Penser après les cours...!

Analyse de la Cerisaie: réponses au questionnaire.

Par cyberblaise - publié le mercredi 26 janvier 2011 à 16:13 dans 1ST2S3 (2010-2011)

Analyse de la représentation  ( Attention « en cour » signifie à gauche pour un acteur sur le plateau, côté « cœur », « en jardin » signifie à droite.)

A. Espace scénique et décor : revoir les photos.

http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://photocvt.cccommunication.biz/jpgok/RepMR/p92/p92472_3.jpg&imgrefurl=http://2010-2011.athenee-theatre.com/programmation/autour_spectacle.cfm/92472-1_la_cerisaie.html&usg=__koL4Vk-gJOewU8WRXOTTUaBnBNQ=&h=333&w=500&sz=65&hl=fr&start=1&zoom=1&um=1&itbs=1&tbnid=ka23-FyvHxRk7M:&tbnh=87&tbnw=130&prev=/images%3Fq%3Dla%2BCerisaie%2BPaul%2BDesveaux%2Bdiaporama%26um%3D1%26hl%3Dfr%26sa%3DG%26rls%3Dcom.microsoft:fr:IE-SearchBox%26rlz%3D1I7SKPB_fr%26tbs%3Disch:1&ei=YztATeGbIYaAOuHbwKcD

Espace qui représente un espace de vie réel et qui donne à jouer aux acteurs : tapis au sol de deux couleurs qui peut représenter l'herbe du dehors, arbre dans lequel on peut grimper qui représente la Cerisaie que par ailleurs on ne voit pas car elle est située pour les personnages là où sont assis les spectateurs, existe alors dans la description et les paroles des personnages.

L'espace selon les moments de la pièce peut aussi bien représenter le dedans de la maison que l'extérieur, un changement de place du mobilier, par exemple un fauteuil, et l'éclairage suffisent pour le faire comprendre.

Un second plan de l'espace est une sorte de mezzanine qui représente une chambre, on y monte grâce à un escalier à vue. Le mur de la pièce est visible en arrière plan sous la forme d'un pan déchiqueté qui peut évoquer une maison en ruine, la tapisserie représente des fleurs qui font penser à celles de la cerisaie.

Avant l'escalier, sous la mezzanine, on distingue un lavabo sur lequel on déposera un bouquet de fleurs offert, il peut représenter l'intimité dévoilée de la famille dont on raconte l'histoire et que le spectateur découvre, il accentuera le sentiment d'une maison ruinée que l'on abandonne comme ces fragments de murs et de pièces parfois intimes que l'on voit encore debout dans les maisons bombardées.  

Au fond, en cour, une longue table est visible qui servira à toute la famille pour prendre un repas. Il n'y a pas de frontière entre les différents espaces sous formes de cloisons ou de rideaux, l'éclairage permet de montrer des scènes qui se passent dans différents endroits simultanément en découpant l'espace. Les personnages sont pour beaucoup quasiment toujours en scène.

L'espace est rustique mais ne fait pas particulièrement référence à la Russie : pas de samovar par exemple. Il n'est pas encombré d'objets pour permettre l'évolution des personnages qui sont nombreux. Le décor n'est pas précisément daté, il est figuratif mais les objets peuvent être aussi interprétés symboliquement. Il ne change pas pendant la pièce et seul le déplacement de certains objets le modifie, ce qui donne tout de même une impression de variété, de lieux multiples. Au moment de la scène du bal pour faire oublier l'attente du résultat de la vente aux enchères, des « bulles » descendent des cintres par un système de treuil actionné depuis le plateau qui peuvent évoquer un décor moderne de « boite » mais en même temps connotent la légèreté, l'évanescence, l'absence de poids, de sérieux, la disparition de ce qui est éphémère, le divertissement.

L'espace scénique est celui d'une salle à l'italienne mais les spectateurs sont souvent pris à parti par les personnages qui viennent à l'avant scène et s'adressent à nous comme si nous faisions partie de la famille.

B. Les objets scéniques sont plus nombreux qu'on ne croit à première réflexion. Outre les pièces de mobilier, par exemple l'armoire importante dans le texte qui représente à un moment donné toute la mémoire de la famille, l'on trouve différents objets qui caractérisent les personnages : Varia manie le bâton, symbole de sa sécheresse, Lioubov, la dépensière, perd son porte-monnaie - les domestiques le cherchent- et distribue des pièces d'or, la gouvernante joue avec des cartes et prédit l'avenir, Lopakine est frustré de ne pas savoir lire et tente de lire au un livre au début : l'argent qui lui permet d'acheter la Cerisaie ne lui permet pas de se sentir l'égal des anciens maîtres si cultivés. «  Mille malheurs » possède un revolver qui fait planer l'ombre d'un drame sur l'ensemble de la maisonnée. Les objets ont donc une fonctionnalité mais ils sont aussi porteurs de dimensions symboliques.

C. La lumière : elle délimite les espaces scéniques, suggère l'alternance du jour et de la nuit et joue un rôle dans la perception du passage du temps. Une sorte de fondu au noir comme au cinéma permet les changements de décor à vue entre les actes. Elle joue un grand rôle pendant la scène du bal en se reflétant sur les bulles qui descendent des cintres.

E. Le travail sur le son est très important dans la pièce. Pendant les changements de période, l'on entend une bande son électronique très contemporaine qui fait penser à des émissions de radios, des JT ; certains mots sont audibles : crise, finance ressource. L'actualisation de la pièce, les effets d'échos avec la situation contemporaine sont très liés à cette bande-son qui nous rappelle les possibles faillites contemporaines, la peur de la précarisation. Le son est également produit en direct par des chansons chantées par la gouvernante pendant le bal.  Il s'agit de poèmes de Baudelaire mis en musique par Vincent Artaud. Le 3ème acte se transforme en une sorte de cabaret.

Le silence est particulièrement significatif à la fin lors du dernier échange muet entre Varia et Lopakine qui devraient s'avouer leur désir de s'épouser et qui ne parviennent pas à se parler, ce qui laisse entendre que Lopakine est en fait amoureux de la maîtresse de maison plus que de sa fille adoptive.

F. Jeu des acteurs : très dynamique, jouent dans toutes les postures, sont très souvent en contacts. Ils ont travaillé avec une chorégraphe, Yano Iatridès, et sont très à l'aise corporellement, les scènes d'amour sont dansées et très suggestives. Le bal donne lieu quasiment à un spectacle de cabaret très divertissant et qui peut évoquer l'expression «  danser sur un volcan » puisque pour oublier le drame qui se prépare au loin la compagnie préfère se divertir en se saoulant, en dansant, en jouant, en faisant l'amour, comme s'il fallait en profiter une dernière fois avant la fin de la cerisaie, la fin de la vie.

Chaque acteur, donc chaque personnage, a sa gestuelle caractéristique soutenue par un costume qui reflète certains aspects de leur personnalité cf la robe rouge de la fille de Lioubov, le costume étriqué et sévère de Varia, la nuisette de la servante Douniecha qui couche avec Yacha. Les costumes n'évoquent pas particulièrement la Russie et sont plus contemporains, ils contribuent au sentiment que le metteur en scène a voulu nous montrer la portée de la pièce de Tchékhov aujourd'hui : l'argent fait-il le bonheur ? La richesse atténue-t-elle l'humiliation de classe ? Suffit-il d'être riche pour se sentir faisant partie d'une élite ? Sommes-nous entrain de vendre et couper la Cerisaie- la terre, notre planète- pour continuer à nous enrichir ? Qu'allons-nous transmettre ? Quelles sont nos perspectives d'avenir ? Ne sommes-nous pas entrain d'oublier ce qui nous relie à nos ancêtres ? L'adresse frontale des personnages au public fait que nous nous sentons concernés par leurs questionnements, c'est particulièrement le cas lors des prises de paroles de l'étudiant, Trofimov. Paul Desveaux voit dans cette Cerisaie, pièce ultime de Tchekhov, un "reflet de nos doutes, de nos peurs du futur, le temps d'une représentation". Sa mise en scène souligne le parallèle entre cette fin d'un monde et la crise que traverse actuellement notre société : «Les questions que Tchékhov posaient à son époque ressurgissent dans notre Histoire avec le choix entre un monde peu cultivé avec beaucoup d'argent ou un monde qui serait un peu moins axé sur l'avoir et un peu plus sur l'être».

La distribution est équilibrée, pas d'accident de jeu. Peut-être pas assez de force dans la diction du texte au début de la représentation. Parti pris de diction assez rapide car mise en scène « tourbillonnante », gênant peut-être car  les moments plus mélancoliques de la pièce ne sont plus mis en relief, tout semble emporté dans le mouvement de dépense et de divertissement.

G. Mise en scène : première image : pénombre, Varia et Lopakhine attendent l'arrivée de la famille. Envahissement de la scène par les arrivants et leurs bagages. Image finale après le départ de tous : Firs le vieux domestique a été oublié, solitude avant la mort mais toujours sollicitude à l'égard du maître. Image d'un monde disparu mais humain profondément, dévouement qui n'est pas récompensé, égoïsme des maîtres déchus.

Parti pris qui n'est pas naturaliste : sorte de rêve ( cf  , « le songe d'un monde à venir. Un de ces rêves que l'on fait à l'aube et qui ressemblent terriblement à la réalité”.) Tourbillon- fête, couleurs, rires- qui accentue le drame, car tout cela semble un peu forcé, on rit, on s'amuse pour ne pas pleurer, sombrer ; la vie est si vite passée, tout va vite, même l'émotion ne s'installe pas, et l'on peut le regretter. Le lecteur de la pièce risque d'être déçu de ne pas retrouver dans la mise en scène l'émotion qu'il a éprouvée en lisant le texte par exemple au moment de l'annonce de la vente de la cerisaie ou même l'évocation de sa disparition. En fait la cerisaie n'est pas vraiment présente, or pour que la pièce soit réussie il faut faire percevoir la magie, la séduction de ce jardin d'enfance. Plus positive est la tentative de faire ressentir l'humour de Tchékov.

H. Réaction du public : globalement attentive, applaudissements nourris devant la performance de la troupe. Sensible à l'actualisation du propos.

 



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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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