Première partie du développement ( commentaire 2nde6)
Développement
Afin de mieux démontrer que l'ouverture du roman appartient à la tradition réaliste, nous allons tout d'abord définir les caractéristiques du réalisme. Ce mouvement artistique cherche à dépeindre la réalité telle qu'elle est, en choisissant ses personnages dans les classes moyennes ou populaires, en mettant en relief des thèmes comme les conditions de travail, de vie quotidienne, les relations conjugales, les affrontements sociaux, bref les problèmes et péripéties rencontrés par les gens du commun, sans volonté d'idéaliser ni les personnages ni le cadre de vie , souvent dans une perspective critique d'ailleurs, le romancier dépeignant la réalité afin d'offrir des pistes de réflexion pour l'améliorer.
C'est bien ce qui arrive dans Grâce et Dénuement dès l'incipit dans lequel on nous parle des « fils d'Angeline », des Gitans qui vivent dans une grande précarité. Ils sont dits « pauvres » même s'ils ne s'en plaignent pas et sont dotés d'un tempérament d'une grande fierté aux dires du narrateur.
Mais c''est surtout le cadre spatio-temporel du roman qui est développé dans les trois paragraphes de l'incipit de telle sorte que le lecteur puisse se représenter clairement la vie de la famille gitane. Il n'est pas valorisé, bien au contraire, le narrateur insiste sur son caractère dégradé.
En premier lieu, il est relégué à la « périphérie » alors que les centres ville sont toujours considérés comme plus prestigieux. Alice Ferney utilise une métaphore très parlante lorsqu'elle écrit « dans cette périphérie qui dissout les enchantements ».Rien de magique donc dans cette banlieue qui n'a aucun des charmes de la nature et qui même les détruit. Les quartiers populaires évoqués ont des noms de rue qui évoquent des « fleurs » mais cela met encore plus en valeur le fait que la nature et les espaces verts en sont absents puisque ces toponymes visent à suppléer à « la poésie qui manque » ; elles ne méritent pas non plus apparemment les noms des personnages illustres de l'Histoire de France qui sembleraient s'y être « fourvoyées » c'est-à-dire égarés. Les Gitans vont donc vivre dans les marges d'un paysage qui lui-même est déjà à la marge des espaces gratifiants. Il est question de « désert » c'est-à-dire d'un espace où la vie est particulièrement difficile et souvent absente .
Le « camp » est installé dans les espaces vacants : « décharges » et « terrains vagues », il n'est pas viabilisé. Le narrateur dépeint une réalité sordide : « habitats endommagés, sols pelés, couverts de détritus ».Les termes caractérisant sont tous péjoratifs ou négatifs. L'insalubrité est visible avec « la terre, pleine de fondrière » donc mal entretenue, qui « était incrustée de verres cassés, de morceaux de pneu et des bouts de ferrailles ».On peine à imaginer des enfants vivant dans un tel espace.
La situation des personnages n'est donc pas enviable d'autant plus qu'elle est précaire puisque les Gitans sont contraints au nomadisme par les « expulsions » qu'ils subissent. En trois paragraphes, l'écrivain a ainsi installé une représentation fidèle de la dure condition de vie des Gitans en ancrant leur situation dans des référents qui appartiennent à l'observation que n'importe quel lecteur peut faire de sa propre réalité, ce qui est le propre du roman réaliste.
L'incipit non seulement met en place le cadre de l'histoire et présente les personnages et leur situation, il captive le lecteur par la présence d'une voix narrative qui semble pleine d'un savoir à transmettre sur les Gitans.