Reprise de l'étude du texte de La Boétie (1)
Objet d'étude : la question de l'homme dans l'argumentation.
La séquence : Esclave et fier de l'être ?
Préparation au commentaire de l'extrait du Discours de la servitude volontaire de la Boétie (Texte 1)
1. Exploiter le paratexte pour mieux comprendre et noter tout ce que l'on a compris du texte : auteur humaniste du XVIème siècle qui écrit pendant une période de conflit, guerres de religions entre catholiques et protestants. Genre : argumentation directe comme le prouve le mot « discours », donc texte qui contient une thèse défendue : le peuple est complice d'une certaine manière de celui qui le tyrannise et il y a un moyen de se délivrer du tyran. La première idée est paradoxale- elle heurte l'opinion commune- car l'on pense généralement que le peuple est contraint par la peur à subir la tyrannie, donc « servitude volontaire »= idée neuve, subversive. ( expression « servitude volontaire » empruntée par la Boetie à l'auteur latin Sénèque qui dit que les courtisans pratiquent la servitude volontaire., mais la Boétie l'applique au peuple). Le ton est dénonciateur.
2. Enonciation : Locuteur discret au début mais qui s'adresse dès la première phrase à des collectifs : « gens, peuples, nations » donc destinataires du discours désignés par des périphrases », plus loin par le pronom « vous » ; les adjectifs qui les caractérisent sont dévalorisants : "misérables, insensés, opiniâtres en votre mal" c'est-à dire obstinés, butés et "aveugles en votre bien". Le jugement porté sur l'état du peuple est sévère, à peine atténué par l'adjectif antéposé à valeur affective « pauvres », qui exprime de la compassion et relève du registre pathétique : l'orateur cherche à rendre sensible le dénuement du peuple, sa misère matérielle mais aussi un état mental déficient : "mal, aveugle, insensé "qui selon le locuteur le conduit à accepter l'inacceptable de la part du tyran. Ce que le locuteur critique est la passivité du peuple devant les actions du tyran qui le détruise : « vous vous laisser". L'indignation du locuteur est d'ailleurs perceptible à l'exclamation. Dans la tournure impersonnelle « il semble », l'on perçoit l'effort du locuteur pour analyser le comportement du peuple et proposer une hypothèse : Responsable potentiel de l'état de destruction du peuple : « les ennemis », mais paradoxe dans le cas présent il est singulier : le tyran est donc d'abord désigne par le mot « ennemi », puis par le pronom démonstratif « celui-là » qui a une valeur négative : on le pointe du doigt, puis par le mot « maître ».
Ce qui est frappant est que tout le texte oppose les agissements d'un singulier aux souffrances de noms au pluriel, pour insister sur la disproportion. Pourtant ce singulier n'a rien qui le signale comme apte à être le maître : cf tournure restrictive « n'a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps et rien de plus que n'a le dernier habitant du nombre infini de nos villes » : mystère alors que sa suprématie et sa puissance, dévalorisation du tyran puisqu'il est semblable aux autres.
Le locuteur, une seule fois au début du texte, s'inscrit dans le groupe dont il parle : « nos villes », fait donc partie de ceux qu'il critique même s'il a pris des distances.
Le tyran est encore désigné par des termes extrêmement dévalorisants qui signale un registre polémique c'est-à-dire qui attaque : « larron, meurtrier » et les actions qu'il commet sont destructrices et moralement dépravées : « dévaster, voleries, assouvir sa luxure, boucherie, se vautrer dans ses sales plaisirs, se mignarder en ses délices, convoitises, vengeances » Il est qualifié de « fort » et de « dur ». Le locuteur suggère à la fin du texte qu'il traite ses sujets pire que des « bêtes » et que le peuple se soumet plus que ne le font les animaux. Donc l'étude de l'énonciation met en évidence une double critique, celle du peuple qui se laisse tyranniser et qui est donc responsable pour une large part de son malheur et le tyran qui ne se comporte pas chrétiennement et dont les agissements sont totalement indignes et destructeurs. La dernière image de lui dans le texte: une statue brisée ("colosse") , sa base lui ayant été otée.
Le pronom « Je « n'apparaît qu'à la ligne 28 explicitement : tempérament autoritaire de l'orateur « je ne veux pas », utilisation de l'impératif, mais prône une révolte pacifique, refuse l'usage de la violence contre le tyran : pas « heurter », « ébranler », verbes d'actions violentes mais simplement ne plus soutenir. Il suffirait de ne plus participer à l'oppression pour que la tyrannie soit abattue. ( la suite au prochain épisode)