Interviews filmés du metteur en scène de la Cerisaie, Paul Desvaux
Vous pouvez écouter le metteur en scène parler de ce qui l'a intéressé dans la pièce de Tchekov:
Première partie:
http://www.youtube.com/watch?v=GTQJBLjL9BA
Deuxième partie:
http://www.youtube.com/user/BlogAthenee
La Cerisaie (1904)
Résumé
En cette période charnière ente XIXème et XXème siècle, nous sommes dans la propriété de Lioubov Andreïevna dont le trésor est une cerisaie, symbole d'un passé révolu. De retour de Paris, après cinq années d'absence, elle contemple l'âge d'or de son enfance mais doit aussi affronter le constat de l'impossibilité de le prolonger.
« Douze existences entrelacées : une mère, son frère et ses deux filles, quelques domestiques, un voisin, un étudiant, un fils de moujik entré dans les affaires – mais aussi un état des lieux de la Russie tracé de main de maître, un an avant la première révolution : une aristocratie qui s'enfuit, s'étourdit ou s'aveugle, une nouvelle bourgeoisie d'entrepreneurs qui poursuit son ascension.
Quatre moments au fil des saisons, de la pleine floraison de mai sous le brouillard jusqu'aux troncs noirs et nus que la hache commence à frapper sous un clair ciel d'octobre. » (Dossier de l'Odéon)
Personnages
Lioubov : elle est au centre de la Cerisaie. Elle dépense sans compter sur tous les plans. Tiraillée entre un passé auquel elle ne peut échapper et un avenir menaçant, elle tente désespérément de vivre le plus intensément possible le présent.
Lioubov (elle regarde la cerisaie par la fenêtre) « O mon enfance, ma pureté ! C'est dans cette chambre d'enfants que je dormais, c'est de là que je regardais la cerisaie, le bonheur s'éveillait avec moi, tous les matins,et elle était exactement comme aujourd'hui, rien n'a changé. ‘ Elle rit de joie) Blanche, toute blanche ! O ma cerisaie ! Après l'automne humide et sombre,après les neiges de l'hiver, tu es jeune à nouveau, tu es pleine de bonheur, les anges du ciel ne t'ont pas quittée…
Si je pouvais ôter de ma poitrine et de mes épaules cette lourde pierre, si je pouvais oublier mon passé ! »
Acte I)
Gaev : il est le frère de Lioubov. Cet homme de cinquante ans se comporte comme un enfant et refuse d'affronter la réalité. Il est le contrepoint de sa soeur.
Ania : est la fille de Lioubov. Elle a dix sept ans et rêve d'avenir et d'amour.
Varia : est la fille adoptive de Lioubov. Elle entretient des rapports ambigus avec la famille et les domestiques.
Trofimov : est un étudiant idéaliste aux idéaux révolutionnaires.
« L'Humanité va de l'avant, perfectionnant ses forces. Tout ce qui lui demeure encore inaccessible un jour lui sera proche, évident, seulement, voilà, il faut travailler, aider, de toutes nos forces, ceux qui recherchent la vérité. Chez nous, en Russie, il n'y a encore que très peu de gens qui travaillent. L'immense majorité de l'intelligentsia, telle que je la connais, ne cherche rien, ne fait rien et reste
pour l'instant inapte à tout travail. Ils disent qu'ils font partie de l'intelligentsia, et ils tutoient leurs domestiques, ils traitent les moujiks comme du bétail, ils négligent leurs études, ne lisent rien avec sérieux, restent à se tourner les pouces, ne font de la science qu'en parlottes, n'entendent rien à l'art. Tous sont sérieux, tous ont des visages graves, ne parlent que de sujets graves, tous philosophent, et pourtant, sous leurs yeux, les ouvriers mangent des choses infectes, dorment sans oreiller, à trente, quarante dans la même chambre, partout les punaises, la puanteur, l'humidité,
la souillure morale…C'est évident, toutes ces grandes discussions ne servent qu'à une seule chose : s'aveugler soi-même et aveugler les autres. Montrez-moi donc ces crèches dont on nous rebat les oreilles, montrez-moi les salles de lecture ! On passe son temps à les décrire dans les romans et, dans les faits, il n'y en a pas. Tout ce qu'il y a, c'est l'ordure, la grossièreté, l'Asie…Je me méfie des discussions sérieuses. Ayons plutôt le courage de nous taire ! » (Acte II)
Lopakhine : il est celui par qui tout arrive. Petit fils d'un serf, il se bat pour obtenir la Cerisaie et tente tout pour convaincre ses propriétaires du bien fondé de ses désirs.
« Lioubov Andreïevna a passé cinq ans à l'étranger, je ne sais pas ce qu'elle est devenue maintenant… C'est vraiment quelqu'un de bien. Quelqu'un de facile, de simple…Je me souviens, j'étais gamin, quinze ans peut-être, mon défunt père – à l'époque, il tenait la boutique, ici, au village -, il m'avait envoyé un coup de poing en pleine figure, je saignais du nez…On était venus ensemble, je ne sais
plus pourquoi, dans la cour, et, lui, il avait bu. Lioubov Andreïevna, je la vois comme si c'était hier, toute jeune encore, toute mince, elle m'a conduit devant le lavabo, ici, là, dans cette chambre, la chambre des enfants. « Pleure pas, petit moujik, elle m'a dit, ce sera guéri pour ton mariage… »
« Petit moujik…Mon père, c'est vrai que c'était un moujik, et moi, je suis là, gilet blanc, chaussures jaunes. Le groin d'un porc dans les petits fleurs…Sauf que je suis riche, j'ai de l'argent plein les poches, mais si on y réfléchit, si on veut voir les choses – moujik cent pour cent. (Il feuillette le livre) Ce livre, tiens-là, je l'ai lu – rien compris. Je lis, je m'endors. »
(Acte I)