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Structure générale des Mémoires de guerre

Par F. Thibault - publié le mardi 31 mai 2011 à 11:28 dans Terminale L

Charles de Gaulle, Mémoires de guerre.

I. Chronologie
1890
• 22 novembre, naissance à Lille de Charles de Gaulle.
1910-1912
• Élève officier à l'École militaire de Saint-Cyr.
1933

Janvier, arrivée d'Hitler au pouvoir.

1940

10 mai, offensive des armées allemandes contre la France.

• 5 juin, de Gaulle entre au gouvernement comme sous-secrétaire d'État au ministère de la Défense nationale et de la Guerre.

• 9 juin, 15 juin et 17 juin, aller et retour du général de Gaulle entre la France et Londres.

• 18 juin 1940, de Gaulle lance son premier appel à la résistance. L'appel est enregistré à 18 heures et sera diffusé à 22 heures.

• 3 août, de Gaulle est condamné à mort par un tribunal militaire français. 1944

• 6 juin, débarquement allié en Normandie.
• 15 août, débarquement allié en Provence. De Gaulle est chef du Gouvernement provisoire de la France.
1945
• 8 août, capitulation de l'Allemagne à Berlin.
1946
• Janvier, les archives de Londres, Alger et Paris arrivent rue Saint-Dominique à Paris.

• 20 janvier, le général de Gaulle démissionne de la présidence du gouvernement.

• Octobre 1946-septembre 1958. La IVe République étale ses faiblesses politiques.

1947
• Le général de Gaulle fait transférer ses archives à Colombey et, au gré de l'écriture de ses Mémoires, une première mise en ordre est opérée par la bibliothécaire Alice Garrigoux.
1954
• 22 octobre, publication de L'Appel 1940-1942, 1er tome des Mémoires de guerre, éditions Plon.
1956

• 8 juin, publication de L'Unité 1942-1944, 2e tome des Mémoires de guerre, éditions Plon.
1958

• 1er juin-21 décembre, de Gaulle est tour à tour le dernier président du Conseil de la IVe République et le premier Président de la Ve République. 1959

• 28 octobre, remise du manuscrit, publication du Salut, 1944-1946, 3e tome des Mémoires de guerre, éditions Plon. 1965

• 19 décembre, De Gaulle est le premier président de la République à être élu au suffrage universel direct. 1968 • Mai, crise politique et sociale.
1969
• 28 avril, à minuit une, de Gaulle démissionne à la suite de l'échec du référendum du 27 avril.
1970
• 9 novembre, mort du général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises, en sa demeure de la Boisserie.

II. Structure des Mémoires de guerre
Tome I : L'Appel (1940-1942)
1) La Pente
2) La Chute
3) La France Libre
4) L'Afrique
5) Londres
6) L'Orient
7) Les Alliés
8) La France combattante


Tome II : L'Unité (1942-1944)
1) Intermède
2) Tragédie
3) Comédie
4) Alger
5) Politique
6) Diplomatie
7) Combat
8) Paris


Tome III : Le Salut (1944-1946)
1) La Libération
2) Le Rang
3) L'Ordre
4) La Victoire
5) Discordance
6) Désunion
7) Le Départ


III. L'Appel du 18 juin
Cet Appel du 18 juin 1940 fut, est et demeurera un moment clé de l'histoire de France. Pour comprendre ce qui fut à l'origine de l'Appel, il faut évoquer au moins trois éléments : tout d'abord l'intertextualité ; ensuite le rôle qu'un homme inspiré se donne à lui-même ; enfin l'importance de la radio au cours de la Seconde Guerre mondiale. L'Appel du 18 juin est en premier lieu une réponse terme à terme au discours prononcé par le maréchal Pétain le 17 juin, qui demanda aux soldats français de cesser le combat alors qu'aucun armistice n'avait été encore signé. Deuxièmement, pour de Gaulle, le mot « appel » revêt un double sens. C'est un appel au combat, certes, mais son auteur est aussi l'objet de l'appel comme avait pu l'être Jeanne d'Arc ou certains mystiques. De Gaulle reconnaît lui-même le double sens du mot. En effet, le terme a pour lui le sens étymologique : avoir la vocation, c'est être appelé. Il l'indique dans les Mémoires de guerre : « Un appel venu du fond de l'histoire, ensuite l'instinct du pays, m'ont amené à prendre en compte le trésor en déshérence, à assumer la souveraineté française. » Enfin L'Appel est dicté par des circonstances techniques. Les Allemands étaient passés maîtres dans l'art de la propagande par la radio et les Anglais craignaient de perdre la guerre de l'information. C'est pourquoi ils permirent à de Gaulle d'enregistrer L'Appel le 18 juin vers 18 heures. Ils le diffusèrent vers 22 heures. L'Appel fut le premier discours radiophonique du général de Gaulle aux Français sur la BBC. Il fut suivi de 66 autres interventions à la seule radio de Londres. Appel aux Français. Le 18 juin 1940 Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat. Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne de l'ennemi. Infiniment plus que le nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des États-Unis. Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique et qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la radio de Londres. L'Appel (Pocket, p. 330).

IV. Une passion française
De Gaulle naquit à Lille le 22 novembre 1890, dans une famille patriote et chrétienne. Parmi ses ancêtres, on comptait des hommes de loi, des hommes de plume. Henri de Gaulle, son père, était professeur. Il enseigna la philosophie et connaissait très bien l'histoire de France. Sa mère, Jeanne Maillot, était la fille d'un industriel. De Gaulle eut trois frères et une soeur. Il fut le troisième enfant de la fratrie. Il fit toute sa scolarité dans des établissements de religion catholique : rue de Vaugirard à Paris à l'École de l'Immaculée Conception, puis chez les Jésuites à Antoing en Belgique. Bachelier en 1908, il prépare l'École Spéciale militaire de Saint- Cyr. Il est reçu comme élève officier en 1909.
De Gaulle écrivit les pages sur l'enfance et l'adolescence qui ouvrent les Mémoires de guerre, une fois qu'il eut achevé le premier tome. Dans ce « retour » sur ses premières années, il retient essentiellement ce qui a tissé son attachement à la France, il relit (relie) ses origines familiales dans la perspective de son engagement à venir. Le mémorialiste imprime à son histoire individuelle le sens qu'il eut aimé qu'elle prenne dans l'histoire collective.
Cette foi a grandi en même temps que moi dans le milieu où je suis né. Mon père, homme de pensée, de culture, de tradition, était imprégné du sentiment de la dignité de la France. Il m'en a découvert l'Histoire. Ma mère portait à la patrie une passion intransigeante à l'égal de sa piété religieuse. Mes trois frères, ma soeur, moi-même, avions pour seconde nature une certaine fierté anxieuse au sujet de notre pays. Petit Lillois de Paris, rien ne me frappait davantage que les symboles de nos gloires : nuit descendant sur Notre-Dame, majesté du soir à Versailles, Arc de Triomphe dans le soleil, drapeaux conquis frissonnant à la voûte des Invalides. Rien ne me faisait plus d'effet que la manifestation de nos réussites nationales : enthousiasme du peuple au passage du Tsar de Russie, revue de Longchamp, merveilles de l'Exposition, premiers vols de nos aviateurs. Rien ne m'attristait plus profondément que nos faiblesses et nos erreurs révélées à mon enfance par les visages et les propos : abandon de Fachoda, affaire Dreyfus, conflits sociaux, discordes religieuses. Rien ne m'émouvait autant que le récit de nos malheurs passés : rappel par mon père de la vaine sortie du Bourget et de Stains, où il avait été blessé ; évocation par ma mère de son désespoir de petite fille à la
vue de ses parents en larmes : « Bazaine a capitulé ! »
Adolescent, ce qu'il advenait à la France, que ce fût le sujet de l'Histoire ou l'enjeu de la vie publique, m'intéressait par-dessus tout. J'éprouvais donc de l'attrait, mais aussi de la sévérité, à l'égard de la pièce qui se jouait, sans relâche, sur le forum ; entraîné que j'étais par l'intelligence, l'ardeur, l'éloquence qu'y prodiguaient maints acteurs et navré de voir tant de dons gaspillés dans la confusion politique et les divisions nationales. D'autant plus qu'au début du siècle apparaissaient les prodromes de la guerre. Je dois dire que ma prime jeunesse
imaginait sans horreur et magnifiait à l'avance cette aventure inconnue. En somme, je ne doutais pas que la France dût traverser des épreuves gigantesques, que l'intérêt de la vie consistait à lui rendre, un jour, quelque service signalé et que j'en aurais l'occasion.
L'Appel (Pocket, p. 7-8).


V. La demeure familiale
La Boisserie, non loin de Clairvaux, où Bernard fonda le monastère cistercien, est une demeure de maître qui a tout le dépouillement et la solitude d'une abbaye. Elle offrit au Général le calme et la tranquillité pour écrire ses ouvrages.
De Gaulle n'est pas un héritier. Il acheta La Boisserie sur ses deniers et, s'il eut l'argent nécessaire, ce fut grâce à la vente de ses livres. L'amour de Charles de Gaulle pour cette demeure n'a donc que peu à voir avec l'attachement pour le château de Combourg d'un Chateaubriand ou celui pour Malagar d'un Mauriac. Là aussi, d'une certaine manière, de Gaulle crée une fondation, et, par l'écriture.
Les pages sur La Boisserie dans les Mémoires figurent presque à la dernière page du troisième tome et ferment la trilogie. Ces pages finales sont significatives de la démarche autobiographique de de Gaulle : les épisodes marquants de son existence ne sont écrits qu'en raison de leur sens politique et historique, l'intimité d'une demeure n'a de valeur que parce qu'elle est un espace en relation, même paradoxale, avec le monde et la vie publique. Décrire La Boisserie, lieu de l'écriture est une manière de se dépeindre en écrivain, de montrer « l'atelier » d'une entreprise arrivée à son terme, et transmise aux lecteurs.
"C'est ma demeure. Dans le tumulte des hommes et des événements, la solitude était ma tentation. Maintenant, elle est mon amie. De quelle autre se contenter quand on a rencontré l'Histoire ? D'ailleurs, cette partie de la Champagne est tout imprégnée de calme : vastes, frustres et tristes horizons ; bois, prés, cultures et friches mélancoliques ; relief d'anciennes montagnes usées et très résignées ; villages tranquilles et peu fortunés, dont rien, depuis des millénaires, n'a changé l'âme, ni la place. Ainsi, du mien. Situé haut sur le plateau, marqué d'une colline boisée, il passe les siècles au centre des terres que cultivent ses habitants.
Ceux-ci, bien que je me garde de m'imposer au milieu d'eux, m'entourent d'une amitié discrète. Leurs familles, je les connais, je les estime et je les aime. Le silence emplit ma maison. De la pièce d'angle où je passe la plupart des heures du jour, je découvre les lointains dans la direction du couchant.
Au long de quinze kilomètres, aucune construction n'apparaît. Par-dessus la plaine et les bois, ma vue suit les longues pentes descendant vers la vallée de l'Aube, puis les hauteurs du versant opposé. D'un point élevé du jardin, j'embrasse les fonds sauvages où la forêt enveloppe le site, comme la mer bat le promontoire. Je vois la nuit couvrir le paysage. Ensuite, regardant les étoiles, je me pénètre de l'insignifiance des choses.
Sans doute, les lettres, la radio, les journaux, font-ils entrer dans l'ermitage les nouvelles de notre monde. Au cours de brefs passages à Paris, je reçois des visiteurs dont les propos me révèlent quel est le cheminement des âmes. Aux vacances, nos enfants, nos petits-enfants, nous entourent de leur jeunesse, à l'exception de notre fille Anne qui a quitté ce monde avant nous. Mais que d'heures s'écoulent, où, lisant, écrivant, rêvant, aucune illusion n'adoucit mon amère sérénité !"
Le Salut (Pocket, p. 343).


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