Mon poème préféré+ la poésie à quoi ça rime ?
Par PLANTIN2012 - publié le lundi 17 septembre 2012 à 19:37 dans Anthologie Poétique
Vénus Anadyomène
Comme d'un cercueil vert en ferblanc, une têteDe femme à cheveux bruns fortement pommadés
D'une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal ravaudés ;
Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l'essor ;
La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;
L'échine est un peu rouge, et le tout sent un goût
Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu'il faut voir à la loupe...
Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;
– Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d'un ulcère à l'anus.
Il m'a fallu du temps avant de choisir ce poème. Ce choix est d'autant plus surprenant, puisque j'avais l'intention de me rabattre sur quelque chose de plus romantique, de plus…“poétique” au sens strict du terme. Et puis, il s'est trouvé qu'en rouvrant le recueil des poèmes de Rimbaud pour retrouver “rêvé pour l'hiver” (mon choix initial), la page s'est ouverte sur “Vénus Anadyomène”. Intriguée par ce drôle de titre, la curiosité a pris le dessus. À la première lecture, j'ai trouvé ce poème absurde, grotesque, puis j'ai cherché ce que voulait dire “anadyomène” et j'ai trouvé des images de la Vénus peinte par Botticelli que l'on connait bien, représentée dans son coquillage, avec des chérubins qui volètent autour d'elle. J'ai compris que c'était cette Vénus-là que Rimbaud tournait en ridicule. La description s'avère déjà satirique, mais avec le dernier vers, on est tout à fait dans la parodie, et j'ai trouvé cela très étonnant de la part de Rimbaud. C'est cette originalité qui m'a plu. Le fait de faire un portrait aussi dépréciatif d'une déesse issue de la mythologie qui représente l'amour et la beauté, m'est apparu insolite.
Quant à cette chute : « l'ulcère à l'anus »
Qui rabaisse au plus haut point Vénus,
A suscité chez moi un rictus !
La poésie ? à quoi ça rime ? Pour un poète dont le cœur a été douloureusement brisé, par un chagrin d'amour, un deuil, ou les malheurs de sa vie, poésie rime avec ANALGÉSIE ou ANESTHÉSIE: c'est une échappatoire qui lui permet de s'évader de la vie quotidienne, mise entre parenthèses, et oublier la douleur qui pèse sur son cœur. Ce petit moment de recueillement lui permet par ailleurs de se livrer et de coucher son chagrin sur papier pour s'en délivrer. On peut parfois faire rimer poésie avec la PALINGÉNÉSIE: comme l'allégorie du Phoenix renaissant de ses cendres, le poète va se sentir revire par l'écriture, la délivrance de ses pensées. La poésie, c'est aussi une EUGÉNÉSIE: si on pousse un peu la réflexion, la mise au monde d'un poème est un accouchement… indolore ! Pour ma part, je pense que poésie rime avec FANTAISIE: le récit de la vie quotidienne, on laisse ça aux romanciers. Les poètes, eux, peuvent écrire n'importe quoi qui sort de leur imagination : leur esprit, c'est un tronc, et de ce tronc, partent des branches, lesquelles ne sont pas obligées de porter des fleurs au printemps, des fruits en été, ou être à nues l'hiver. Par exemple, beaucoup d'entre eux personnifient la nature : Victor Hugo dans « Aux arbres », s'adresse à eux et leur prête des yeux, des oreilles ainsi que la pensée. De Musset avec « Ballade à la lune », s'adresse à elle, la compare à un « faucheux » « au bout d'un fil », dépourvu de pattes, et « rongé par un ver ». Avec le clocher, elle forme également un « point sur un i ». On a donc affaire à une imagination débordante de la part du poète qui décrit cet astre familier de façon originale, jusqu'à lui donner un nouveau « visage ». Ce qui est très étonnant, c'est que la poésie, outre de nous transporter dans un nouvel univers où domine une sorte de musicalité, avec la versification ou les formes fixes, parvient à intercepter nos sens par une simple lecture, et ce encore mieux que ne saurait le faire un roman. Les poètes arrivent à nous faire entrer directement dans leur imaginaire : on entend presque le chant d'une rivière dans « harmonie du soir » de Baudelaire, ou bien le crépitement du pain que cuit le boulanger dans « Les effarés » de Rimbaud, et ce par la simple utilisation d'un jeu de répétition de consonnes et des syllabes ; en d'autres termes, l'harmonie imitative. Ainsi, cette harmonie parvient à susciter notre ouïe, notre vue, notre odorat, … ce qui nous permet d'être immergé totalement dans l'univers que l'on parcourt des yeux sur une page. Pour clore ce petit article, je dirais qu'il n'y a plus qu'une chose à faire… … allez-y ! ÉCRIVEZ DE LA POÉSIE !
Quant à cette chute : « l'ulcère à l'anus »
Qui rabaisse au plus haut point Vénus,
A suscité chez moi un rictus !
La poésie ? à quoi ça rime ? Pour un poète dont le cœur a été douloureusement brisé, par un chagrin d'amour, un deuil, ou les malheurs de sa vie, poésie rime avec ANALGÉSIE ou ANESTHÉSIE: c'est une échappatoire qui lui permet de s'évader de la vie quotidienne, mise entre parenthèses, et oublier la douleur qui pèse sur son cœur. Ce petit moment de recueillement lui permet par ailleurs de se livrer et de coucher son chagrin sur papier pour s'en délivrer. On peut parfois faire rimer poésie avec la PALINGÉNÉSIE: comme l'allégorie du Phoenix renaissant de ses cendres, le poète va se sentir revire par l'écriture, la délivrance de ses pensées. La poésie, c'est aussi une EUGÉNÉSIE: si on pousse un peu la réflexion, la mise au monde d'un poème est un accouchement… indolore ! Pour ma part, je pense que poésie rime avec FANTAISIE: le récit de la vie quotidienne, on laisse ça aux romanciers. Les poètes, eux, peuvent écrire n'importe quoi qui sort de leur imagination : leur esprit, c'est un tronc, et de ce tronc, partent des branches, lesquelles ne sont pas obligées de porter des fleurs au printemps, des fruits en été, ou être à nues l'hiver. Par exemple, beaucoup d'entre eux personnifient la nature : Victor Hugo dans « Aux arbres », s'adresse à eux et leur prête des yeux, des oreilles ainsi que la pensée. De Musset avec « Ballade à la lune », s'adresse à elle, la compare à un « faucheux » « au bout d'un fil », dépourvu de pattes, et « rongé par un ver ». Avec le clocher, elle forme également un « point sur un i ». On a donc affaire à une imagination débordante de la part du poète qui décrit cet astre familier de façon originale, jusqu'à lui donner un nouveau « visage ». Ce qui est très étonnant, c'est que la poésie, outre de nous transporter dans un nouvel univers où domine une sorte de musicalité, avec la versification ou les formes fixes, parvient à intercepter nos sens par une simple lecture, et ce encore mieux que ne saurait le faire un roman. Les poètes arrivent à nous faire entrer directement dans leur imaginaire : on entend presque le chant d'une rivière dans « harmonie du soir » de Baudelaire, ou bien le crépitement du pain que cuit le boulanger dans « Les effarés » de Rimbaud, et ce par la simple utilisation d'un jeu de répétition de consonnes et des syllabes ; en d'autres termes, l'harmonie imitative. Ainsi, cette harmonie parvient à susciter notre ouïe, notre vue, notre odorat, … ce qui nous permet d'être immergé totalement dans l'univers que l'on parcourt des yeux sur une page. Pour clore ce petit article, je dirais qu'il n'y a plus qu'une chose à faire… … allez-y ! ÉCRIVEZ DE LA POÉSIE !
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