Penser après les cours...!

Critique de Nathan le Sage par Gaelle Kamper premier prix du concours.

Par cyberblaise - publié le dimanche 8 avril 2012 à 10:19 dans Nathan le Sage de Lessing

Nathan le Sage, mis en scène par Bernard Bloch, un spectacle qui donne à penser.

Dès le début de la représentation, le spectateur est plongé dans un univers très intéressant et une mise en scène très réfléchie, qui l'oblige à se poser des questions et qui l'intrigue. En effet, sur le parquet  du plateau, composé de trois essences de bois différent, on remarque d'emblée une sorte de tapis circulaire noir. Mystère ! Il peut symboliser plusieurs choses : l'inconnu dont on s'approche avec prudence, qui nous attire et nous repousse à la fois, Dieu auquel sans arrêt certains personnages vont s'adresser. Difficile d'identifier un sens mais cela donne à penser, ce qui en soi est déjà stimulant. Voici une mise en scène qui rend le spectateur actif dès le début de la représentation. De plus, en regardant l'espace scénique, qui peut paraître extrêmement dépouillé, l'on sent qu'il va falloir faire attention à tous les détails : pourquoi hui chaises disposées en arc de cercle ? Pourquoi ce parquet en patchwork de trois couleurs différentes ? Pourquoi cette ombre menaçante d'un mobile suspendu ? Autant d'éléments intrigants et qui mettent en branle l'imagination.

Nul doute, c'est à une mise en scène créative et riche que nous allons assister pour cette pièce qui raconte l'histoire d'un juif, appelé Nathan, qui en rentrant de voyage apprend que sa fille Recha a été sauvée des flammes par un jeune templier, qui lui-même a été gracié par Saladin en raison d'une troublante ressemblance avec un frère disparu. De là découle toute la suite d'une histoire pleine de rebondissements, qui va amener ces trois hommes à se côtoyer, à se parler, à mettre de côté leurs divergences religieuses pour, au final, presque tous se retrouver réunis dans une même famille !

Les scènes et les actes sont très bien enchaînés, des changements de lumière faisant office de transitions à vue. Le jeu des acteurs est  très convaincant, avec une mention spéciale pour Jonas Marmy qui interprète un frère convers surprenant d'originalité. Nous avons particulièrement apprécié la symbolique de la parabole des trois anneaux que raconte Nathan à Saladin lorsqu'il lui demande laquelle des trois religions est la meilleure, parabole que Lessing emprunte à Boccace et qui est le moment de la pièce le plus attendu par le public averti. Nathan raconte alors l'histoire d'un père qui détenait un anneau transmis de père en fils, or lui en avait trois qu'il aimait de la même façon. Avant sa mort, pour ne pas faire de jaloux, il fit refaire deux bagues identiques à l'originale de telle sorte qu'il puisse donner un anneau à chacun de ses fils sans qu'il soit possible de discerner lequel était authentique. Dans la pièce, Lessing a rajouté un passage avec un juge sensé déterminer quelle bague était la vraie, mais qui finit par conseiller aux fils de se montrer tous les trois à la hauteur de l'amour de leur père et des vertus supposées à l'anneau authentique. La parabole est extraordinairement mise en scène : Nathan, au moment où il fait intervenir le juge, pénètre dans le cercle sombre que personne n'avait osé transgresser jusque là et que l'on contournait avec soin, la lumière projetée le magnifie et regardant vers le ciel, il dit que les trois religions sont égales et qu'on ne peut déterminer laquelle elle est la vraie autrement qu'à l'humanité dont font preuve les croyants pour se conformer aux vertus que chaque religion exige d'eux.

Cette pièce qui dure trois heures qu'on pourrait trouver longues, en réalité, nous a semblé trop courte. On ne voit pas le temps passer tant le spectacle est intéressant et bien joué. Tous les effets réunis font de la pièce un spectacle très vivant, riche de connaissances et de réflexions.

Gaelle Kamper ( 2nde 8 Blaise Pascal)



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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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