Penser après les cours...!

Introduction et développement: Le loup et le chien

Par cyberblaise - publié le mercredi 3 octobre 2012 à 17:57 dans 1èreL/Es Camille See

Je vous propose le travail d'Emeline qui est sur la bonne voie du commentaire:

Jean de La Fontaine, écrivain célèbre du XVIIe siècle, a révolutionné les fables en les portant à un niveau d'excellence qu'elles n'avaient encore jamais atteint, et qui ne sera jamais égalé. Ses œuvres illustrent particulièrement la devise de l'époque classique « plaire, toucher et instruire », puisqu'étant plaisantes mais comportant également une morale implicite, et seront un véritable outil pour la liberté d'expression de l'auteur. En effet, il utilisera beaucoup la personnification des animaux pour dénoncer certains aspects de la société du XVIIe siècle, notamment la condition des artistes obligés de se soumettre à un mécène pour pouvoir vivre.

Le texte que nous étudierons est intitulé Le Loup et le Chien, et parut en 1668 dans le premier recueil de fables de La Fontaine. Ce récit poétique relève de l'argumentation indirecte, il met en opposition deux modes de vie : celui du chien soumis à un maître en échange d'un confort alimentaire, et celui du loup luttant pour sa survie mais demeurant libre, qui posent la question de l'importance de la liberté pour le bonheur.

Nous montrerons que l'auteur remet en cause la servitude volontaire préconisée par le chien, d'une part en dressant un portrait critique de ce dernier, d'autre part en mettant en valeur le point de vue du loup.

 

      La servitude volontaire préconisée par le chien est remise en cause par un portrait très critique de celui-ci. Nous pouvons remarquer que le fabuliste le blâme d'une manière subtile : en effet, le chien fait miroiter un futur idyllique au loup, développant les bons côtés de sa condition. Il détaille les récompenses reçues en utilisant des anaphores, créant ainsi une impression d'abondance, « os de poulets, os de pigeons », renforcée par le terme « force reliefs » et l'hyperbole « mainte ».

Il minimise ce qui est négatif, c'est-à-dire les tâches qu'il doit accomplir, comme le montrent les nombreuses structures restrictives. Car celles-ci sont dévalorisantes et heurtent la morale : l'attachement du chien à ses maîtres est hypocrite, comme le souligne le chiasme « flatter ceux du logis, à son maître complaire », et ne vise qu'à gagner « un salaire » (« moyennant » apparaît à la fin de la liste de tâches qu'il doit accomplir, annonçant les récompenses). De plus, les bons chrétiens sont supposés accueillir les pèlerins et les mendiants, or les tâches du chien le mènent à faire l'inverse : « donner la chasse aux gens portant bâtons, et mendiants ». De plus, l'infinitive sous-entend que le loup devra se retourner contre les siens s'il suit le chien, puisqu'ils sont considérés comme des vagabonds misérables et affamés, que ces derniers sont supposés chasser.

Par ailleurs, les phrases infinitives et les énumérations qu'il utilise donnent l'impression qu'il dresse un protocole du bon serviteur !

Dans ses paroles, les champs lexicaux de l'intérêt et du calcul sont très présents (« meilleur destin », « salaire », « presque rien », « moyennant », « force reliefs », « mainte caresse »), il y a une forte dimension économique, ce qui renforce encore son côté hypocrite et calculateur. Le champ lexical des activités de police, désignant ses actions(« donner la chasse »), vient s'opposer à celui de la noblesse traditionnelle qui était constituée de guerriers, et qui désigne les actions du loup (« à la pointe de l'épée »), dévalorisant ainsi le chien.

 

 

      L'opinion du loup, qui préconise la liberté, est particulièrement mise en valeur par le fabuliste. Nous pouvons constater qu'il écrit du point de vue de celui-ci en focalisation interne, comme le prouvent plusieurs indices. Le mot « rencontre » sous-entend que le loup voit celui qu'il croise, et est suivit d'adjectifs d'évaluation qui portent un jugement (« puissant », « beau », « gras », « poli ») : c'est le point de vue du loup sur le chien. On observe aussi, vers 5 à 9 un passage de discours indirect libre, c'est le loup qui parle.

      Ce personnage est décrit comme quelqu'un d'intelligentpar le fabuliste. Son instinct le pousserait à attaquer le chien, mais après réflexion, il renonce et le flatte, technique qui fait ses preuves puisque le chien s'y laisse prendre et lui rend la pareille en compliments (« vous », « beau sire » sont des formules de politesse qui le montrent bien). De plus, il ne se laisse pas convaincre par l'argumentation de ce dernier, ce que l'on peut aisément prouver par les nombreuses phrases interrogatives qu'il prononce (par exemple « que me faudra-t-il faire ? » : le loup sait qu'il y a forcément une contrepartie à tous les avantages et s'informe de leur nature).

      A la fin du texte, le loup s'aperçoit d'une marque sur le col du chien, (« chemin faisant il vit » : ce gérondif nous fait comprendre qu'ils ont marché ensemble, le loup se méfie, il est observateur et remarque l'anomalie) et pose encore des questions auxquelles le chien apportera d'abord des réponses très sommaires, créant une stichomythie. Le mot « attaché » fera fuir le loup, sa répétition montre le scandale que cette idée créée chez lui. Il prendra la parole à la première personne d'une manière très forte, et assimilera la liberté à un « trésor », une richesse à laquelle il ne renoncerait pour rien, comme le souligne la métaphore hyperbolique « et ne voudrais pas même à ce prix un trésor ».

Comme nous l'avons déjà relevé précédemment, le loup estaussi décrit comme un noble guerrier, ce que monte une autre métaphore « A la pointe de l'épée », le mettant en ainsi en valeur : on le voit comme quelqu'un de courageux et noble.

 

 

 



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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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