, je resterais avec ma grand-mère, qui habitait à Lyon et qui n’'avait jamais supporté les jugements, je vous avoue que je n'’ai jamais su pourquoi.
'L’ambiance dans la voiture n’'était pas au beau fixe. Pendant la première demi-heure de route le silence créé par l’'absence de radio et surtout de conversation devenait pesant. J’'essayais de poser des questions pour détendre l’'atmosphère (discours direct) :
« Maman, pourquoi on n’'habite pas à Lyon comme mamie J'’aime bien Lyon, moi. Dis-je d’un ton enjoué et réellement intéressé par la future réponse.
- Je ne le supporterais pas, répondit sèchement mon père avant que ma mère n’'ait le temps de dire un mot. »
A ce moment-là j’'ai compris que ma question avait été maladroite et qu’'il valait peut-être mieux que je me taise aussi. Mon père roulait vite pour rattraper le retard, malgré l’'effroi que cela provoquait sur ma mère. Nous arrivâmes finalement au tribunal avec seulement 10 minutes de retard. Mes parents m’'embrassèrent et entrèrent rapidement dans l’'établissement judiciaire, et moi je partis me promener dans les parcs avec ma grand-mère.


Modifié par samsagace63 le mercredi 22 mai 2013 à 12:40

Suite 2

Publié le lundi 25 février 2013 à 18:57 par PLANTIN2012
Je l'’aimais bien ma grand-mère. Pas spécialement pour son physique, parce que ce n’'était pas une femme très très jolie à vrai dire, mais surtout parce qu’'elle était toujours de bonne humeur et que c’'était la générosité incarnée.
C’'était une femme assez bedonnante, qui présentait un visage rondouillard et sympathique et des yeux bleus qui tendaient vers le gris lorsqu’'il faisait mauvais temps. On les devinait, cachés derrière deux poches et surplombés par des sourcils dont l'épilation remontait à des siècles certainement.
Ce jour-là n’avait pas arrangé sa tenue vestimentaire ; elle portait une grosse doudoune bleue qui la faisait ressembler à une baleine, la boudinant, mettant ainsi en évidence son énorme poitrine qui tombait jusqu'’au nombril.
Ses cheveux, qu’'elle avait pris soin de teindre en roux, retombaient en une cascade derrière ses oreilles.
Sa dernière couleur ne remontait pas à moins de deux bons mois, à en croire les racines de cheveux gris que je distinguais bien lorsqu'’elle se pencha vers moi pour m'’embrasser.
En réalité, ce que j’'appréciais le plus chez ma grand-mère, c’était quand elle m’'embrassait. Généralement, lorsque les vieilles personnes approchent leur bouche en cul-de-poule vers votre joue, il y a intérêt à ce que vous reteniez votre respiration, car j'’avais des souvenirs assez perturbants de quelques haleines évoquant le vieux fromage oublié au fond d’un frigidaire.
Or mamie, c’était tout l’inverse : d’'abord elle avait toutes ses dents, donc une bonne hygiène dentaire, et en plus, elle sentait toujours bon. Je ne saurais vous dire ce qu'elle sentait précisément, mais ça me rappelait l'odeur de la galette des rois. J’'aime beaucoup la galette des rois, surtout quand j’'ai la fève, et j’'aime beaucoup ma grand-mère parce qu’'elle me rappelle combien il est délicieux de croquer à pleines dents dans la pâte feuilletée farcie de frangipane qui vient juste de sortir du four.


Modifié par samsagace63 le mercredi 22 mai 2013 à 12:42

Suite 3

Publié le mercredi 3 avril 2013 à 20:38 par HOMETTE2012
Lors de notre promenade dans le Parc de la Tête d’Or, nous avons visité les serres du jardin botanique, celles qu’'on va voir à chacune de mes visites et où Mamie se sentait comme chez elle. Elle y venait souvent. C’'était comme elle disait son « petit moment de détente ». C’'est vrai que dans tout ce qui était fleurs, plantes ou autres végétaux, elle s’'y connaissait, Mamie. Je me souviens encore de ses longues explications sur chacune des plantes se trouvant dans ces serres, des plantes tropicales aux orchidées, des nénuphars aux plantes carnivores…. J’'aimais l’écouter, la douceur de sa voix mais surtout l’'effet apaisant qu’'elle avait sur moi. J’'aurais aimé passer plus de temps en sa compagnie…
L’'après-midi fut apaisante, apaisement dont j’'avais besoin ce jour-là. En l’'espace d’une journée, j’'avais réussi à mettre de coté le procès, mes parents et tout le stress s’'en dégageant. Malheureusement, ce ne fut qu’'éphémère.
Il devait être environ 18 heures. Nous étions rentrés à l’'appartement de Mamie, et elle m’'avait offert une pâtisserie que nous partagions autour d’'un bon chocolat chaud. C’'est alors que le téléphone a sonné. En une seconde, nos visages se sont assombris et on n'entendait désormais que le « dring, dring » du téléphone. Elle comme moi savions de qui était ce coup de fil. Mamie m'a alors lancé un regard sans trop savoir quoi dire. Elle s’'est levée et est partie dans la pièce du fond décrocher le combiné.
J’avais peur…. Et si mon grand frère ne pouvait jamais revenir à la maison ?
Les 10 minutes que Mamie mit à revenir me parurent les plus longues du monde. A son retour, je m'attendais à des réponses, mais non. Elle est réapparue, chaussures enfilée, blouson vêtu, et m’'a tendu les miens pour les mettre. « S’il te plait, dépêche-toi Nicolas » m’'a-t-elle dit. J’'ai obéi et nous sommes descendus. Mamie m’'a pris la main et nous avons marché 5 bonnes minutes avant d'arriver au point de rendez vous ou j’'ai vite aperçu ma mère. Il ne m’'a pas fallu longtemps pour connaitre la réponse à ma question. Ma mère, en m’'apercevant, a fondu en larme. Elle s’'est mise à courir en ma direction et m’'a pris dans ses bras…
« Nicolas…, Mon Nicolas »… Je ne disais rien, je ne bougeais pas. Mes yeux restaient ouverts, vides. Quand Maman m'’a lâché, elle m'’a dit de m'’asseoir.
« Je veux le voir » ai-je dit.
« Ce n'’est pas possible Nicolas…! Pas pour le moment » a répondu ma mère.
« Quand ?»
« Pas avant deux semaines… »
« Mais pourquoi ?? »
« Nicolas, avec papa on veut pas que tu sois confronté à tout cela pour le moment, mais sache que ton frère n’'est pas le véritable coupable. Nous reviendrons ici dans deux semaines, tu pourras voir ton frère. » C'’était les dernières paroles qu’elle m’'adressait de la journée. Mon père est revenu du tribunal, on a dit au revoir à Mamie et on est reparti chez nous en voiture.
Deux semaines plus tard, on y retournait.
Arrivés là-bas, Mamie nous attendait. Mes parents m'’ont confié à elle le temps, m'’avaient-ils dit, de tout arranger pour que je puisse voir mon frère, on attendait donc avec Mamie dans la salle d’'attente.
Une dizaine de minutes après, un garde est passé en me dévisageant. Hésitant d’abord, il a fini par s’'approcher de moi en souriant.
« C'est bien toi Nicolas ? Tu viens voir ton grand frère, c’'est bien ça ? »
J’ai répondu d'’un « oui » de la tête.
« Ah ah ne fait pas ton timide ! Tu devrais déjà y être, veux tu que je t’'emmène le voir ? »
J’'ai regardé Mamie.
« Eh bien jeune homme, je crois que vous ne pourriez pas lui faire plus plaisir ! » a-t-elle dit.
« Alors Nicolas, allons y ! »
J’'ai alors suivi le garde. Après avoir traversé un grand couloir, nous sommes arrivés devant une grande porte gardée par deux autres gardes.
Mon cœoeur battait fort, j’'allais revoir mon frère, enfin. Il n'était maintenant plus qu'’à quelques mètres de moi. Le garde a ouvert la porte. Mes parents étaient déjà là et je les surprenais en pleine conversation :
« Ne dis pas n’'importe quoi ! Comment veux-tu que l’'on te sorte de là si tu dis des sottises pareilles ! » criait mon père.
« Mais bon sang puis-ce que je vous dis que je l’'ai fais ! C’est moi qui l’'ai tué ! Je l’'ai tué, TUE ! »
C’était lui…. Il criait fort, plus fort que mon père. Si fort que la vitre devant lui ne suffisait pas à masquer le son de sa voix. A l'’écoute de ces mots, ce fut comme si mon coeœur s'’arrêtait de battre. Mon frère…! Mon propre frère, un assassin…! C’est alors qu’ils se sont tous retournés. Ma mère en me voyant se mit à pleurer. Mon père commençait à s'’avancer, mais moi, j’'ai reculé, reculé…. Et je me suis mis à courir jusqu'à la sortie. J’'ai couru longtemps, sans trop savoir où j’'allais.
Je pensais à mes parents, ma grand-mère, mon frère.… Tous m'’avaient menti et la sensation de solitude devenait pensante. Je me sentais trahi et tout en courant, je sentais des larmes couler le long de mes joues. Pourquoi m’'avaient-ils menti ? Pourquoi Mamie à qui je faisais tant confiance ne m’'avait elle rien dit ? Pourquoi mon frère avait-il commis cet acte ? Dans quelles circonstances ? Tout se bousculait dans ma tête.

Puis je me suis arrêté de courir. J''étais je ne sais trop où, toujours à Lyon... Je me suis assis sur le trottoir et j'ai continué à pleurer. Il faisait nuit.
C'est alors qu'une femme s'est approché de moi. Elle portait un uniforme de la police. "Salut Nicolas, on te retrouve enfin ?"

Modifié par samsagace63 le mercredi 22 mai 2013 à 12:50

FIN

Publié le samedi 27 avril 2013 à 10:28 par PLANTIN2012
Je l'ai regardée avec une expression qui a eu l'air de drôlement la contrarier. Elle m'a saisi par le coude, j'ai essayé de résister, mais finalement, j'étais trop fatigué pour jouer les rebelles, alors je l'ai suivie en trainant des pieds, les bras croisés, parce que je commençais sérieusement à grelotter.
Elle a été gentille avec moi. Dans la voiture, elle m'a tendu un thermos et le délicieux chocolat chaud est descendu en glouglous le long de mon ½sophage, me procurant une sensation de chaleur instantanée.
« Je pense qu'il faut que tu y voies plus clair quant à ce qui arrive à ton frère, Nicolas. Tes parents ne t'ont rien dit, sûrement par peur de te choquer, mais il faut faire la part des choses : est-ce que tu te considère assez grand pour entendre mes explications au sujet de ton frère ? »
J'ai un peu hésité, parce que tout de même, je me disais que si on ne m'avait rien dit jusque là, c'est que c'était peut être vraiment grave et que je risquais d'en faire des cauchemars… mais la curiosité allait au dessus de tout et je finis par hocher la tête.
« Tu es un petit garçon intelligent Nicolas. Tu ressens les choses. Je sais aussi que toi et ton frère êtes très proches… vous vous confiez beaucoup de secrets… mais cette fois-ci, Henry ne voulait pas te mêler à ces affaires… il est accusé du meurtre de Sandrine Jacquemont, dont le corps a été retrouvé dans la déchèterie à cinq cents mètres de chez toi il y a quelques semaines… »
Un frisson parcourt mon échine et me glace le sang à l'écoute de ce prénom. Sandrine … c'était la voisine qui venait parfois me garder le mercredi après-midi, quand papa et maman travaillaient et que Henry était coincé en étude. Elle avait pratiquement le même âge que Henry, il me semble qu'elle était dans le même lycée que lui. D'ailleurs, Henry m'avait confié un soir avant de dormir qu'il la trouvait très belle, et que la prochaine fois qu'elle viendrait à la maison, j'avais intérêt à lui demander comment elle trouvait mon frère…
L'image d'une photo d'elle grignotée par des flammes s'est imposée à moi, et j'ai essayé de me concentrer sur le paysage pour me l'ôter de la tête.
« Henry aurait pu être tiré d'affaire, Nicolas, parce qu'aucune preuve matérielle ne pouvait prouver sa culpabilité. Il n'a peut-être pas de solide alibi mais rien ne prouve non plus qu'il se trouvait sur les lieux du crime ce jour-là. Le procès a été suspendu à défaut de preuves. Mais Henry a totalement changé de comportement au moment où il a appris sa sortie de prison : il s'est présenté face au juge et a affirmé qu'il était le coupable … de quoi mettre gravement en péril sa liberté … si elle avait été provisoirement écartée, la question de son inculpation est maintenant sérieusement étudiée. C'est pour cela que l'affaire s'étale en longueur… tant que nous n'aurons pas de preuves, nous ne pourrons décider du sort de ton frère… »
J'ingurgitais tout ce que j'entendais en déglutissant avec difficulté. J'avais les larmes aux yeux, une boule au ventre, mais au fond, j'étais persuadé que Henry n'était pas capable de faire une chose pareille.
La policière a préféré se taire tout le reste du voyage, devinant que j'en avais assez entendu pour la soirée. Seul le martellement de la pluie sur le pare-brise et le bruit des essuie-glaces rythmaient l'atmosphère silencieuse du trajet jusqu'à la maison.
« Il y a une dernière chose qu'il faut que je te dise Nicolas. Demain matin, tu vas aller voir le juge avec tes parents. Nous avons besoin de ton témoignage. »
La voiture s'est garée devant chez nous. Mes parents étaient devant le portail et malgré le soulagement qu'ils ont ressenti en me voyant, je devinai qu'ils avaient pleuré, à en croire leurs yeux rouges.
Cette nuit, cette énième nuit où je me couchais sans le bruit de la respiration de mon frère pour m'aider à m'endormir, des tonnes de pensées s'entremêlaient dans mon esprit, mais ce qui résonnait dans ma tête, c'était surtout les dernières paroles de la policière… je me demandais ce qu'on voulait de moi…

Ce matin-là je fus tiré du lit par un ''Debout!'' prononcé par ma mère qui tirait les volets... aucune envie de me lever, mais il le fallait. J'étais habitué à lire cette panique sur le visage de mes parents maintenant… dans des cas comme ça, on est toujours en retard, et si ce n'est pas la neige, c'est autre chose qui bouleverse tous nos plans. Cette fois-ci, c'est papa qui a renversé son bol de céréale par terre. Ça leur a pris un temps fou à ramasser tous les morceaux du bol en porcelaine et à éponger le carrelage.
Moi, on m'avait posé devant la télé. C'était encore une émission de cuisine, mais cette fois-ci, c'était des recettes légères pour préparer les beaux jours et en dépit de tous les petits plats colorés qu'ils proposaient, rien ne me donnait envie.
Quand mes parents en ont eu fini avec la bêtise de papa, on m'a dit de m'installer dans la voiture. Tout était calme dans notre hameau, comme à son habitude. Les voisines nous épiaient du haut de leur fenêtre, et je me disais qu'en ce moment, ça devait jaser autour de nous… au moins, ça mettait un peu de piment à leur vie.
Arrivé au bureau du juge, on a patienté quelques temps avant que la policière d'hier nous fasse entrer dans le bureau. Enfin… me fasse entrer, parce qu'on a fait signe à mes parents de rester dans la salle d'attente.
« Nicolas, tu vas bien te concentrer, je vais te donner une enveloppe et tout ce que tu as à faire, c'est me dire si tu reconnais ce qui est à l'intérieur."
J'ai du mettre beaucoup de temps à l'ouvrir, car j'ai lu l'impatience dans le regard du juge et de la policière. J'ai sorti de l'enveloppe un bracelet brésilien rouge et jaune, un objet que je ne pouvais que reconnaître puisque c'est moi qui l'avais fait. C'est Sandrine qui m'a appris à les faire… je l'avais offert à Henry, et en lui accrochant à la cheville, je lui avais expliqué qu'il devait faire un v½u, et qu'il se réaliserait lorsque le bracelet craquerait.
« Nicolas… ? »
J'ai sursauté à l'écoute de mon prénom ; mes inquisiteurs me regardaient avec insistance, et c'est à ce moment-là que j'ai compris que le sort de mon frère ne dépendait que de ma réponse.
Une boule s'est formée dans ma gorge. Mon regard est passé du bracelet cassé à la policière, de la policière au juge, j'ai même jeté un coup d'½il à tous les tableaux accrochés dans la pièce et évalué tout ce qui se trouvait sur le bureau. Il y avait un crayon, un taille crayon, des gommes, des…
« Nicolas… ? Est-ce que ce bracelet appartenait à ton frère ? Est ce que tu te souviens l'avoir déjà vu ?»
Il faut que je réponde…
Mais je suis terrifié.
Tout ce que je veux, c'est revoir mon frère, lui raconter mes peurs le soir avant de me coucher, être à l'écoute de ses confidences les plus intimes, aller faire du BMX avec lui, jouer au foot, l'embêter lorsqu'il fait ses devoirs, … que deviendrait ma vie, sans un frère ? Cette Sandrine, au fond, je la connaissais à peine… mais je me mordrais les doigts à l'idée que Henry puisse croupir le restant de ses jours derrière des barreaux, à manger des trucs qui ne valent pas mieux que ce qu'on trouve dans les gamelles des chiens de la SPA et à dormir sur un matelas truffé de cafards et de cloportes qui grouillent partout… tout ça, parce que je hocherais la tête, parce que je certifierais reconnaître ce bracelet brésilien. A cet instant précis, je me rends compte que tout repose sur mes épaules, et c'est alors que les mots sortent tous seuls de ma bouche, je n'ai pas à me concentrer comme lorsque je raconte des mensonges, la phrase se construit naturellement, un peu comme lorsqu'on récite un proverbe, il n'y a rien de plus vrai, de plus juste qu'un proverbe. Catégorique, j'affirme en regardant le juge droit dans les yeux :
« Non, je n'ai jamais vu ce bracelet. »




Modifié par samsagace63 le mercredi 22 mai 2013 à 13:11

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