Penser après les cours...!

Analyse de la représentation de MaîtrePuntila et son valet Matti de Brecht( mise en scène Guy-Pierre Couleau)

Par cyberblaise - publié le mercredi 14 novembre 2012 à 16:45

Grille d'analyse de la représentation de Maître Puntila et son valet Matti ( exemple)

« J'ai vu (être très précis dans la description) et ça m'a fait penser à… »

Autour de la représentation :

Titre de l'œuvre : Maître Puntila et son valet Matti, traduction en français de l'auteur allemand Bertold Brecht dans une mise en scène de Guy Pierre Couleau , directeur de la Comédie de l'Est.

Lieu de représentation : Grande salle de la Comédie de l'Est, ancienne manufacture de tabac transformée en théâtre.

Jour : mardi 9 octobre 2012 à 20H30. Première de la pièce qui est une création.

Public composé de nombreux lycéens et de professionnels du théâtre, relations des acteurs et participants au spectacle. Public assez agité lors de l'installation mais très attentif ensuite malgré la durée du spectacle :3 heures sans entracte et le fait qu'il fasse chaud !

Salle à l'italienne, assise au rang 0 un peu trop haut, regard plongeant vers la scène.Visibilité parfois réduite quand les acteurs se mettaient trop en avant scène.

Scénographie :

1.       L'espace théâtral : dispositif frontal, pas de rideau, de ligne de démarcation, de plein pied avec le spectacle.

2.       L'espace scénique : sol du plateau de la CDE nu, murs du théâtre visible. Panneaux  blancs rectangulaires montés sur une structure à roulettes et déplaçables, au début  quatre panneaux disposés horizontalement  de cour à jardin au milieu du plateau formant une  double rangée et restreignant la profondeur de champ, également deux panneaux en hauteur suspendu aux cintres. Panneaux blancs qui prennent la lumière, peuvent servir de support de projection cf titre de la première et deuxième partie, donner lieu à des créations d'ombres.( rencontre avec les fiancées).Procédé qui paraît simple et sobre mais s'avère beaucoup plus sophistiqué au fur et à mesure. Evolutif : transformation au fur et à mesure des 12 tableaux et des différents lieux où se déroulent les scènes, agrandissement ou rétrécissement de l'espace de jeu. Structure carrée, rectangulaire, angulaire avec création de ligne de fuite, panneaux ouverts, fermés, permettant des circulations et des entrées. Espace parfois encombré d'objets, parfois vide selon les scènes. Plus symbolique souvent que figuratif, stylisé mais représente des espaces réels : voir didascalies initiales de chaque tableau dans le texte : salle de restaurant, vestibule du domaine de Kurgela, place de village avec maisons , poteau télégraphique, voiture, cour de Puntila avec sa route d'accès, marché à l'embauche dans un village, maison des bains, salle à manger, cuisine, loggia etc Espace fonctionnel qui délimite et suggère, identification des espaces davantage permise par les objets scéniques et le contenu des propos des personnages. Distanciation brechtienne.

Outre les panneaux, une maisonnette utilisée plusieurs fois, notamment pour le sauna : structure en bois qui évoque la Finlande, fenêtre qui permet de regarder dedans dehors, eau, vapeur crée par une sorte de fumée. Espace qui donne énormément matière à jeu et qui est modifié sous les yeux des spectateurs par les comédiens et régisseurs à vue,peut faire penser à un castelet de marionnette.

 

Objets scéniques très nombreux : tables de bureau longues , fonctionnelles, contemporaines, chaises à roulettes, caisses de boisson en plastique bleues, bouteille d'aquavit: bouteille de Carola dont on a effecé le C, sonorité en "la" qui fait écho aux noms de lieux finlandais et au nom de Puntila, valises, nourriture réelle sur des plateaux, « diable » à roulettes : lit du vétérinaire, « vélo » tiré par un machiniste, corde qui tombe des cintres, poteau de métal qui se déplace depuis les cintres, chaises longues, cartes à jouer, verres de cocktails avec paille en plastique, journal…

objets bleus : monde du travail cf aussi costumes des ouvriers bleus de travail, extincteur, brouette… sont soit fonctionnels soit détournés : exemple brouette et outil recouvert d'un chapeau pour figurer les gens auxquels les « fiancées » de Puntila s'adresse dans la répétition de leurs adresses qu'elles font dans la cour guidée par Matti ( Théâtre dans le théâtre, fonction métonymique ou métaphorique des accessoires)), jeu comique avec la valise à monter qui symbolise l'oppression, plateau de nourriture dans lesquels pioche le pasteur et symbolise son avidité et gourmandise : profiteur, parasite. Chaises longues : farniente des maîtres, rentiers, bouteilles d'aquavit : alcoolisme de Puntila et de ses hôtes, objts qui sont sur le plateau : assemblés pour former le mont réclamé par Puntila dans sa bibliothèque : espace de jeu, escalade…la surprise attendue est la Studecker mais pas de

voiture, rendue par le jeu de l'acteur , pas suggérée par un objet.

Les objets sont parfois sources de gags, comiques de situation, chutes, chaises qui se plient et dans lesquelles Matti s'emberlificote etc

 

Lumière : lumière salle maintenue au début, brouillage du code du début du spectacle, machiniste qui circule sur le plateau et semble régler certaines choses, prologue d'abord le machiniste en allemand, puis la chanteuse devant les panneaux, la lumière se focalise progressivement sur le plateau, effet cabaret : légère poursuite sur la chanteuse. Personnage du machiniste renvoyé sèchement: ouvrier traditionnel qui chante l'Internationale congédié au profit d'un autre message plus actuel?

Très bel effet de lumière : aube dans le village lorsque Puntila cherche l'alcool et les femmes : projections sur les panneaux et la maison de taches un peu vertes : feuillages ? Éclairage public qui fait des halos, atmosphère de rêve, de griserie liée à l'ivresse ? création d'une atmosphère particulière onirique, fantasmatique : pharmacienne artiste de cirque , faisant un numéro d'acrobaties à la corde : hauteur, supériorité, dépendance de Puntila ? distanciation : spectateur qui veut du divertissement, du risque, de la performance, de la beauté, du désir…// avec chanteuse, costume de dompteur pour l'autre maître de la pièce, tenues d'écuyères des « mariées de Puntila ? Suscite la réflexion sur les attentes du public bourgeois, sur nos attentes au théâtre. Ombres des femmes dans leur maison : femmes objets de fantasme, objets du désir toutes différentes mais interchangeables, désirables//Puntila et Don Juan, la demande en mariage de Charlottes et Mathurine…

 

Environnement sonore : chansons de Weil et Dessau-songs- entre les tableaux, effet de distanciation, mais aussi chansons par les personnages : mariées, tout le monde, Puntila à l'accordéon au lieu de devenir sentimental seulement en entendant la chanson de Surkela, présence de la mélodie populaire, sentimentale, risque de l'effusion dangereuse pour la lucidité : réflexion sur la sentimentalité qui gomme les rapports de classe ; musique en direct et pré-enregistrée. Bande son composée aussi de bruitages : arrivée de l'auto à Kurgela, bris de verre et chocs lorsque l'attaché est chassé du domaine, bruit de foule pour le marché d'embauche : bruits pour faire exister des espaces hors champs et pour produire des accentuations de gags, comics.

 

Images : projection du texte des titres des parties mais pas d'images filmées malgré l'allusion à la référence à Chaplin de Brecht dans les notes d'intentions ( personnages « gaguesques « comme l'attachés , la femme du pasteur, caricatures , comics), panneaux du haut peut-être à l'origine réservés au surtitrage des chansons ?

Médias : amplification au micro, micros visibles, effets de son ex : Puntila s »adresse à matti dans l'avant dernière scène : pas de micro , il célèbre le Tavastland avec effusion : discours nationaliste amplifié qui rappelle l'obligation d'admirer la patrie, peut-être en Allemagne nazie, Brecht exilé, ironie…

 

Costumes : actualisé, pas de couleur locale finlandaise, employés du domaine plutôt costumes d'ouvriers, servantes : tenues seyantes, Matti en slip+ un homme ?  2ème maître en tenue de bourreau, marchand d'esclave, dompteur avec fouet : brutal mais peut-être moins que matti paradoxalement, plus facile de l'identifier comme maître cruel.

Costumes des mariées : collants de couleurs différentes, tutus d'écuyères, mais masques : Pussy Riot ? association de femmes qui s'unissent pour réclamer. Couronnes de fleurs qui rappellent le mariage, mais multicolores, champêtres, costume folklorique russe ? carnaval: rites agrestes, inversion des mondes?

 

Performance de l'acteur : beaucoup de mouvements, certains acteurs jouent plusieurs rôles, importance des costumes qui les métamorphosent. Acteur qui joue Puntila très présent et parle beaucoup, Matti plus taiseux : voix posée et grave, pas impliquée, sereine, lucide. Elements de costumes objet scéniques : fouets, rasoir pour Puntila, la demande de se faire gratter le dos en se déshabillant de la cuisinière , les ballots des ouvriers qui cherchent de l'embauche qui deviennent des sièges, le torse nu et bronzé de l'attaché, ses lunettes. Suggestion d'espace par le jeu : exemple la montée des escaliers, la voiture etc

Gestuelle particulière composée qui caractérise les personnages : attaché, pasteur, juge confine à la caricature. « il nous faut retrouver la dimension comique et quasi mécanique dans les comportements des personnages les uns envers les autres, code de jeu qui a fait toute l'esthétique du cinéma muet à l'époque de Chaplin. »

Gestuelle très variée : disposition des groupes, tous les possibles,à deux, trois etxc, occupation de l'espace variée.

Acteur qui joue Puntila pas toujours complètement audible : saoul , en colère…souvent tonitruant, très envahissant, fatigant…pour Matti surtout ! Femmes toujours serviables mais aussi craintives, Eva grande petite fille : pauvre petite fille riche ! veut s'émanciper de son père, choisir par elle-même, difficile de rencontrer un véritable être humain, chacun est prisonnier de son conformisme et de son gestus social : Cf mise à l'épreuve de devenir une bonne femme de chauffeur, finit par reconnaître que ce n'est pas compatible à cause de la tape sur la fesse !

Beaucoup de code de jeux différents: cirque, clownesque, réaliste, ombres, cabaret etc

 

Mise en scène :  selon le dramaturge de la CDE :  Guillaume Clayssen

« Chez Brecht, l'esprit critique du spectateur ne peut s'éveiller qu'en étant associé au plaisir. Le théâtre doit être un amusement cf  Petit Organon pour le théâtre : «  depuis toujours, l'affaire du théâtre, comme d'ailleurs de tous les autres arts, est de divertir les gens. Cette affaire lui confère toujours une dignité particulière ; il n'a besoin d'aucune autre justification que l'amusement, mais celui-ci absolument. » : vision joyeuse et vivante de l'art dramatique.

Comédie sur les rapports de domination et d'aliénation régnant dans le monde du travail : cf « Matti : Si par exemple les vaches pouvaient discuter entre elles, l'abattoir n'en aurait plus pour longtemps. » humour qui fait mouche.

Reprise du couple  classique maître-valet afin d'y intégrer la question moderne du travail. Mesurer notre degré de soumission face aux contraintes économiques : à partir de quand vendre notre force de travail nous fait-il perdre notre liberté ? petite histoire qui rejoint la Grande et la nôtre : jusqu'où les rapports économiques justifient-ils des relations de domination et de soumission entre les hommes ? N'y a- t-il pas d'autres possibilités d'organiser la société et les relations au travail ? Pièce sur l'émancipation : prendre en main notre liberté.

Brecht voulait un théâtre analytique qui incite le spectateur à une réflexion distanciée et au questionnement. Dans ce but, il distancie et désillusionne intentionnellement le spectacle, pour rendre évident la différence entre le spectacle et la vie réelle. Les acteurs doivent analyser et synthétiser, c'est-à-dire avoir une approche extérieure au rôle, pour agir ensuite consciemment comme l'aurait fait le personnage. Le théâtre épique s'oppose à la conception de Stanislavski autant qu'à celle de Lee Strasberg qui aspire à un réalisme maximal et qui demandent à l'acteur d'intérioriser le personnage."

Nombreux effets de distanciation. Première partie plus festive, ludique, onirique, deuxième partie plus sombre et grinçante. Mélange de codes de jeux. Réflexion sur nos attentes de spectateurs, sur l'oppression dans le monde du travail, sur l'émancipation des femmes, sur le pouvoir et l'argent, sur la disctature...



Page précédente | Page 398 sur 1224 | Page suivante
Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
«  Juillet 2026  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031 

Derniers commentaires

- Apollinaire sur prepabac.org (par Visiteur non enregistré)
- Commentaire sans titre (par Visiteur non enregistré)
- Merci (par Visiteur non enregistré)
- Remerciment (par Visiteur non enregistré)
- eethetyh (par Visiteur non enregistré)

Canal RSS

Abonnement