En savoir plus sur Jean valjean, le héros des Misérables de Hugo (2nde7)
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Jean Valjean
Principal héros du roman d'Hugo "Jean Valjean est la fourmi que la loi sociale écrase", révèle une note de 1845, cependant qu'une autre de 1860 indique que "si l'auteur avait réussi à faire sortir de lui ce qui était en lui et à mettre dans ce livre ce qu'il avait dans sa pensée, Jean Valjean serait une espèce de Job du monde moderne, ayant pour fumier toute la quantité de mal contenu dans la société actuelle. Et ce Job aurait pour ulcères l'irréparable, l'irrévocable, les flétrissures infinies, la damnation sociale inscrite encore à l'heure dans la loi."
Aujourd'hui encore - soit 139 ans plus tard - ces lignes sont d'une redoutable actualité. La damnation sociale des temps modernes s'appelle chômage, elle fait naître son cortège de désolation et de misère.
Qui est Jean Valjean ? Il surgit au début du livre deuxième. Il a faim, il a manqué du strict nécessaire: "Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien" disons-nous dans le Notre Père. Jean Valjean est un homme en qui la Grâce a momentanément fait défaut. Il connaît la tentation, il vole un pain, il est sévèrement condamné à des années de bagne. Incroyable ? Hugo s'est appuyé sur des faits pour construire son personnage. L'original de Jean Valjean a existé, il s'appelait Pierre Maurin et fut condamné en 1801 à cinq années de bagne pour vol d'un pain, et ce pain il l'avait volé pour nourrir les sept enfants affamés de sa soeur... "Puis, tout en sanglotant, il élevait sa main droite et l'abaissait graduellement sept fois, et par ce geste on devinait que la chose quelconque qu'il avait faite, il l'avait faite pour vêtir et nourrir sept petits enfants" (Livre 2, chap. 6). Jean Valjean ne fera pas cinq ans mais dix-neuf ! ans de bagne, par le jeu infernal des différentes prolongations de peine pour tentatives d'évasion.
A sa libération l'homme est une sorte de vraie bête fauve. Son passeport jaune d'ancien forçat en fait un réprouvé à vie aux yeux de la société: "il vit bien vite ce que c'était qu'une liberté à laquelle on donne un passeport jaune" - "libération n'est pas délivrance. On sort du bagne, mais non de la condamnation" (livre 2, chap.9).
Mais la Providence se manifeste en la personne de Monseigneur Bienvenu qui opère une sorte de métanoïa dans l'âme du réprouvé, c'est à dire un retournement complet de l'être en direction de la lumière. C'est l'épisode fameux des chandeliers volés à l'évêque, chandeliers porteurs de lumière - tout un symbole - que l'homme de Dieu offre à Jean Valjean repris par les gendarmes, pour le sauver: "Jean Valjean, mon frère, vous n'appartenez plus au mal, mais au bien. C'est votre âme que je vous achète; je la retire aux pensées noires et à l'esprit de perdition et je la donne à Dieu" (livre 2, chap. 12).
Jean Valjean n'est pourtant pas totalement libéré, quelque chose le pousse à voler la pièce de quarante sous du petit savoyard, puis il s'effondre, terrassé par sa conscience, tel Saint Paul sur le chemin de Damas, prêt à "revêtir l'homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté véritable" (Eph 4,24).
"Ceci fut donc comme une vision. Il vit véritablement ce Jean Valjean, cette face sinistre, devant lui. Il fut presque au moment de se demander qui était cet homme, et il en eut horreur. Il se contempla donc, pour ainsi dire, face à face, et en même temps, à travers cette hallucination, il voyait dans une profondeur mystérieuse une sorte de lumière qu'il prit d'abord pour un flambeau. En regardant avec plus d'attention cette lumière qui apparaissait à sa conscience, il reconnut qu'elle avait la forme humaine, et que ce flambeau était l'évêque. Sa conscience considéra tour à tour ces deux hommes ainsi placés devant elle, l'évêque et Jean Valjean. Il n'avait pas fallu moins que le premier pour détremper le second par un de ces effets singuliers qui sont propres à ces sortes d'extases, à mesure que sa rêverie se prolongeait, l'évêque grandissait et resplendissait à ses yeux, Jean Valjean s'amoindrissait et s'effaçait. A un certain moment il ne fut plus qu'une ombre. Tout à coup il disparut. L'évêque seul était resté" (livre 2, chap. 13).
Après cette expérience de nature mystique Jean Valjean peut sauver à son tour Fantine et Cosette, la première dans l'éternité et la seconde ici-bas, s'oubliant dans une sorte d'apostolat idéal entièrement dédié au prochain.
Tout au long du roman nous le voyons plonger dans de sombres abîmes qui renvoient toujours à autre chose. Il en resurgit chaque fois ayant fait un pas de plus sur le chemin mystérieux de la rédemption: forçat traversant le feu pour devenir le père Madeleine (du nom de la pécheresse de l'Evangile sauvée par le Christ), maire de Montreuil sur Mer terrassé par l'idée de se livrer pour sauver Champmathieu, sombrant dans l'inconscience, à la lutte avec un songe, mais se réveillant raffermi, délivré du doute; plongeant dans la mer après avoir sauvé la vie d'un marin, se laissant volontairement couler puis réapparaissant à l'improviste dans le bois de Montfermeil, soulevant le seau bien trop lourd de la petite Cosette, la délivrant des Thénardier; plongeant dans un nouvel océan (la ville de Paris), vivant un temps caché dans la maison Gorbeau, puis retrouvé par Javert, s'enfuyant dans le dédale de la cité-labyrinthe, acculé dans une situation sans issue mais s'enfuyant par "en-haut", hissant avec lui Cosette et reprenant pied dans le jardin d'un couvent, c'est à dire au cœur de la maison de Dieu ! Puis nouvelle plongée ; enterré vivant, perdant connaissance et sauvé au dernier moment, devenant ensuite M. Ultime Fauchelevent. Enfin, pourchassé une dernière fois derrière la barricade, s'échappant par "le bas", dans "l'intestin de Leviathan" (titre du chapitre - allusion au monstre biblique - Isaïe 27,1 - Ps. 104,24 - Job 3,8), portant Marius sur ses épaules – tel Atlas soulevant le monde ou Jésus portant sa croix chargée de la misère humaine – s'enfonçant plus bas encore, presque à perdre pied dans une fondrière, y rencontrant l'ignoble Thénardier (figure du diable), l'esquivant miraculeusement puis ressortant de l'égout pour tomber sur Javert, mais cette fois l'ébranlant, le convertissant, le forçant à lâcher prise.
Abandonné par tous après le mariage de Marius et Cosette, oublié par ces deux enfants dont il a permis, protégé et sauvé le bonheur, Jean Valjean s'enfonce dans un sombre et morne hiver, solitaire et glacé, buvant "la dernière gorgée du calice" (titre du livre septième dont le premier chapitre s'intitule: "le septième cercle et le huitième ciel"; traduisons par Marius au huitième ciel et Jean Valjean au septième cercle, de l'enfer).
L'auguste vieillard entre alors en agonie, mais le voici retrouvé au tout dernier moment par Marius et Cosette que les lumières de la Providence ont éclairé ; là il révèle enfin à Cosette son origine misérable et divine (à la fois fille de prostituée et enfant de l'amour): "Cosette, voici le moment de te dire le nom de ta mère. Elle s'appelait Fantine. Retiens ce nom là: Fantine. Mets-toi à genoux toutes les fois que tu le prononceras. Elle a bien souffert. Et t'a bien aimée. Elle a eu en malheur ce que tu as eu en bonheur. Ce sont les partages de Dieu. Il est là-haut, il nous voit tous, et il sait ce qu'il fait au milieu de ses grandes étoiles" (livre 9 - chap. 5). Ces confidences achevées l'esprit du vieillard peut s'en aller en paix. Hugo ajoute encore: "la nuit était sans étoiles et profondément obscure. Sans doute, dans l'ombre, quelque ange immense était debout, les ailes déployées, attendant l'âme."
Héros exceptionnel, personnage de mythe, Jean Valjean a revêtu cette "pleine stature du Christ à laquelle nous sommes tous appelés" (Eph. 4,13). Du reste - clin d'oeil d'Hugo - la nuit même où son héros va disparaître, lorsque Marius entrevoit enfin la vertu immense de celui à qui il doit la vie, il est encore écrit: "Marius était éperdu. Il commençait à entrevoir dans ce Jean Valjean on ne sait quelle haute et sombre figure. Une vertu inouïe lui apparaissait, suprême et douce, humble dans son immensité. Le forçat se transfigurait en Christ. Marius avait l'éblouissement de ce prodige. Il ne savait pas au juste ce qu'il voyait, mais c'était grand" (livre 9 - chap. 4).