Synthèse sur l'image de la femme dans Alcools.
I.Annie Playden, Marie Laurencin : les figures aimées du recueil.
Deux femmes inspiratrices : Annie Playden et Marie Laurencin : deux amours, deux désespoirs qui forment une trame lyrique majeure du recueil.
Annie est cette jeune anglaise rencontrée en Allemagne quand Apollinaire s'y rendit comme précepteur de la fille de la Vicomtesse de Milhau. C'est en août 1901. En août 1902, Apollinaire, son contrat fini, rentre à paris. Il rencontrera la jeune fille à Londres en 1903 et 1904 avant qu'elle ne se décide de partir définitivement pour les USA. Quand il rencontre Annie, le poète a 21 ans. La jeune fille n'est pas totalement insensible à l'amour du poète, mais la violence et l'instabilité d'Apollinaire lui font refuser le mariage. Cf témoignage dans lettres à Madeleine Pagès en 1915: « et tout s'arrangera par son départ pour l'Amérique, mais j'en souffris beaucoup, témoin ce poème où je me croyais Mal Aimé tandis que c'était moi qui aimais mal. »
Dans les poèmes où elle est évoquée : sentiment de solitude et de mort.
Marie Laurencin fut présentée par Picasso en 1905, il ne faut pas la confondre avec Marie du poème "vous y dansiez petite fille » qui semble se rapporter à un souvenir de jeunesse remontant au séjour d'Apollinaire à Stavelot ; la rupture aura lieu en 1912. « Souvenirs déchirants » dans "Le Pont Mirabeau" et "Cor de chasse" : amours différents mais même sentiment d'abandon.
II.Images de la femme : légendaires et tragiques :
Femme « sorcière », enchanteresse victime autant que bourreau. présentes notamment dans le cycle "des Rhénanes".
-la Loreley qui fait mourir d'amour mais par une sorte de destin tragique puisqu'elle ne peut pas ne pas séduire.
-les « femmes aux cheveux verts », génies maléfiques des eaux qui enchantent : elles sont comparables aux "nixes nicettes aux cheveux verts et naines ».
-les sirènes qui par leur chant entrainent les marins dans la mort cf "chanson du mal aimé"
-la sphinge qui fait périr ceux qui ne peuvent répondre à l'énigme ;
Viviane, la fée qui séduisit Merlin puis le garda prisonnier. Mélusine.
-Eurydice, non nommée qui est « l'ombre infidèle ».
Seules Pénélope et Sacontale apportent un contrepoint positif.
III.Images littéraires : sorte de mythologie personnelle du poète : Rosemonde pour qui le roi fit élever un palais, l'arlequine qui dans « Crépuscule » mire son corps dans l'étang et devient sœur des nymphes et des nixes mais peut-être aussi souvenir de la pienture de Picasso et de sa période bleue où il peint des arlequins et des gens du cirque, la vieille femme dans « Merlin et la vieille femme » ;
Présence du corps féminin très présent et disséminé, démembré, fétichisme parfois angoissant :
Les yeux : regard qui envoûte comme la voix cf tremblement de la lumière du vin dans Nuit Rhénane, Lore aux yeux tremblants dans Lorelei. Cf strophe 29 de la chanson : « dans ses yeux nageaient les sirènes », regard qui empoisonne : cf lien entre le colchique et le cerne : et ma vie par tes yeux lentement s'empoisonne » : danger de la femme. Ongles et paupières arrachés : pétales de cerisier.
mains coupées
Les cheveux : en liaison avec l'eau chez Apollinaire : "qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes" dans Nuit Rhénane.
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds mais aussi la Loreley : les cheveux blonds sont alors assimilés aux rayons de soleil ». : Pouvoir de la femme.
« sang des femmes » : cf zone : Aujourd'hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées, version antérieure : "aujourd'hui je vais dans Paris les femmes sont ensanglantées j'ai peur de tout leur sang leurs menstrues coulent dans les ruisseaux l'air est infecté l'haleine des femmes est fétide et leur voix est menteuse", cf aussi Merlin et la vieille femme : la lumière est ma mère o lumière sanglante les nuages coulaient comme un flux menstruel : nature néfaste de la femme, placée sous le signe de la lune et de l'eau.
Nudité : "Et les corps blancs des amoureuses"
L'arlequine s'est mise nue
Des poétesses nues des fées des fornarines in "L'Ermite"
La neige semblable aux femmes nues : Poème lu au mariage d'André Salmon
Influence de la peinture sur l'image du nu féminin.
III.Femmes du monde réel : prostituée dans "Zone" : j'humilie maintenant à une pauvre fille au rire horrible ma bouche
Marizibill : dans la haute rue de Cologne/ Elle allait et venait le soir/ offerte à tous en tout mignonne mais aussi dans l'Ermite : quand elles viennent confesser : « leurs fautes jamais vénielles
Clothilde, figure mystérieuse de « passante » à la Baudelaire
Femmes des Rhénanes présentes avec leurs soucis et leurs occupations, Nuit rhénane : les filles blondes/ au regard immobile aux nattes repliées » : contrepoint positif aux images de femmes fatales : épouse fidèle : cf Signe : une épouse me suit c'est mon ombre fatale, épouse désirée mais comme l'Eurydice d'Orphée, ombre appelée à disparaître avant de pouvoir renaître à la lumière.
Toutes ces figures féminines convergent vers le grand mythe à double face : celui d'Annie et Marie : femmes séductrices, castratrices mais irrésistibles et qui font souffrir le poète.