Les Assoiffés de Wajdi Mouawad
En voici un résumé et deux autres extraits:
Murdoch a 17 ans. Nous sommes en février 1991. Murdoch se lève du mauvais pied… à moins que ce soit le bon ? En tout cas, ce jour-là, Murdoch décide qu'il en a fini de se taire. Il parle, il parlera, jusqu'à ce qu'il soit vide… Murdoch parle. Il parle mal ! Il sacre. Il dit ce qu'il voit : des choses dures, des choses absurdes, le vide abyssal dans lequel la vie lui semble creuser son lit. Tout ça, pour ça ?
Norvège elle ne parle pas. Elle est enfermée dans sa chambre. Ses parents l'appellent, mais elle ne parle pas. Des fois elle crie. Mais c'est tout. Un seul nom sur un papier tendu : monsieur Boltansky. Boon (Paul-Émile Beauregard-Nouveau, mais quand on contracte ça fait Boon… comme Daniel, oui…) n'est pas monsieur Boltansky, mais il joue le rôle de monsieur Boltansky. Boon voulait écrire quand il était adolescent. Il a écrit et on lui a craché à la figure. Alors il est devenu enquêteur judiciaire. Il devait se dire que les morts crachent rarement. Boon connaît bien Norvège, il connaissait aussi Murdoch. Mais ça c'est une autre histoire.
extrait
Murdoch : Moi, là, je ne sais plus pourquoi tous les matins je dois me lever pour aller attendre l'autobus si c'est pour monter dedans, aller à l'école, revenir de l'école, m'endormir, me réveiller pour revenir icitte et l'attendre encore. Je veux dire ! Tsé. Comme si rien ne s'était passé. Comme si on tournait en rond. Tsé. Comme si on revenait toujours au même carrefour alors qu'on est déjà en retard, qu'on a plus ben ben le temps de niaiser.
Extrait de Assoiffés, publié aux éditions Lémeac / Actes Sud-Papiers.
2ème extrait:
Extrait :
Je ne sais pas, monsieur, si c'est quelque chose que vous pouvez comprendre, je ne sais pas si c'est quelque chose que vous avez déjà éprouvé, mais c'est freakant de voir, du jour au lendemain, la mécanique d'un monde qui pendant longtemps était magique ! Je le sais plus ce qui se passe. Je le sais plus ! Est-ce que ça sert à quelque chose de «connaître» ? Est-ce que ça sert à quelque chose de «savoir» ? O.K., oui. Bon, c'est le fun de savoir que la capitale de l'Islande, c'est Reykjavik, Lomé la capitale du Togo et Ouagadougou la capitale du Burkina Faso, et quand il pleut à Montréal, il faut beau à Bornéo. C'est sûr : c'est utile ! Mais à quoi ça sert si je ne parviens pas à calmer ma colère ? Qu'est-ce que je peux connaître ? Qu'est-ce que je peux faire pour avoir le sentiment que je suis vivant et pas une machine ? Comment ça se fait que ce matin, en regardant mon sac d'école, j'ai eu l'impression que mon sac d'école avait plus d'espoir que moi ? Comment ça se fait que plus je grandis, moins j'ai l'impression d'être vivant ? Monsieur, qu'est-ce que ça veut dire, être vivant ?