Penser après les cours...!

Les Bonnes Texte2: une tension dramatique qui relève du genre policier et du registre tragique.

Par cyberblaise - publié le dimanche 10 avril 2011 à 13:02 dans 1ST2S3 (2010-2011)

 Texte 2 Les Bonnes : Une tension dramatique qui relève à la fois du genre policier et du registre tragique.

Cet extrait montre comment Genet parvient à créer un suspense et donc une tension que l'on peut qualifier de tragique, si l'on définit ce registre comme une fatalité en marche vers un dénouement funeste pour les protagonistes.

1.       Le jeu avec les codes du fait-divers  et du genre policier :

    Le passage permet de découvrir que les Bonnes qui lisent la revue Détective que Genet lisait aussi, quand elles ne jouent pas leur « cérémonie », font des plans pour nuire à leurs patrons: cf les lettres de dénonciation anonymes qui rappellent l'affaire du Corbeau pour que Monsieur aille en prison et que Madame se retrouve seule.

    Le coup de téléphone de Monsieur crée une tension car les Bonnes craignent d'être découvertes, qu'une enquête soit menée avec recherches des indices : Solange, dans sa longue tirade, manie à merveille le vocabulaire du genre policier : « nous avons laissé des traces »et ce dernier mot va revenir de façon obsessionnelle trois fois : « Je vois une foule de traces que je ne pourrai jamais effacer ». L'hyperbole traduit l'angoisse, on a l'impression que les traces deviennent proliférantes.

   La crainte de la découverte de leur culpabilité se traduit par le champ lexical de la révélation-traces, laisser, effacer, déchiffre, découvre, saura, tout va parler, tout nous accusera, la lumière va tout avouer » et des anaphores angoissées : « par ta faute » , « elle saura tout », la répétition du pronom indéfini « tout » signale le degré de panique de Solange qui délire puisqu'elle imagine que même les miroirs et la lumière puissent dévoiler des traces de leurs agissements.

   Solange fait une vraie crise de paranoïa, accusant Claire d'être responsable de leur perte.

 

2.       Une mise à mort : chronique d'une mort annoncée : la préméditation du meurtre de Madame.

La deuxième source de tension est liée à la découverte du projet d'assassiner Madame : les bonnes ne sont pas simplement monstrueuses lorsqu'elles jouent à être Madame et fantasment, elles ont des projets criminels.

Claire utilise d'abord un euphémisme pour ne pas dire « crime » : « ton affaire avec Madame » puis c'est elle qui mettra le mot propre sur la réalité envisagée : « tuer ». Elle dira aussi « ces  coups –là ».

Solange parle de « jeu dangereux », expression qui peut se comprendre aussi bien pour la « cérémonie » que pour le meurtre prémédité.

Accusée de ne pas avoir réussi à tuer Madame, Solange revit la scène, ce qui pour le spectateur et le lecteur fait vivre les émotions d'un criminel au moment de l'acte et les circonstances : « air parfumé, lit tiède, draps tièdes » : intimité chaude de la vie, Madame surprise dans son sommeil : «  d'avoir été tout à coup si près de Madame parce que j'étais près de son sommeil », attitude d'abandon qui a ému Solange, rappel de l'amour/haine qu'elles vouent à Madame. Perte des forces : » il fallait relever le drap que sa poitrine soulevait pour trouver la gorge » : érotisme, trouble. Parallèle entre le sommeil, la mort et l'amour.

Claire plus violente : «  C'est en plein jour qu'on fait ces coups-là » comme si elle avait de l'expérience dans ce domaine.

 

Face à l'échec de la strangulation, Solange prémédite une deuxième tentative : « Le gardénal » qui a l'avantage d'agir à distance, pas dans une proximité des corps, une étreinte.

 

La fin du passage suggère aussi le mobile-voire les mobiles- du crime : une humiliation trop grande de n'être rien de valorisant cf discours de révolte de Claire, l'affirmation d'une liberté traduite par la liberté de circuler dans une espace qui n'est plus la prison de la cuisine, mais tout l'appartement : «  Je pourrai me promener dans les appartements », ne pas avoir à se cacher pour se faire plaisir.

Solange conteste ce mobile : «  nous ne pouvons tout de même pas la tuer pour si peu »

Mais Claire au contraire refuse l'humiliation supplémentaire de la découverte par Madame de leurs agissements et le persiflage et les moqueries qu'elles devront subir dans leur défaite : » Ce soir, Madame assistera à notre confusion. En riant aux éclats, en riant parmi ses pleurs, avec ses soupirs épais ». En voulant se hisser au statut d'héroine, de reine- "J'aurai ma couronne"-, Claire revendique son destin de personnage tragique.

La tonalité tragique est donc bien présente par ce que le projet de tuer Madame est confirmé mais aussi par ce que la perte des Bonnes parait assurée : leur désir de s'imposer chacune aux dépens de l'autre, leur révolte devant leur statut humiliant et leur absence d'existence, les circonstances de la sortie de prison de Monsieur font qu'elles ne peuvent plus reculer. A ce stade de la pièce,  le lecteur et le spectateur ont compris quelqu'un doit mourir, que quelqu'un va mourir.

 



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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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