Exercices: rédiger une introduction et une partie de commentaire
Voici la proposition d'Elodie déjà très réussie pour l'extrait du Discours de la Servitude Volontaire de la Boétie:
Le XVI éme siècle a été marqué par deux grandes oeuvres de sciences politiques : Le Prince de Machiavel, ouvrage qui traite du fondement du pouvoir, soit comment l'obtenir et le garder : il décrit les conditions de possibilité de la conquête et de la conservation du pouvoir personnel, ainsi que sa conception du gouvernement du peuple, qui parfois, se dirige vers la tyrannie. Pour lui, un "bon" Prince doit être fort, le défaut principal d'un gouverneur étant la faiblesse. La seconde oeuvre marquante de cette période, que l'ont peut associer à celle de Machiavel est le Discours de la Servitude Volontaire d'Etienne de la Boétie. Cet auteur humaniste -né en 1530 et mort en 1563- écrit ce texte alors qu'il a 18 ans, pendant une période de conflit, notamment entre les catholiques et les protestants, mais elle ne sera publiée qu'après sa mort en 1574 par son grand ami Montaigne, nommé responsable de ses oeuvres dans son testament. Ce Discours est sans contexte le texte de plus connu de la Boétie : alors qu'il est confronté aux persécutions des protestants, il se range du côté de la liberté, et remet en cause dans ce texte les puissants, émet l'hypothèse que c'est en réalité le peuple qui donne son pouvoir au dominant par sa soumission, et non l'inverse. Il formule également à la fin du texte l'idée qu'il suffirait au peuple de ne plus obéir au tyran, de plus se soumettre à lui pour qu'il s'écroule. On peut alors en effet parler de "servitude volontaire". Le regard de La Boétie est un regard totalement neuf sur le rapport entre le dominant et le dominé et sur les sciences de la politique, un regard qui suscite la polémique. Avec quels arguments et procédés de persuasion La Boétie tente-t-il de convaincre le peuple qu'il est responsable de la tyrannie dans cet extrait du chapitre 4 ? Il utilise d'abord une stratégie originale mais efficace, puis il alimente la polémique en accusant à la fois le tyran, mais également le peuple, qui a selon lui une part de responsabilité à sa propre misère, et enfin, il se montre à la fois discret et indigné mais particulièrement impliqué.
II) Une double mise en accusation qui dévalorise le tyran de façon polémique.
Afin de faire réagir le peuple, de lui montrer qu'il est responsable de la tyrannie et soumis à elle, la Boétie s'exprime dans un registre polémique. En effet, il accuse non seulement le dominant, mais aussi le dominé : il s'adresse en premier lieu à des collectifs : << gens, peuples, nations >>, puis se montre sévère envers eux en les qualifiant de <
Il est passif devant la tyrannie : le locuteur l'exprime par la répétition des mots << vous vous laisser >>. Ces structures anaphoriques montrent bien un décalage entre le peuple et le tyran.
Le locuteur consacre les lignes 12 à 18 de son discours à prouver la complicité du peuple grâce à l'accumulation de questions rhétoriques : << Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s'il ne les emprunte de vous ? Les pieds dont il foule vos cités, ne sont-ils pas les vôtres ?>>. La métonymie des << mains >> et des << pieds >> met encore davantage en évidence cette complicité : en effet, le tyran n'a que deux mains et deux pieds, les membres avec lesquels il << frappe >> sont donc empruntés au peuple, parmi lequel il trouve des personnes volontaires pour accomplir ses tâches.
Le locuteur emploie également des surbordonnées de but violentes et destinées à provoquer la réflexion, voir la polémique : << vous semez vos champs pour qu'il les dévaste, vous élevez vos filles afin qu'il puisse assouvir sa luxure... >>, ce qui montre que les gestes et actions du peuple sont rattachés aux désirs du tyran, qu'ils sont faits pour lui.
Si cette accusation du peuple est innattendue, celle du tyran semble logique. Celui-çi est désigné par des propos dévalorisants qui font de lui un véritable monstre : << larron, meurtrier >>, ainsi que des actions destructrices comme << dévaster, assouvir sa luxure, voleries, boucherie, convoitises, vengeances >>. Il se << vautre dans ses sales plaisirs, se mignarde en ses délices >> : l'oxymore << sales plaisirs >> ainsi que le mot << délices >> noyé dans un champ lexical de la misère et de la dépravation montre bien que le tyran profite de façon indigne du peuple. La Boétie affirme même qu'il traite les gens pire que des << bêtes >>, rabaissant les sujets à un niveau de soumission plus bas que celui des animaux. Il finit par comparer le dominant à une statue, un << colosse >> qui se briserait si on enlèvait sa base, c'est- à- dire si le peuple ne lui obéissait plus et ne se soumetait plus à lui.