la cérémonie de Chabrol
Par cyberblaise - publié le mercredi 2 février 2011 à 16:39 dans 1ST2S3 (2010-2011)
Je mets en ligne les réponses que j'ai reçues mais trois groupes doivent me faire parvenir leurs idées avant la semaine prochaine. Les réponses ne sont pas définitives, ce sont des propositions que nous allons rediscuter en classe.
Exploitation de la projection du film La Cérémonie (1995) de Claude Chabrol.
Répondez aux questions suivantes :
1 .Quel rapport peut-on faire entre le film de Chabrol et la pièce de Jean Genet intitulée Les Bonnes ?
Réponse de Marie et Anaïs :
On retrouve un véritable lien entre le film la cérémonie de Chabrol et la pièce Les Bonnes de Genet. Dans le film, le personnage principal est une bonne, Sophie. Au départ, celle-ci se fait dominer par la famille Lelièvre puis elle finira par les dominer et les tuer. Elle est liée d'une étrange amitié avec jeanne, une postière. On remarque un véritable jeu de soumission et de domination dans leurs relations. A la fin de l'histoire son amie meurt. Dans la pièce, les personnages principaux sont Claire et Solange, deux bonnes au service de madame. Elles fantasment sur l'idée de dominer leur maîtresse en jouant une comédie dans laquelle à tour de rôle elles prennent le rôle de la maîtresse en se travestissant avec les vêtements de leur patronne. A la fin l'une des deux sœurs finit par se tuer en buvant le thé empoisonné qu'elle destinait à sa maîtresse comme si le jeu était allé trop loin.
(La réponse ne compare pas assez les deux histoires ! Comparer c'est examiner les ressemblances et les différences.)
Voici des éléments de réponse de mon cru pour nourrir la réflexion :
Piste pour justifier le titre « la cérémonie » qui ne correspond pas au titre du roman de Ruth Rendell dont il est adapté, a Judgment in Stone, traduit en français sous le titre L'Analphabète. Dans la pièce de Genet, Les bonnes, deux sœurs Claire et Solange, domestiques au service d'une femme riche pratiquent un étrange rituel au cours duquel Claire a revêtu les habits de madame et Solange se fait apostropher et maltraiter par Claire ; quand un réveil matin sonne, le prodige s'évanouit : fin de ce que les sœurs appellent elles-mêmes « la cérémonie ».
Pas un réquisitoire contre les bourgeois, pas un plaidoyer en faveur des domestiques cf texte de Genet Comment jouer Les Bonnes : « c'est un conte c'est-à-dire une forme de récit allégorique qui avait peut-être pour premier but quand je l'écrivais de me dégoûter de moi-même en indiquant et en refusant d'indiquer qui j'étais, le but second d'établir une espèce de malaise dans la salle… » : Rêverie violente sur la haine de l'autre, la folie mais surtout la haine de soi.
Le rapport de Chabrol à ses personnages est différent : « J'ai eu beaucoup de mal à ne pas faire l'apologie totale de ces deux filles. Mais en même temps il n'y a pas de raison, ce sont deux garces. » Alors que Genet : « ces deux bonnes ne sont pas des garces, elles ont vieilli, elles ont maigri dans la douceur de madame. (…) Sacrées ou non, ces bonnes sont des monstres, comme nous-mêmes quand nous rêvons ceci ou cela. »
Il ne passerait jamais dans la tête de Sophie de se déguiser en Madame : affrontement frontal. Chez Genet, entortillement des identités : Claire devient Madame jusqu'à mourir à sa place .Pas de réalisme chez Genet ; sous le motif de la révolte couve une folie, celle des deux sœurs agrippées à leurs fantasmes que les longs jours auprès de madame ont brûlés. La haine, l'envie de tuer et de détruire n'ont pas de déversoir bien identifié et quand Claire à la fin boit la tasse de tisane empoisonnée, elle se tue et assassine aussi Madame pour qui elle se prend à nouveau.
Le parallèle entre le film et la pièce montre cependant qu'il y a dans les motivations de Sophie et Jeanne quelque chose de plus trouble qu'une haine de classe. La froideur de l'exécution ouvre aussi sur les zones d'ombre du désir de détruire, qui est une libération autant qu'une monstruosité aliénante.
Fracture séparant les dominants des dominés : essentiellement la maîtrise des codes et des langages dans le film et dans la pièce. ( A rapprocher aussi du personnage de Lopakhine dans la Cerisaie, ancien fils de moujik, riche parvenu mais ne se sentant pas à la hauteur des anciens maîtres car il ne parvient pas à lire les œuvres qu'ils lisent, la distinction culturelle est un marquage de classe.)
2. Quelles sont selon vous les différentes étapes du film ? Autour de quel (s) événement(s) ? Bascule-t-il ? Le rythme des différentes parties est-il le même ? A quoi est dû le phénomène d'accélération selon vous ?
Voici les propositions du groupe Mathieu, Aurélie, Marion, Alexandra qui sont à discuter :
Etapes du film : entretien d'embauche, découverte du secret de Sophie, création de liens amicaux avec Jeanne, la postière, chantage et renvoi, vengeance et massacre de la famille Lelièvre, mort de Jeanne.
Bascules du film : rencontre avec Jeanne, chantage avec Melinda, renvoi de Sophie.( L'essentiel ne me paraît pas dit. Qu'est-ce qui est à l'origine du chantage ?)
Rythme lent au début, ensuite accélère quand Sophie sort avec Jeanne et devient intense à la fin quand elles s'introduisent chez les Lelièvre pour chercher les affaires de Sophie et finissent par se livrer au saccage et au massacre.
3. En quoi peut-on dire que le film propose une satire du milieu social de la bourgeoisie de province ? En quoi peut-on dire qu'il s'agit d'un film sur la lutte des classes ?
4. La fin est-elle prévisible selon vous ? A la lumière de la fin, quelles sont les signes de tension prémonitoires durant le film ? Le meurtre de la famille Le Lièvre a-t-il été prémédité ?
Groupe Tiffany, Gaetan, Anais :
La fin n'est pas prévisible car dans le film Jeanne et Sophie prétendent juste aller chercher les affaires de Sophie dans la maison des Lelièvre, elles finissent par tuer tout le monde comme sur un coup de tête, comme pour s'amuser. (Il faudra revenir sur la séquence plus en détails)
L'accident de Jeanne non plus n'était pas prévisible. (Très discutable, voir la séquence de la panne où Melinda répare la voiture et exprime son mépris pour Jeanne en lui jetant un mouchoir à la figure.)
Tout d'abord le fait que Jeanne et Sophie aient un passé de meurtrières nous laisse présager qu'elles sont capables de recommencer. Ensuite les tensions apparentes entre Sophie et Georges à propos notamment du dossier ainsi que la découverte de l'analphabétisme de Sophie et du chantage que cette découverte occasionne avec Melinda, qui vont conduire au licenciement de Sophie, plus l'idée de vengeance qu'introduit Jeanne permettent aux spectateurs d'entrevoir une fin plus ou moins tragique. (A creuser. Même dans la première partie du film qui montre comment Sophie est reçue et travaille dans la famille Lelièvre des signes de tension se font jour rétrospectivement pour le spectateur.)
Le meurtre n'a pas été prémédité car au départ les deux jeunes femmes sont simplement allées récupérer les affaires de Sophie, puis elles décident de tout casser dans la maison et finissent par tuer toute la famille.
Réponse Morgan, Emilie, Alison un peu reformulée par moi :
La fin n'est pas prévisible pour nous car les conditions d'embauche au début du film révèlent un bon contact entre Sophie, l'employée, et sa patronne, Catherine Lelièvre. Le contact semble bon aussi avec Georges, Melinda et Gilles. Sophie a l'air heureuse et fière de disposer d'une chambre avec une télévision, même si le film montre que la chambre réservée à la bonne est sommaire et moins belle que le reste de l'appartement et que le téléviseur est ancien alors que la famille Le Lièvre vient de s'acheter un modèle dernier cri. Il est clair que la « bonté » des Lelièvre ne va pas jusqu'à donner à leur bonne un logement et un mobilier équivalent au leur ou l'équivalent même d'une chambre d'ami, bien qu'ils en auraient les moyens et que l'employée doive restée chez eux à demeure.
Sophie accepte toujours les ordres des membres de la famille sans s'y opposer et reçoit régulièrement des compliments sur son travail, sur la cuisine, les courses et le ménage. Georges lui propose même de passer le permis lorsqu'il voit que Sophie fait les courses à pied. Cependant si le spectateur est attentif à ce qui est montré, il peut s'apercevoir que la famille Lelièvre est assez hypocrite et que leur bienveillance vise plus à les valoriser dans leur posture de bourgeois libéraux et ouverts qu'à témoigner d'une gentillesse sincère à l'égard de leur employée : ils commentent le comportement de Sophie en sa présence, s'interrogent sur la façon de la nommer, ironisent sur sa séduction, marquent volontiers leur position de supériorité, ce qui peut être humiliant, ne lui octroie pas de véritable liberté comme on le voit lors de la scène où Catherine se scandalise du départ de la bonne alors qu'elle avait tout préparé pour l'anniversaire de Melinda et prévenu sa patronne du fait qu'elle se rendrait au secours catholique dans l'après midi. Lorsque Catherine accepte de rendre service à Jeanne la postière, elle le fait plus par souci des convenances que par bonté car elle n'hésite pas de médire d'elle auprès de Sophie qui ne la connaît pas encore.
Le basculement se fait lorsque Melinda découvre que l'étrange comportement de Sophie est lié à l'analphabétisme qu'elle cache à ses employeurs depuis le début et que Sophie se venge de cette découverte en menaçant Melinda d'exercer un chantage à propos de la grossesse cachée de la jeune fille. A partir de ce moment, les relations entre Sophie et la famille Le Lièvre se tendent, mais pour autant il n'y a pas préméditation d'un meurtre de la part de Sophie, elle semble plutôt entraînée à la haine par Jeanne, c'est elle qui s'insurge contre le renvoi et qui propose le saccage dans la maison au moment de la recherche des affaires de Sophie, les deux filles semblent prendre les fusils par jeu. Lorsque le spectateur fait retour sur les séquences précédentes, il se souvient alors de la scène où Georges nettoient les fusils d chasse, activité typique de la bourgeoisie provinciale et il comprend que cette scène est prémonitoire et que ce n'est pas par hasard que la famille s'appelle Lelièvre : ils vont être abattus comme du gibier.
5. Jeanne et Sophie sont-elles selon vous des « folles » ? Quel est le mobile de leur acte final ?
6. Pourquoi le film s'appelle-t-il la Cérémonie ?
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