Penser après les cours...!

Exodos de Médée d'Euripide

Par cyberblaise - publié le vendredi 12 octobre 2012 à 11:39 dans 1èreL 602

Préparation au commentaire de l'Exodos de Médée d'Euripide : dénouement de la pièce.

Explication de texte qui suit la structure de la scène  et en reconstitue la progression :

Adresse de Jason au chœur (l1à15) : dialogue avec le choryphée qui l'informe de l'étendue de ses malheurs, Jason venait demander des comptes à Médée pour le meurtre de Créuse et de Créon, réclame de voir ses enfants et de parler à Médée.

Adresse à Médée : malédiction de Médée par Jason dans une longue tirade : la désigne dans l'ensemble du texte comme « un monstre, un fléau, femme odieuse entre toutes aux dieux, lionne, plus sauvage que Scylla, ouvrière de la honte, mère criminelle, femme abominable » ( termes négatifs renforcés par des adjectifs évaluatifs hyperboliques : elle suscite le rejet, la haine, le scandale).

Jason prend conscience d'avoir épousé une « barbare », se traite d' »insensé »: oppose le monde civilisé des Grecs à celui de Médée, se rappelle du passé meurtrier de Médée : « traitresse à ton père et à la terre qui t'avait nourrie », rappel l'Erynie vengeresse du frère assassiné qui s'est acharnée sur lui. Dans le monde grec les dieux sont très présents y compris ceux de la vengeance. Echec d'une union avec une non grecque. Jason n'avait pas respecté la règle. Opposition des pronoms : toi/ moi. Jason confronté à la perte, mort, deuil. Puni pour avoir transgressé les règles en vigueur en Grèce.

Justification de Médée et dispute où chacun va faire entendre ses raisons et les griefs qu'il reproche à l'autre : stychomitie : joute verbale, réponse sur le mot, du tac au tac, parallélisme des constructions qui soulignent souvent des oppositions.

(l38-48)Pour Médée, les torts sont du côté de Jason, vengeance considérée comme légitime de son point de vue : trahison amoureuse doublée d'une humiliation et d'un exil= juste retour des choses : « Je t'ai blessé au cœur ». Pour elle, la douleur est préférable à l'humiliation du ridicule, préfère être odieuse et terrifiante à cause de son geste plutôt que ridicule en femme trompée : orgueil de Médée, sentiment très fort de ce qu'elle se doit, restaurer l'estime de soi. Atteste souvent les dieux et semble soutenue par eux : apparaît sur le char, triomphante ; rappelle qu'elle a été l'adjuvant de Jason et ce qu'il lui doit (l39)

 Etude de la progression de la stychomitie : Communauté de douleur évoqué par Jason mais est considérée comme un avantage par Médée : efface le ridicule de sa situation antérieure.

Nombreuses antithèses qui montrent le conflit entre les deux parents : enfant/fils, mère/père, « Ils ne vivent plus/Ils vivent ».  Métaphore de la douleur vue comme un serpent qui mord : désir de faire souffrir Jason, menace en retour d'être poursuivie par les Erynies des enfants.

Jason minimise le mobile de Médée (outrage, nouvel hymen), récuse sa part de responsabilité, lui reproche d'avoir agi par jalousie et à cause de sa frustration sexuelle : « pour ta couche » : à mettre en lien avec le discours de Médée aux femmes corinthiennes. Médée revendique l'importance de ce mobile pour une femme car le statut de la femme dans la société grecque la fin dépendre totalement de son époux : problème de l'exil et de la solitude pour une femme sans ressources ni protection, sans appui familial ni conjugal (importance d'avoir garanti ses arrières en négociant un asile chez Egée) Jason lui reproche d'être dans l'excès, la démesure, principale faute chez les Grecs, l'ubris : « pour toi tout devient offense ». Attestent tous les deux les dieux mais Médée plus sûre d'elle.

Expression de la haine avant la rupture définitive qui consacre le triomphe de Médée : champ lexical très abondant : hais, déteste, odieux)

Victoire de Médée face à la demande de Jason de voir les enfants morts : privation de la cérémonie funèbre qui permettrait un travail de deuil. ( l60) , crime supplémentaire.

Métamorphose de Médée en prêtresse, en devin : verbes au futur: prophétise son avenir à elle et celui de Jason, en opposition complète. Elle organise un rite expiatoire pour elle : « en expiation de ce meurtre impie (lucidité sur sa culpabilité) : sanctuaire, fêtes, une sépulture sûre pour ses enfants à l'abri des Corinthiens qui voudraient se venger du rôle que les enfants ont joué dans le meurtre de leurs souverains.

Annonce sa nouvelle vie avec Egée et prophétise, en faisant usage d'un don divinatoire, la mort misérable de Jason : ironie tragique: « frappé à la tête par un débris d'Argo » perceptible dans l'exclamative, dans l'emploi de l'adjectif « misérable » : déchéance de Jason qui perd son statut de héros, pas de mort héroïque, passe le reste de sa vie à ruminer les conséquences funestes de ses choix, manière encore une fois de lui montrer que sans elle il n'est pas grand-chose. Médée insiste sur son caractère parjure, perfide qui le prive de selon elle de l'écoute des dieux.( l67)

Renversement de situation : c'est Médée qui donne les ordres et qui  le chasse : « va-t-en »/l34, cruauté de Médée qui lui fait imaginer sa douleur future : « attends la vieillesse ».

Jason ne se résout pas à partir sans avoir vu ses enfants : complètement abattu, humanité profonde d'un être blessé dans sa chair : champ lexical du corps et de la tendresse : « embrasser les lèvres, toucher la douce peau de mes enfants » : pathétique cf catharsis : terreur et pitié.

Médée souligne ironiquement les contradictions de Jason : « Maintenant tu leur parles, maintenant tu les chéris ; tout à l'heure tu les repoussais. » Rappel qu'il avait voulu au début de la pièce les exiler avec elle sans état d'âme.

Médée inflexible, impitoyable : « en vain, paroles jetées au vent », s'envole sur son char envoyé par le dieu soleil, son parent.

Ultime plainte de Jason qui en appelle à Zeus, utilise le pronom « on » pour ne pas nommer Médée et la nier. Impuissant : c'est lui que l'on repousse et maltraite. Réduit aux seules larmes comme une femme : humiliation de Jason. Exclamative désespérée : souhait de ne pas avoir été père.

Axes de lecture possible

1.       Un dénouement qui met aux prises des personnages totalement antithétiques :

A.      Jason, un personnage tragique déchu et désespéré

B.      Médée triomphante métamorphosée en prêtresse et soutenue par les dieux

2.       Un dénouement sous forme de dispute conjugale dans laquelle chacun se reproche la responsabilité du meurtre des enfants.

3.       Un dénouement qui trouble les spectateurs et illustre la catharsis.

 

 



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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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