Euripide, un novateur
Euripide, un novateur
Euripide est, après Eschyle et Sophocle, le dernier des grands poètes tragiques grecs ; il est né probablement vers 484 av. J.-C. et mort en 406 av. J.-C, mais on ne sait pas grand-chose de sa vie, car il ne prit aucune part aux affaires publiques. Il n'obtint que peu de succès au théâtre, mais après sa mort ses pièces furent reprises, et sa renommée ne cessa de grandir, ce qui explique que l'on a conservé plus d'œuvres de lui que de ses prédécesseurs ; il a beaucoup influencé Racine au XVIIèsiècle, qui s'en inspira pour Iphigénie, Andromaque et Phèdre.
Euripide a infléchi le genre tragique vers plus de simplicité : il montre sur scène des nourrices, des serviteurs, et ses héros s'expriment de façon plus naturelle.
la liste des personnages de Médée
– Médée, fille de roi, mais « Barbare » ;
– Jason, fils de roi ;
– Créon, roi de Corinthe ;
– Égée, roi d'Athènes ;
– nourrice et précepteur : serviteurs âgés.
Cependant, ils aiment tenir des propos généraux, réfléchir sur la vie, et sont porteurs, comme le Chœur, d'une certaine sagesse populaire. Créon est le seul personnage à avoir dans la pièce un pouvoir véritable : Jason est un exilé, et Égée n'est qu'un hôte de passage. Mais comme souvent dans la tragédie grecque, le pouvoir politique se révèle impuissant.
Euripide s'est beaucoup intéressé à la psychologie des personnages, en faisant de ces derniers des êtres humains moins idéalisés que ceux de ses prédécesseurs : ses héros sont soumis à des passions fortes, qui s'expriment en cris et en paroles violentes et les entraînent à des actes terrifiants ; ils sont en proie à des contradictions intérieures qui les ravagent (cf. le monologue de Médée avant de tuer ses enfants, avec ses multiples revirements). Ces personnages complexes et torturés n'ont pas la pureté tragique de ceux de Sophocle, mais apparaissent plus humains, plus modernes…
Euripide choisit souvent des femmes comme héroïnes de ses tragédies, et pourtant on l'a accusé d'être misogyne… Dans Médée, il semble s'intéresser à la complexité du statut de la femme grecque, en faisant tenir à différents personnages des propos hostiles ou favorables aux femmes.
Les personnages féminins de la pièce : qu'ont-ils en commun ?
À part le personnage éponyme, nous trouvons la nourrice et les Corinthiennes du Chœur. Tous ces personnages ont en commun de n'avoir, en tant que femmes, aucun pouvoir : la nourrice est une esclave, et Médée, comme étrangère, n'a aucun droit face à Jason ou à Créon, le roi.
Les personnages féminins sont solidaires de Médée, éprouvent pour elle de la compassion et jugent sévèrement Jason : « Tu as raison de te venger de ton mari » (scène 3), lui dit le Chœur, qui accepte même la complicité du silence. Les femmes du Chœur et la nourrice mêlent leurs pleurs et leurs cris à ceux de Médée, formant une « communauté féminine » pour chanter le deuil, comme le dit Florence Dupont (scène 2, parodos).
Euripide laisse régner dans ses pièces l'incertitude humaine : ses personnages, loin d'être des modèles moraux, sont les jouets de passions contradictoires et ne font pas triompher la justice ; ils exposent leurs idées sous forme de grands débats oratoires qui restent souvent ouverts car l'auteur ne propose pas, comme Eschyle ou Sophocle, une vision orientée ou englobante de la société. Ainsi, quel jugement doit-on porter sur l'infanticide de Médée ? Si elle est sauvée à la fin de la pièce, est-elle pour autant innocente ? Le sacrifice des enfants a-t-il une légitimité ?
Cette indécision morale se reflète dans la conception des dieux : ceux-ci interviennent peu et n'apparaissent pas comme des garants de justice ou d'ordre ; Euripide semble penser qu'ils sont indifférents aux affaires terrestres, et que les mythes ne sont que le reflet des interrogations et des aspirations humaines…
Ce scepticisme assez pessimiste qui livre l'homme à lui-même et qui fut très critiqué à son époque contribue largement à la modernité de ses œuvres.
Extrait de Pièces Démontée consacré à la mise en scène de médée d'Euripide par Laurent Fréchuret, avec catherine Germain dans le rôle de médée.