Penser après les cours...!

Tirade de Médée, dénouement de la pièce de Sénèque

Par cyberblaise - publié le dimanche 25 novembre 2012 à 09:30 dans 1èreL 602
 

 Analyse détaillée de la tirade de Médée étape par étape :

Lignes 1-4 : refus de fuir, expression d'orgueil, affirmation du « Moi », émotions très vives perceptibles aux nombreuses exclamatives. Cruauté : expression de la jouissance ( « j'aime, heureux commencement, joie que tu goûtes, jouis) »  au « spectacle » de la destruction qu'elle a produite, ironise sur le « nouvel hymen ». Médée sorte de metteur en scène qui a changé l'ordre des choses cf champ lexical du théâtre qui parcourt  le texte, importance du « voir », voyeurisme sadique.

Emportée par son élan vengeur, s'adresse à elle-même, questions, injonctions.

Lignes 4-6 : Prise de conscience du mobile du dépit amoureux : » Tu aimes encore », désir de vengeance pas assouvi par la mort de la rivale, se traite d' »insensée » plusieurs fois dans le texte :"insensée que tu es, insensée que je suis, âme égarée." Désir d'une punition qui doive rétablir la puissance de Médée qui se sent outragée, cherche une identité. Cf impératif catégorique « il faut » Premier mobile.

Ligne 6-10 :se rêve transgressant toutes les normes : briser les liens les plus sacrés, étouffer tous les remords, sortir de la morale commune : monstre cf taches sur les mains désirées. S'exhorte à la haine par des impératifs, gradation qui montre comment elle va arriver à une vengeance surhumaine : en cherchant dans son cœur tout ce qui y est amassé de violence et de fureur, démesure, folie de l'excès. Travais sur soi, recherche d'un dépassement par rapport aux crimes déjà commis.

Ligne9-10 : passé vu comme un entraînement : « prélude » , »essai » : opposition entre les crimes « commis pour un autre » (Jason) et « mes propres vengeances », crimes précédents : apprentissage, expérience, nouveau crime projeté vu comme une affirmation d'une identité accomplie : «  grand forfait », elle n'est plus « une vierge timide ».

L11 : réalisation de soi : « maintenant je suis Médée, génie qui s'est fortifié dans le crime : exaltation d'elle-même : applaudissement acquiescement « oui » ( à la fois héroïne et public, dédoublement qui participe de sa folie), sentiment d'une coïncidence avec elle-même. Cf début de la pièce où elle ne sait plus qui elle est : exilée abandonnée par son époux.

Elle revit au présent les crimes passés : coupé la tête du frère, mis son corps en pièce, dépouillé le père du trésor de la toison d'or, avoir armé les mais des fils de Pélias contre les jours de leur vieux père. Extrême violence revécue, inventaire jubilatoire, n'a respecté ni les liens filiaux, ni ceux de la fratrie.

L15-16 :Mûre pour un crime nouveau et inédit : cf « forfait inoui, meurtre abominable » Cherche une nouvelle victime, mais pas encore dicible : « je ne sais quelle résolution fatale que je n'ose encore m'avouer à moi-même », encore inconscient.

L17 se traite de folle de ne pas avoir attendu que Jason ait des enfants de Créuse : scénario fantasmatique qui lui permet de détester ses enfants en imaginant qu'ils ne sont pas d'elle mais de Créuse.

L18 : affirmation martelée de l'amour de sa vengeance, de son crime : expression d'un amour de soi, hyperbole royale « couronner »

L19 décision : s'exhorte à préparer le meurtre des enfants, s'adresse à eux, ne se reconnaît plus comme leur mère : opposition maintenant/autrefois, payent pour la trahison du père

Conjonction de coordination d'opposition « mais » signale le retournement de situation : corps qui réagit, trouble physique, tremblement, paralysie, sensations de froid conséquence : « mon cœur se trouble » , ébranlée dans sa détermination, retour de l'instinct maternel l20

Médée tiraillée entre sa souffrance d'épouse abandonnée et son instinct de mère, personnage clivé à plus d'un titre :Sorte de théâtre où combattent les passions : haine, ressentiment, colère, fureur, amour, rôles d'épouse et de mère, la Médée colchidienne d'autrefois, la Médée épouse du Grec Jason. Cf antithèse vengeances/affections L21 envisage au conditionnel les conséquences de son acte, se réapproprie ses enfants en utilisant des adjectif possessifs : mes fils que j'ai mis au monde.

L22 : Je ne veux pas en opposition avec le il faut de la ligne 9

L23 remet en question le mobile : culpabilité des enfants par leur lien avec le père : innocents, parallèle avec le frère lui aussi innocent qui réveille le désir de meurtre. Médée environnée par la pensée de la mort violente, obsédée.

L26-28 Déchirement exprimé par l'emploi du verbe très imagé : « balancer », combat de l'amour et de la haine qui déchire son cœur, lucidité sur son état clivé cf chiasme « la colère chasse l'amour et l'amour chasse la colère », images empruntées à la nature : flux et reflux, analogie avec une tempête, une mer déchainée : métaphore filée, cœur vu comme un bateau qui « flotte » irrésolu, qui a perdu son cap.

L28 : nouvelle adresse aux enfants, retour de la tendresse maternelle, désir de contact physique, d'embrassement, traditionnellement le rôle des enfants est de soutenir les parents devenus âgés, en prend conscience, accepte de les laisser vivre pour le père s'ils s'occupent d'elle d'abord : remède à la solitude.

L30 nouveau « mais » : se souvient de la condamnation à la solitude de l'exil, s'imagine au futur proche l'arrachement, registre pathétique utilisé par Sénèque : « pleurants et gémissants, conséquence implicite, puisqu'ils sont perdus pour leur mère, qu'ils le soient aussi pour leur père.

L32 nouveau mobile : désir de priver Jason de ce dont elle sera privée. Métaphore du feur « se rallume » : retour de la haine, personnification de la vengeance comme d'une furie : excès, démesure, se compare à la fille de tantale qui avait 14 enfants, aurait voulu en tuer plus que deux ! se sent stérile !

L34 nouveau mobile encore : sacrifier ses deux fils pour venger la trahison du père et l'assassinat du frère.

L35-43 : Médée semble harcelée par les divinités de la vengeance : Erynnies, folie qui se traduit par une vision, une sorte de transe que le discours donne à voir, Médée s »adresse à son frère démembré, sorte de scène de possession à l'issue de la quelle elle commet le premier infanticide : l42-43 elle tue le premier enfant

L44 : Bruit du dehors qui la ramène à la réalité : prise de conscience de l'arrivée des poursuivants réels, humains, ne nomme pas Jason : on. Monte sur la terrasse « vengeance à moitié satisfaite »

Pense à la nourrice qu'elle veut sauver et veut exhiber sa puissance l46 s'adresse au peuple corinthien.

 

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Publié le samedi 8 novembre 2014 à 18:42 par Visiteur non enregistré

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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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