Corrigé du contrôle sur l'identification des registres (2nde7)
Identifiez les registres présents dans chacun de ces textes en justifiant votre réponse et en signalant le registre dominant.
1. Ce pendant la bataille est merveilleuse et pesante. Olivier et Roland frappent vaillamment. L'archevêque rend plus de mille coups, les douze pairs ne se mettent pas en restes, et les Français frappent tous ensemble. Les païens meurent par centaines et par milliers : qui ne s'enfuit n'a aucun secours contre la mort ; bon gré, mal gré il y laisse la vie. Les Français y perdent leurs meilleurs défenseurs, qui ne reverront point leurs pères, ni leurs parents, ni Charlemagne, qui les attend aux défilés.
Mais en France, il y a une merveilleuse tourmente, tempête de tonnerre et de vent, pluie et grêle démesurément, la foudre tombe à coups serrés et répétés et , en vérité, la terre tremble, de saint Michel du péril jusqu'aux aux Saints, de Besançon jusqu'au port de Wissant.
Extrait de la Chanson de Roland.
Le registre dominant dans l'extrait de la Chanson de Roland est le registre épique comme nous le constatons d'abord par le thème traité, un combat qui oppose les preux de Charlemagne à l'armée païenne. Le récit fait l'éloge de la vaillance d'Olivier et de Roland, les deux héros de l'épopée, à travers des termes qui caractérisent leur comportement pendant la bataille, elle-même qualifiée de « merveilleuse » c'est-à-dire quasi surnaturelle : ils « frappent vaillamment » et tous les imitent : « l'archevêque rend mille coups », « les douze pairs ne se mettent pas en restes ». Les Français qui frappent « tous ensemble » sont avec leurs champions .Le nombre d'hyperboles présent dans l'extrait confirme sa tonalité épique : l'abondance des pluriel, les chiffres importants -« plus de mille coups », « les païens qui meurent » par centaines et par milliers »-exaltent l'ardeur au combat des Francs qui s'acharnent sur les Maures obligés de fuir et dont pas un seul ne réchappe : « qui ne s'enfuit n'a aucun secours contre la mort . » A cela s'ajoute la dimension fantastique de la bataille, caractéristique typique de l'épopée, puisque l'univers entier en est bouleversé, le cosmos l'accompagne d'une « merveilleuse tourmente » produisant « tempête de tonnerre et de vent, pluie et grêle démesurément ». Du coup le grandissement épique est particulièrement sensible dans cet extrait et ce d'autant plus qu'il est renforcé par un passage de registre pathétique qui rend encore plus émouvante l'action des héros, leur bravoure n'empêchant pas la perte « des meilleurs défenseurs qui ne reverront point leurs pères, ni leurs parents ». L'auteur anonyme cherche l'attendrissement des lecteurs qui ne peuvent qu'admirer davantage ceux qui souffrent pour sauver l' honneur de l'ensemble de leur camp dans ce combat contre les Sarrasins.
2. On vit alors un objet digne d'une éternelle pitié : une jeune demoiselle parut dans la galerie de la poupe du Saint Géran, tendant les bras vers celui qui faisait tant d'efforts pour la rejoindre. C'était Virginie. Elle avait reconnu son amant à son intrépidité. La vue de cette aimable personne, exposée à un si terrible danger, nous remplit de douleur et de désespoir. Pour virginie, d'un port noble et assuré, elle nous faisait signe de la main, comme nous disant un éternel adieu. Tous les matelots s'étaient jetés à la mer. Il n'en restait plus qu'un sur le pont, qui était tout nu et nerveux comme Hercule. Il s'approcha de Virginie avec respect : nous le vîmes se jeter à ses genoux, et s'efforcer même de lui ôter ses habits ; mais elle, le repoussant avec dignité, détourna de lui sa vue. On entendit aussitôt des cris redoublés des spectateurs : « Sauvez-la, sauvez-la, ne la quittez pas ! ».
Extrait de Paul et Virginie, de Bernardin de Saint Pierre, 1788.
Le registre dominant dans l'extrait de Paul et Virginie est le registre pathétique. Le lecteur est convié à assister au naufrage du Saint Géran, avec à son bord l'héroïne éponyme, du point de vue des témoins restés sur le rivage comme le prouve l'ouverture du paragraphe sur « on vit » et les nombreux verbes de perception qui soulignent ce point de vue : « la vue de cette aimable personne, exposée à un si terrible danger », « On entendit aussitôt des cris .»,« nous remplit de douleur et de désespoir ». Parmi ceux qui assistent au drame, il y a aussi son amant, ce qui renforce encore la tension émotionnelle. Le récit vise à nous émouvoir devant « un objet digne d'une éternelle pitié », ce qui est explicitement nommer la visée du registre pathétique. A la fin du récit, nous aussi nous crions avec les autres témoins : « sauvez-la, sauvez-la ! ». La gestuelle des personnages suscite également l'émotion et dramatise la situation : la jeune fille « tend les bras" vers son amant qui tente de la rejoindre. Elle reste digne face à la mort qui se prépare et fait un signe de la main, interprété comme « un éternel adieu. » Elle est d'autant plus émouvante qu'elle se fait un scrupule moral d'obéir au matelot qui cherche à la sauver en la déshabillant : elle « le repoussant, avec dignité, détourna de lui sa vue ». La participation des témoins à la scène est sensible dans les nombreux adjectifs évaluatifs qui ponctuent l'extrait : « digne d'une éternelle pitié », « aimable personne », « si terrible danger », un port noble et assuré » qui prouvent que les spectateurs impuissants sont atterrés par ce qui arrive à une personne qu'ils admirent et aiment. Au fur et à mesure du récit, le pathétique tourne au tragique car le lecteur comprend que la pudeur de Virginie va l'entraîner dans la mort et constitue son destin : la répétition de l'adjectif « éternel » dans les deux expressions « éternelle pitié » et « éternel adieu » en est le principal indice.
3. Signe
Je suis soumis au Chef du Signe de l'Automne
Partant j'aime les fruits je déteste les fleurs
Je regrette chacun des baisers que je donne
Tel un noyer gaulé dit au vent ses douleurs
Mon Automne éternelle ô ma saison mentale
Les mains des amantes d'antan jonchent ton sol
Une épouse me suit c'est mon ombre fatale
Les colombes ce soir prennent leur dernier vol
A faire pour vendredi 18 février
4 . Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons formaient une harmonie universelle telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousquèterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'homme. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide qui tremblait comme un philosophe se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie héroïque.
Extrait de Candide, Voltaire,1759
A faire pour vendredi 18 février