Notes pour l'étude de "Aux Arbres" de Victor Hugo
I. L'état émotionnel du poète et les révélations qu'il fait sur lui-même.
Nombreuses occurrences de la première personne sous la forme sujet et complément, adresse aux arbres dès le titre du poème et par le pronom »vous ». + présence d'exclamatives qui font ressentir l'implication du poète dans son discours.
Le poète souffre d'être méconnu et mal compris puisqu'il proclame que les arbres eux le « connaissent » tel qu'il est par deux fois. Il considère les arbres comme des proches par opposition aux « envieux » et à la « foule » qui « loue et blâme » sans constance ni fidélité. Il évoque aussi « la haine qui sur son « nom répand en vain son fiel » pour parler de ceux qui attaquent sa position politique contre Napoléon III, l'injurient et le censurent. Il parle de « fuir l'homme » pour trouver refuge dans la forêt et « chercher Dieu ». il se sent « seul », la force de l'adjectif est renforcée par le fait qu'il est situé en début de vers. Mais la solitude est à la fois subie et recherchée, subie par désir d'échapper aux sentiments versatiles et à la haine des hommes et recherchée pour accomplir sa fonction de poète.
En effet dans la nature le poète s'adonne à la contemplation : il est dépeint « regardant et rêvant », les deux participes présents faisant écho au titre du recueil. Contempler, c'est observer attentivement pour admirer et dévoiler le mystère de ce que l'on regarde ainsi et c'est ce que fait le poète dans la forêt, un rien l'occupe » un nuage, un oiseau ».La contemplation produit également un véritable sentiment d'amour cf v8 »la contemplation m'emplit le cœur d'amour », mais cette activité de « penseur »- il est « pensif »- assimile le poète à un savant qui fait « l'étude de l'atome et l'étude du monde », celle de l'infiniment petit et de l'infiniment grand. Le poète est vu également comme le déchiffreur des paroles de la nature puisqu'il est « attentif aux bruits (qui) parlent tous un peu ». Il se fera le prophète des éléments de la nature en leur donnant la parole dans ses poèmes.
Il affirme d'ailleurs sa ressemblance avec la forêt par des analogies et des comparaisons : « Vous savez que je suis calme et pur comme vous », la nature garantit l'intériorité du poète, son intégrité morale, elle est le miroir de lui-même et a des vertus apaisantes et protectrices : « j'ai chassé toutes les pensées amères »,« mon cœur est encor tel que le fit ma mère » : affirmation d'innocence et de sérénité.
Dans la deuxième partie du texte, déclaration d'amour explicite aux arbres : « je vous aime », la raison de cet amour est donnée par une cause implicite : elle lui permet de « rentrer en lui-même » donc elle est propice à l'introspection et elle lui fait ressentir la présence du divin : « Je sens quelqu'un de grand qui m'écoute et qui m'aime ». Le poème crée alors un espace de circularité amoureuse : les arbres observent et connaissent le poète dans son intimité, ce dernier contemple la nature et en perçoit le mystère, Dieu qui lui –même est présent dans la nature et dans le poète.
En dernier lieu, dans une parole testamentaire, le poète exprime son désir d'être enterré dans la forêt : « c'est sous votre branchage auguste et solitaire/ que je veux abriter (désir de refuge et de protection) mon sépulcre ignoré ( désir d'anonymat), la mort étant vue comme un sommeil puisque le poète utilise l'euphémisme « dormir » pour mourir.
Le sentiment de tristesse et de rejet que l'on pouvait ressentir à première lecture est atténué par la vision heureuse du poète qui trouve amour et protection dans la forêt.
II L'éloge de la forêt.
1. La personnification des arbres qui en font des êtres vivants et animés capables de « connaître » le poète mieux que les hommes est extrêmement valorisant. Ils sont vivants à l'instar des humains : de nombreux verbes le montrent : « palpitants, tressaillent, frissonnent, verbes à la fois de mouvements et d'émotions sensibles.
La forêt comme lieu de vie transparaît également aux vers 29 à 32 avec l'allusion au réservoir de nourriture qu'elle représente : sources vives, buissons qui donnent à manger aux oiseaux qui se font « convives ». Les sonorités des mots choisis insistent sur l'idée de « vie ».
2. De plus, elle est un lieu où circule la parole : les bruits parlent ».
3. Surtout lieu propice à la quête de Dieu : « mon culte à Dieu s'élance » en analogie avec « les parfums qui s'élèvent au ciel », « les taillis » sont dits « sacrés où Dieu même apparaît ». la nature est un véritable temple. Les arbres sont qualifiés de « religieux » et la diérèse insiste sur leur capacité à créer un lien à la fois par leur tronc vertical entre le ciel et la terre et horizontal par l'étendue de la forêt, exactement comme le poète « religieux » car il crée un lien entre les hommes et Dieu en étant prophète et parce qu'il diffuse son œuvre poétique à tous les lecteurs. Le caractère »sacré » de la forêt s'exprime aussi dans le grand respect avec lequel le poète s'adresse à elle : il utilise le ô d'invocation et de prière : ô bois aimés du ciel », des adjectifs laudatifs comme « grands » et augustes ».
4. Le fait que la forêt soit élue comme lieu de sépulture est aussi élogieux puisque le poète affirme espérer y dormir et y trouver à « s'abriter ».