L'Odyssée de l'altérité
Voyager, c'est quitter le connu pour aller vers l'inconnu et aller aussi à la rencontre de l'autre. Paradoxalement, on pourrait dire que le nostos d'Ulysse dans L'Odyssée est une quête inverse : Ulysse voyage afin de rentrer chez lui, de retrouver non pas « l'Inconnu pour y trouver du nouveau » selon la formule baudelairienne, mais plutôt le connu pour se retrouver, pour retrouver « avec joie la loi du lit ancien » (XXIII, 296). Or cette quête rétrograde, qui le doit le ramener dans sa patrie, dans sa famille, auprès de ceux qu'il connaît et de ce qu'il connaît aussi, est une formidable plongée vers l'altérité. Qu'est-ce que l'altérité ? c'est le « fait d'être autre » ou « le caractère de ce qui est autre » nous dit le dictionnaire Le Robert. C'est le contraire de l'identité… C'est donc un thème majeur de L'Odyssée.
I. L'errance et la perte
1) Se perdre…
Les chants IV à XIII racontent de quelle façon le héros grec rentre chez lui… mais ils content aussi, par le jeu du récit enchâssé, de quelle façon Ulysse s'est perdu, à tous les sens du terme. Perte géographique : Ulysse erre en Méditerranée pendant 10 ans, incapable de rejoindre sa patrie, mais il erre aussi dans un monde qui, on l'a vu, n'est plus tout à fait le nôtre puisqu'Ulysse et ses compagnons se trouvent confrontés à des créatures plus merveilleuses les unes que les autres, des monstres mythologiques, des créatures divines, et même des morts. En ce sens, avec la malédiction de Poséidon, Ulysse quitte le monde humain pour entrer dans un monde autre, non-humain… ce qui est aussi, la plupart du temps, synonyme d'inhumain. Perte ontologique : Ulysse se perd lui-même au cours du voyage puisqu'il se déleste de son identité : « Je m'appelle Personne, et Personne est le nom que mes parents et tous mes autres compagnons me donnent (IX, 366-367). Mais on voit que ce voyage le dépouille petit à petit de tout ce qui constitue son identité : biens, compagnons, mémoire symbolique (lotophages), mémoire chez les autres (« puisque nul n'a gardé le souvenir d'Ulysse chez ceux qu'il gouvernait avec la tendresse d'un père (IV, 11-12). Ulysse perd même son inscription dans le temps humain puisque Calypso lui offre, caché loin du monde, l'immortalité. On pourrait dire que le héros a perdu son identité, qu'il est devenu autre.
2) La reconquête de l'autre
L'épisode chez les Phéaciens est à cet égard assez probant puisque, dès son arrivée, Ulysse est désigné comme étranger à lui-même : d'abord parce que le « vieux lion des montagnes » qui apparaît à Nausicaa et à ses servantes est méconnaissable : « Effroyable, il parut, défiguré par la saumure » (VI, 137). Athéna l'embellit après qu'il a pris son bain, et on obtient un effet semblable, même s'il est valorisant : « Alors Pallas, fille de
Zeus, le fît paraître plus grand, plus vigoureux, déroulant sur sa nuque une toison bouclée comme la fleur de jacinthe » (VI, 229-231). Enveloppé de « vapeur » de peur qu'on ne lui « demandât son nom » (VII, 17), Ulysse se trouve encore dépourvu de corps aux yeux des autres tandis qu'il arrive au palais d'Alcinoos. Et il conservera un anonymat qui dissimule son identité jusqu'au début du chant IX. Mieux encore, cet anonymat le place dans une situation étrange : avec le récit de Démodocos, Ulysse fait l'expérience d'une forme d'altérité dans la mesure où il écoute un récit d'un personnage qui est lui-même, comme si le « personnage Ulysse » avait échappé à « l'homme Ulysse », comme si la créature de chair et de sang assistait aux aventures de son avatar d'épopée, comme s'il était passé à la postérité de son vivant. Or, c'est justement en reprenant possession de son « personnage », c'est-à-dire en contant les aventures du héros Ulysse, en contant ses aventures, qu'Ulysse se retrouve et reprend possession de son identité. Certes, cette « ré-identification » n'est pas complète : la dernière partie de
L'Odyssée fonctionne par une série de reconnaissances qui permet à Ulysse de réintégrer sa place dans l'oikos, mais aussi dans sa propre vie : Eumée, Télémaque, Euryclée, Pénélope puis Laërce sont les membres de la famille (au sens large) qui reconnaissent Ulysse. De la même façon, on peut dire que c'est lorsqu'il se retrouve en héros, en héros épique qu'est son personnage de vainqueur de Troie, c'est-à-dire quand il affronte et extermine les prétendants qu'Ulysse retrouve son identité : il impose son identité, par la force (épreuve de l'arc, massacre des prétendants, exécution des traîtres) et par la mètis (l'énigme du lit que lui soumet Pénélope).
II. L'autre dans
L'Odyssée1) L'autre : fascination…
Les aventures d'Ulysse dans les chants IV à XIII multiplient les manifestations de l'autre… car il n'y a finalement plus que des « autres ». Comme on l'a dit, le monde dans lequel entre le héros n'est plus peuplé d'êtres humains : Lotophages, Cyclopes, Lestrygons, Sirènes, Charybde et Scylla… Même les créatures les plus humaines, au sens physique du terme, s'avèrent appartenir à une race un peu différente : Circé la magicienne, Eole le gardien des vents, Calypso la nymphe, et bien sûr Hermès, Ino-Leucothée, Athéna, Poséidon… Dans les aventures d'Ulysse, il n'y a pas d'intermédiaire : divin ou monstrueux, mais pas humain. Et on voit bien qu'il y a un véritable danger lié à l'autre. Alors même qu'Ulysse fait preuve d'une grande curiosité à l'égard des autres (c'est elle qui le perd chez les Lotophages puis les Cyclopes : « J'envoyai de mes compagnons pour s'informer quels étaient les mangeurs de pain qui vivaient là » (IX, 88-89), « sonder ces gens, apprendre qui ils sont, si ce sont des violent et des sauvages sans justice ou des hommes hospitaliers, craignant les dieux » (IX, 174-176). Une curiosité qui le pousse à pénétrer dans la grotte de Polyphème, à engager la conversation avec lui, et plus tard à vouloir écouter le chant des Sirènes. Mais cette curiosité est toujours doublée d'une sorte de méfiance vis-à-vis de l'étranger : Ulysse envoie des éclaireurs ou part en reconnaissance, prend ses précautions en mettant son navire à l'abri, en emportant une outre de vin…
D'ailleurs, on voit que la peur de l'autre est une réalité de
L'Odyssée : c'est la faim qui pousse Ulysse à se découvrir devant Nausicaa et ses servantes. En revanche, pour éviter toute réaction d'hostilité, Athéna l'enveloppe de « vapeur » afin qu'il puisse entrer dans la ville et arriver jusqu'à Alcinoos et Arétè. De la même façon, on constate que les Phéaciens sont un peuple accueillant mais méfiant. On apprend cette xénophobie par les Phéaciens eux-mêmes : « Nous vivons à l'écart au sein de la mer démontée, au bout du monde, et sans fréquenter d'autres hommes » (VI, 204-205) et, selon Nausicaa, son peuple « supporte mal ici les étrangers et ne fait pas très bon accueil { qui vous vient d'ailleurs » (VII, 32-33).
2) Non-humain / Inhumain
On se rend rapidement compte que ce qui oppose Ulysse aux « autres » qu'il rencontre, c'est la question de l'humanité au sens plein du terme. Dès les Lotophages, et surtout dès l'épisode du Cyclope, on voit que l'être humain est associé à des valeurs fondamentales de la civilisation grecque : piété religieuse, transmission culturelle, alimentation, mémoire, technologie… Ainsi, en mangeant la fleur de lotus des Lotophages, les compagnons d'Ulysse oublient qui ils sont et d'où ils viennent… Ils oublient le retour. L'épisode des Cyclopes est encore plus flagrant : ils ne connaissent pas l'élevage du bétail, ni l'agriculture, ni le vin, pas plus que l'art de construire des « vaisseaux bien pontés ». Ce sont des sauvages. Et on voit que, comme pour les Lestrygons, l'anthropophagie est une tare inconciliable avec la notion d'humanité. Les Cyclopes ne connaissent pas les assemblées, ni les lois, et la première d'entre elle est un tabou fondateur de la civilisation (occidentale) : le refus de l'anthropophagie Cette question du cannibalisme n'est pas anecdotique : si elle permet de dessiner la limite entre le monde civilisé et la sauvagerie chez les Grecs, on voit qu'elle réapparaît au XVI
ème siècle, lorsque Jean de Léry raconte dans son livre Histoire d'un voyage en la terre de Brésil qu'il a vu des sauvages dévorer, au cours de repas rituels, la chair de leurs adversaires : « Voilà donc ainsi que j'ay veu, comme les sauvages Amériquains font cuire la chair de leurs prisonniers prins en guerre : assavoir Boucaner, qui est une façon de rostir à nous incognue » (chapitre XV). Ce qui constituait une certitude pour Homère devient une interrogation chez le Montaigne des Essais : « Je pense qu'il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu'à le manger mort, […] le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux […] que de le faire rôtir et mangé après qu'il ait trépassé ». Au-delà du relativisme culturel qui fait écrire à Montaigne que « chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage », on voir que le cannibalisme de Polyphème est une authentique monstruosité : le cyclope dévore les compagnons d'Ulysse « vivants » et, en outre, il les engloutit crus, ce qui, selon l'anthropologue Claude Levi-Strauss, dans son ouvrage justement nommé Le Cru et le Cuit, marque l'archaïsme du personnage !Dans le cas de
L'Odyssée, on pourrait relativiser cette anthropophagie puisque Polyphème, en tant que cyclope, ne mange pas vraiment l'un de ses semblables. Mais quelles sont les créatures qui mangent des hommes, ce grand prédateur ? Il n'y a que les bêtes sauvages et les monstres (comme Scylla, par exemple). Ce qui doit paraître particulièrement horrible, c'est que ce cannibalisme constitue une forme d'anéantissement. Comme l'océan, le monstre engloutit le corps de l'autre. Il n'y a plus de cadavre auquel les proches vont pouvoir rendre un hommage funéraire. Au-delà, il y a une forme de réification puisque le cannibale ravale l'être humain au rang de nourriture, mi-bête mi-chose. On voit que ce qui fait l'homme, en tant qu'être humain, tient en grande partie à ce que le philosophe et sociologue Norbert Elias appelle « la civilisation des moeurs », c'est-à-dire le comportement que les hommes entretiennent en société (les fonctions naturelles comme dormir, se moucher, satisfaire ses besoins naturels, cracher —et certaines pratiques footballistiques qui se sont généralisées peuvent nous donner à réfléchir sur le degré d'évolution de notre civilisation— ; mais aussi les relations sexuelles —et on voit qu'Ulysse pratique toujours avec un partenaire consentant— ; et surtout les manière de table !).
III. De l'hospitalité
En ce sens, on peut voir que
L'Odyssée propose une sorte de modèle de conduite en matière d'hospitalité, qui ne se limite pas à simplement accueillir quelqu'un chez soi. Lorsqu'il aborde un nouveau rivage, Ulysse se demande : « Vais-je trouver des brutes, des sauvages sans justice, / Ou des hommes hospitaliers, craignant les dieux ? » (VI, 120-121). La notion d'hospitalité a donc à voir avec la piété religieuse. Qu'est-ce que l'hospitalité ? Durant l'Antiquité, cette notion dépasse la charité faite à un indigent ou la libéralité que l'on exerce en accueillant quelqu'un chez soi : il s'agit d'un droit réciproque de trouver logement et protection les uns chez les autres. L'hospitalité apparaît donc comme un véritable lien social, un échange et, pour reprendre l'expression de Norbert Elias, une manifestation particulièrement achevée de la civilisation des moeurs. L'homme sauvage se replie sur lui-même ; l'homme civilisé est ouvert à l'autre… L'Odyssée offre un tour d'horizon de la notion :
1. Qu'est-ce que l'hospitalité ?
1.1. Être hospitalier, c'est aider et faire plaisir
— on accueille ceux qui en ont besoin, « les mendiants, les étrangers » (VI, 207) et les suppliants (IX, 269) ;
— on fournit à l'hôte tout ce qui lui fait défaut : vêtements, nourriture, lit ; — en plus de subvenir aux besoins essentiels, l'hôte veut faire plaisir : « le moindre don leur fait joie » rappelle Nausicaa (VI, 208). Alcinoos et sa cour offre de nombreux et riches cadeaux à Ulysse, avant même qu'il ne révèle son identité. Le roi demande à Démodocos de cesser son chant lorsqu'il constate que celui-ci provoque les larmes d'Ulysse.
1.2. L'hospitalité est un devoir religieux
— pratiquer l'hospitalité, c'est honorer Zeus, « l'hospitalier, l'ami des hôtes respectables » dit Ulysse (IX, 271) ;
— l'hospitalité s'accompagne de libations en l'honneur des dieux (VII, 179-180) et de sacrifices rituels (VII, 191) ; — il faut traiter l'hôte comme un dieu, de peur que ce n'en soit vraiment un (VII, 199-200), car les dieux se mêlent parfois aux humains, les mettant ainsi { l'épreuve.
1.3. L'hospitalité repose sur une forme d'échange (don / contre-don)
— Les Phéaciens offrent de nombreux cadeaux à Ulysse, à tel point qu'un impôt sera réclamé au peuple (XIII, 10-15) ;
— la coupe d'or d' Alcinoos est offerte à Ulysse « afin que tous les jours il pense à moi » (VIII, 431) : le cadeau est un souvenir de l'hôte, et le témoignage de la dette que l'on a envers lui ;
— qu'offre Ulysse, l'errant, le naufragé, à ceux qui l'accueillent ? A Eole comme aux Phéaciens, il offre ses récits.
2. Les codes de l'hospitalité
2.1. L'hospitalité est codifiée, presque ritualisée : celui qui accueille offre bain, repas, libation, fêtes et jeux sportifs, préparation du lit dans un lieu de choix. C'est ce qu'Homère décrit longuement lors de l'arrivée d'Ulysse chez les Phéaciens, dans ces chants VII et VIII qui ne font pas avancer l'action et peuvent paraître inutiles… si ce n'est qu'ils offrent aux lecteurs / auditeurs de l'épopée le modèle de l'hospitalité ! Celui qui est accueilli a lui aussi des devoirs : « on ne défie pas qui vous accueille » rappelle Ulysse (VIII, 208), car il ne suffit pas de jouir de l'hospitalité, il faut aussi la respecter. Aussi l'étranger doit-il décliner son identité (mais l'hospitalité ne dépend pas d'elle), prier pour son hôte et lui souhaiter bonheur et prospérité (ce que fait Ulysse au chant XIII lorsqu'il quitte les Phéaciens).
2.2. La répétition de certaines scènes au cours du récit souligne lors caractère ritualisé : le bain, chez les Phéaciens (VI, 210 ; VIII, 4333) et chez Circé (X, 360) ; le repas (VII, 174 ; VIII, 469 ; XIII, 23) ; les « présents hospitaliers » (VIII, 389 ; XIII, 10).
2.3. Les règles de l'hospitalité sont régulièrement rappelées : chez Alcinoos, c'est l'homme le plus âgé qui indique comment il faut traiter Ulysse (VII, 159) ; plus loin, Alcinoos reproche à sa fille de ne pas avoir accompagné Ulysse au palais (VII, 299-301) ; enfin, Ulysse rappelle —mais en pure perte— les lois de l'hospitalité au cyclope Polyphème (IX, 266).
3. L'hospitalité en question : le cyclope et les Phéaciens
Il n'est sans doute pas anodin qu'à l'épisode du cyclope, qui marque le début des aventures maritimes d'Ulysse et son errance malheureuse, semble répondre celui des Phéaciens, qui marque la fin de l'errance d'Ulysse et son retour effectif chez lui : on y trouve exemple et contre-exemple de l'hospitalité grecque.
3.1. Les Phéaciens apparaissent naturellement comme un modèle d'hospitalité : roi, reine, Nausicaa, peuple entier, tous se montrent généreux et accueillants envers Ulysse. L'accueil d'Alcinoos est particulièrement frappant puisqu'il traite l'étranger (qui ne s'est pas encore fait reconnaître) comme un (beau-) fils : il l'assoit sur le fauteuil de son fils préféré (VII, 170) et lui offre d'emblée la main de sa fille (VII, 311). On note que tout est laissé au bon vouloir de celui qui est accueilli : « à condition que tu le veuilles : car aucun Phéacien n'ira te retenir contre ton gré » (VII, 315-316). On remarque qu'ils contribuent à redonner à Ulysse la place qui est la sienne : présents somptueux, navire qui le ramène à bon port. Il s'agit d'une hospitalité de rêve (d'ailleurs, Ulysse ne dort-il pas durant tout le voyage ?)… qui va coûter cher aux Phéaciens !
3.2. Tel qu'il apparaît dans le récit d'Ulysse, Polyphème est le négatif des Phéaciens en ce qu'il ne respecte aucune des lois de l'hospitalité : il en est même la parodie ! Au lieu d'accueillir et d'offrir un repas à ses hôtes, il s'en fait un repas ; le seul don qu'il propose à Ulysse est ironique : « Eh bien, je mangerai Personne en dernier et les autres d'abord. Voilà le don que je te fais ! » (IX, 369-370). Alors que les Phéaciens obéissent aux choix d'Ulysse, on voit que le Cyclope enferme ses hôtes et ne veut pas les laisser repartir (rocher qui obstrue l'entrée de la grotte, inspection des moutons, jet de rochers sur les navires). De ce fait, les rapports son inversés, bouleversés : Ulysse ment à son hôte quant à son identité et l'endroit où se trouve son navire ; de plus, c'est lui qui fait un présent à Polyphème, présent perverti puisque le vin s'avère perdre le cyclope. Enfin, on constate que cette « hospitalité » ne se passe pas sous les meilleurs auspices puisque le cyclope ne craint pas les dieux et qu'au lieu de bénédictions, ce sont des malédictions qui sont prononcées au départ d'Ulysse ! L'hospitalité et ses règles avaient déjà été traitées par Homère dans
L'Iliade : au chant VI, le Grec Diomède et le Troyen Glaucos n'avaient pu se battre parce qu'ils étaient « hôtes héréditaires » : le grand-père de l'un avait jadis accueillit le grand-père de l'autre, ce qui a suffit à tisser un lien inaliénable entre les deux familles… Pour ce qui est de L'Odyssée, on peut voir que ce thème de l'hospitalité est d'une importance considérable : le chaos qui règne à la cour ithacienne est due au fait que les prétendants ne respectent pas ces règles de l'hospitalité ; ils usent et abusent de la générosité de leur hôte, font preuve d'une arrogance insultante… De même, le retour d'Ulysse dans sa patrie va à nouveau montrer de quelle façon les règles de l'hospitalité sont respectées (par le plus humble des hommes, Eumée, le porcher) ou bafouées (à nouveau par les prétendants, qui ne font pas un très bon accueil à Ulysse, qui entre dans son palais sous les traits d'un mendiant). Si l'hospitalité est une règle d'or, une règle sacrée, on comprend peut-être mieux le déchaînement de violence et l'extermination des prétendants et de leurs complices.