2ème extrait des Bonnes (1ST2S3)
Pour ne pas vous faire perdre trop de temps compte tenu de mon absence, je mets en ligne une préparation au commentaire du deuxième texte que j'ai chois dans les Bonnes que vous voudrez bien étudier pour lundi prochain. J'essaierai de venir demain à la représentation du spectacle mais les billets vous seront distribués demain à 10h pendant le cours de M. Liquier.
2ème extrait des Bonnes : P70 « Solange, amère .Tu as bien travaillé (…) A mon tour de te dominer »P.72
Dispute entre les deux sœurs sur le projet qu'elles ont mené de tuer Madame et de faire arrêter Monsieur grâce aux lettres anonymes ; elles se reprochent mutuellement leur échec. Ironie de Solange : « Tu as bien travaillé. Mes compliments. Tes dénonciations, tes lettres, tout marche admirablement. Et si on reconnaît ton écriture, c'est parfait ! » qui sont autant d'antiphrases.
Les didascalies témoignent de la tension qui monte : « Solange amère », « Claire ironique » malgré les efforts de calme de Claire et le geste apaisant de Solange : « elle prend Claire aux épaules », Claire demeure « agacée ». Attitudes liées à l'incertitude des bonnes quant aux réactions de Monsieur et Madame : pourquoi le rendez-vous est au Bilboquet ?
Défense de Claire : Solange aurait dû réussir à tuer Madame : euphémisme : « Il fallait réussir ton affaire avec madame. » Reproche de peur devant l'acte, de compassion pour Madame, même de révérence : phrase présentative valorisante : C'était Madame ! » Résignation de Claire : « Il nous reste à continuer cette vie, reprendre le jeu », erzatz de vie, théâtre compensatoire.
Solange plus lucide : même le jeu est remis en question comme « dangereux », crainte des « traces » : reproche à Claire de laisser des traces. Imagine Madame entrain de déchiffrer les traces et de se moquer de la crédulité des bonnes : opposition entre « elle » répété de façon insistante et le « nous » : observation du comportement de Madame au présent puis futur prophétique alarmant : Madame saura tout », « Tout va parler, Claire, tout nous accusera. » Vocabulaire de l'enquête policière, renvoie aux romans policiers. Gradation des agissements des bonnes pour usurper l'identité : mettre les robes, voler les gestes, embobiner son amant. Dramatisation de Solange : hyperbole de la répétition de « tout », dimension quasi fantastique, les traces réservées à Claire concrètes vont les trahir mais même la « lumière », les reflets » de miroir : opposition Claire/Solange : tes épaules/mon visage. Accusation de maladresse : « Par ta maladresse, tout est perdu ». Solange essaie de culpabiliser et de paniquer Claire.
Claire maintient sa ligne de défense mais Solange ne la laisse pas développer. Claire parvient cependant à dire le verbe »tuer » explicitement. Solange refuse d'accepter son échec en projetant l'acte dans l'avenir : « Je peux encore trouver la force qu'il faut. »
Claire reprend la main en montrant que Solange n'est pas aussi déterminée qu'elle parce que pas assez « folle », impliquée dans le jeu : question sur où puiser la force de tuer. Claire se sent « au-delà », au-delà de la cime des arbres » au-delà du bien et du mal » dans un monde d'illusion, un ailleurs imaginaire alors que Solange serait selon elle plus terre à terre, préoccupée du « laitier ». Solange est encore une fois obligée de se justifier du ratage du crime : le sommeil de Madame était sa protection, Solange n'a pas vu sa « figure », pas la force de « relever le drap que sa poitrine soulevait pour trouver la gorge ». Ironie de Claire : plus facile la nuit pourtant. « Et les draps étaient tièdes. La nuit noire. C'est en plein jour qu'on fait ces coups-là » : accusation de ne pas être capable d'un tel forfait : trop faible.
Rivalité des deux sœurs. "Cap, pas cap." Autre solution imaginée par Solange : le poison du gardénal.
Retournement de situation : Claire devient dominatrice. colère froide cf « calmement » : « Je suis forte. Tu as essayé de me dominer » ; Refuse les protestations de sa sœur, prend à son tour la parole plus longuement : affirme son identité : je suis Claire et sa révolte : » J'en ai assez ». Anaphore de « assez » qui montre sa détermination. Utilise des métaphores pour parler d'elle : « araignée », insecte vil mais qui tisse une toile, piège et fait mourir pour se nourrir, « fourreau du parapluie » : objet sans valeur pas de vraie utilité, « la religieuse sordide et sans Dieu, sans famille » : allusion à une vie inutile, improductive, de célibat frustré et stérile sans foi, souffrance d'une solitude absolue », pas de spiritualité valorisante : « fourneau pour autel » :réduction à la cuisine, à des tâches basses et matérielles, besoin d'une rédemption. Se dévalorise par des adjectifs péjoratifs substantivés : » la pimbêche, la putride". Se méprise elle-même. Lucidité sur ce que pense sa sœur d'elle : « A tes yeux aussi. »
Solange essaie de reprendre la main : nervosité liée à l'ignorance sur le retour de Madame, essaie de détourner la cause de leur malaise sur la Maîtresse. Mais son langage dérape : « Moi aussi je n'en peux plus. » Commun ras-le bol, mais bel et bien lié à leur enfermement réciproque : anaphore également« Je n'en peux plus de notre ressemblance », mains, bas noirs, cheveux : miroir l'une de l'autre puisque tout va par deux, insupportable gémellité. Attendrissement cependant : « ma petite sœur » : « tes promenades me soulageaient » essaie de la rapetisser, de la dominer à nouveau, soulagement lié à cette domination.
Refus de Claire. Constat d'impuissance de Solange : conditionnel « je voudrais » mais lucidité sur le rapport de haine : « je sais que je te dégoute. Je te répugne » réciproque : Et je le sais puisque tu me dégoutes. Chiasme significatif de l'enfermement. « S'aimer dans le dégoût, ce n'est pas s'aimer » : sentence, proverbe. Refus de parler de haine, mais reconnaissance de l'absence d'amour. Claire fait une autre analyse plus lucide : « c'est trop s'aimer ». « J'en ai assez de ce miroir effrayant qui me renvoie mon image comme une mauvaise odeur. Tu es ma mauvaise odeur. »Phrase très importante.
Désir de devenir une héroïne : « j'aurai (futur) ma couronne. Je pourrai me promener dans les appartements. » Liberté.De "religieuse" sans Dieu, elle veut se faire reine, capacité à endosser des rôles, à se projeter dans un personnage. Inquiétude d'un mobile aussi futile pour tuer de la part de Solange. Qui paraît du coup moins déterminée, parce que moins capable de « jouer « un rôle. Claire : ne comprends pas, série de questions. Refuse l'humiliation de la découverte par Madame de leur cérémonie et stratagèmes, de son rire et de ses moqueries : » je serai cette empoisonneuse que tu n'as pas su être. »
Renversement des rôles. Mobile de l'orgueil : se libérer de l'humiliation de Madame et se montrer plus héroïque que sa sœur.
Pour un commentaire l'on peut étudier la rivalité entre les deux soeurs qui s'expriment cette fois en dehors du jeu de la "cérémonie" où elles jouent les rapports de domination entre Madame et sa bonne, mais aussi le suspense créé par Genet autour du meurtre de Madame qu'elles préméditent et qui va dans ce passage donné une identité à claire: elle veut être l'empoisonneuse héroïque qui va faire d'elle une reine!