Explication du titre du recueil Alcools( 1ST2S3)
Le titre du recueil Alcools
Le titre original « Eau de vie » a été changé par Apollinaire en Alcools sur les épreuves de correction. Il forme une métaphore complexe qui se rapporte à la vie et à l'expérience poétique de l'auteur.
Lors de sa parution en avril 1913, le recueil portait comme titre : Alcools- poèmes-1898-1913. Apollinaire, dès la fin 1903, avait le projet de publier ses poèmes en recueil : l'un se serait intitulé « Vent du Rhin », l'autre « Le Violon et l'Olive ». En 1904, il annonce la publication d'une plaquette : « Le vent du Rhin ». C'est le projet qu'il conserve jusqu'en 1909, en 1910, il songe à Eau de Vie. L'élaboration finale se fera en 1911-1912 : Apollinaire élague alors son premier recueil, reprend certains vers pour les intégrer à d'autres poèmes ; En août 1912, il a terminé, décide de supprimer toute la ponctuation et ajoute certains poèmes dont le poème composé d'un seul vers « Chantre » .
Les deux titres pressentis « eau de vie » et « alcool » figurent dans « Zone » : « Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie/ta vie que tu bois comme une eau- de- vie » auxquels répondent les vers de la fin du dernier poème vendémiaire : « Mondes qui vous ressemblez et qui nous ressemblez/ Je vous ai bus et ne fus pas désaltéré (…) Je suis ivre d'avoir bu tout l'univers (…) Ecoutez mes chants d'universelle ivrognerie ».
Alcool : eau de vie, eau de feu : jeu de la lumière et de l'eau très répandu dans le recueil cf "Nuit Rhénane" : "Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent/ tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter » . Cf repérage de tous les vers où apparaît le thème de l'Alcool lié aux nuits blanches, aux perceptions troublées de l'ivresse, images positives et négatives à la fois : exaltation mais aussi brûlures. L'alcool ne « désaltère » pas.
Le titre renvoie plus peut-être à l'image de la distillation comme métaphore de la poésie : les poèmes sont l'essence de ce qui aura été tiré de la vie d'Apollinaire. Avec le matériau de la vie et de la culture et grâce à la technique poétique, le poète cherche à extraire le parfum le plus pur. Le pluriel d'alcools est alors important car les « essences » seront diverses. Echo peut-être de l'oprétion alchimique de Baudelaire dans Les Fleurs du Mal : « Tu m'as donné ta boue / et j'en ai fait de l'or ».
Eau de vie peut-être trop explicite : extraire de la vie l'eau poétique qui peut étancher la soif d'être, soif d'immortalité ; Cf Andrée Chédid : « la poésie est l'eau de notre seconde soif »
Alcools plus neutre et plus polysémique mais échos sonores avec le nom d'Apollinaire qui fait entendre le Dieu Apollon, dieu de l'art, de la mesure et de la belle forme alors qu'Alcools réintroduit Dionysos le dieu de l'inspiration et de l'ivresse, l'association des deux divinités produisant la poésie dans le mythe.