Tout ce qu'il faut savoir sur l'argumentation pour l'examen de première.
Sur le blog d'un collègue se trouve cette fiche très complète pour réviser ce qu'il faut connaître de l'argumentation. Vous y trouverez tout ce que nous avons expliqué en cours et même davantage! Les définitions de mots sont à apprendre par coeur.
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Fiche sur l'objet d'étude: "Convaincre, persuader, délibérer"
Fiche sur l'objet d'étude : « Convaincre, persuader, délibérer »/ Argumentation
I - Les acquis de la classe de 2nde :
Théoriquement, en classe de seconde, vous avez traité l'objet d'étude suivant : « Démontrer, convaincre, persuader ».
Il s'agissait de vous faire percevoir et comprendre les différences, mais aussi les liens entre ces trois verbes.
- démontrer : il s'agit de prouver, nous sommes dans le domaine des données vérifiables (proche d'une démarche scientifique).
- Convaincre : il s'agit de faire passer une thèse, une idée en s'appuyant sur des arguments rationnels
- Persuader : il s'agit de faire passer une thèse mais en s'appuyant sur des facteurs affectifs
Il s'agissait de comprendre les différentes démarches argumentatives, leurs effets sur le destinataire, et de renforcer l'approche des genres et des registres (notamment étude du registre polémique). L'accent aura été mis sur la différence entre un mode argumentatif rationnel et un mode argumentatif affectif.
II - En classe de 1ère :
Il s'agit de savoir distinguer les verbes convaincre, persuader et délibérer, mais aussi de savoir distinguer l'argumentation directe de l'argumentation indirecte, à travers les problèmes que posent les différentes formes de l'essai, de la fable ou du conte philosophique. Il s'agit toujours d'analyser les démarches argumentatives et leurs effets sur le destinataire. Il s'agit de bien comprendre que le texte argumentatif est le lieu d'un dialogue avec l'auditoire (ou le lecteur).
- un nouveau verbe est introduit : délibérer. La délibération consiste en la confrontation de points de vue divers visant à la constitution de son propre jugement, par un individu ou un groupe.
- Une nouvelle notion : l'argumentation indirecte. Cette dernière suppose une prise de position implicite, elle vise à susciter l'adhésion par l'agrément, le plaisir.
Savoir distinguer argumentation directe et indirecte :
Dans l'argumentation directe, le discours se signale explicitement comme tel, contrairement à l'argumentation indirecte. C'est cet élément qui permettra de distinguer l'essai (argu directe) de l'apologue (fable, conte), récit fictif (argu indirecte).
L'argumentation a partie liée avec d'autres objets d'études. Elle intervient souvent, par exemple, dans les dialogues de théâtre. On parle aussi de monologues délibératifs lorsqu'un personnage fait le point sur sa situation et cherche quelle attitude adopter et quelle décision prendre face à une difficulté.
Il s'agit également de comprendre que l'argumentation peut appartenir au non- littéraire (articles de presse, dessins de presse, publicités) comme au littéraire.
III - Allons plus loin :
L'argumentation comprend l'ensemble des moyens verbaux qui permettent d'emporter ou de renforcer l'adhésion de l'auditoire ou du lecteur à une thèse ou à une vision des choses.
Les recherches actuelles tendent à considérer que l'argumentation ne se limite pas au discours et que tout échange verbal comporte toujours une dimension plus ou moins argumentative.
Une œuvre argumentative répond à plusieurs visées : convaincre, persuader, démontrer ou délibérer (qui peuvent se mêler).
- démontrer et convaincre : on fait appel à la raison de lecteur. On recourt à un raisonnement construit de manière logique (importance des connecteurs logiques). On appuie ce raisonnement sur des arguments qui auront valeur de preuves (des idées, du domaine de l'abstrait souvent) que l'on illustre par des exemples. Démontrer consiste à prouver la vérité d'une hypothèse par un raisonnement DEDUCTIF et des preuves indiscutables. Laisse transparaître le moins possible la subjectivité.
- Persuader : on use de moyens détournés, faisant appel aux sentiments, pour gagner l'adhésion de son interlocuteur. On use alors souvent du registre satirique pour se moquer de son adversaire, du registre polémique pour porter une attaque contre une idée ou une personne, ou du registre pathétique pour susciter la compassion, la pitié.
- Délibérer : signifie discuter, avec soi-même ou avec d'autres, ceci afin de prendre une décision ou d'émettre un avis sur une question précise. Le message se construit progressivement à partir des positions des différents interlocuteurs, des confrontations entre les différents points de vue.
- Justifier : on développe un point de vue en l'expliquant et en prouvant sa validité par des arguments et des exemples
- Réfuter : on repousse un argument ou une thèse en prouvant qu'ils ne sont pas valables
- Concéder : c'est reconnaître qu'une partie de la thèse adverse est valide, pour ensuite, réfuter le reste de la thèse. C'est un bon moyen de convaincre dans la mesure où la concession permet d'entrer dans le raisonnement de l'adversaire pour mieux le dépasser.
- Un réquisitoire : discours prononcé pour accuser
- Un plaidoyer : discours visant à défendre
- Implicite = ce qui est sous-entendu, présupposé
- L'ironie : du grec « eironeia » qui signifie « interrogation ». Le terme doit son sens précis à la méthode de Socrate qui feignait l'ignorance pour faire ressortir l'ignorance réelle de son interlocuteur. C'est une manipulation du sens. On feint de dire le contraire de ce que l'on pense, en espérant que l'interlocuteur comprendra bien ce que l'on pense vraiment.
- Polémique : c'est un discours agressif (du grec polémos qui signifie « guerre »). C'est aussi un registre. Le discours polémique nomme et cite l'adversaire, s'attaque à sa personne, le discrédite en recourant notamment à l'ironie, à la caricature, à la violence verbale (on peut trouver ce registre dans le pamphlet et le réquisitoire notamment).
- Raisonnement déductif : il part d'une hypothèse pour en déduire les conséquences
- Raisonnement inductif : il part de l'observation d'un cas particulier pour établir une cause générale ou aboutir à une vérité générale
- Raisonnement par analogie : il s'agit de rapprocher deux domaines particuliers dont l'un est familier au destinataire (en gros on compare, on établit des relations). Importance alors de la métaphore.
- Raisonnement par l'absurde : consiste à montrer qu'une thèse est fausse parce que si on l'admettait comme valable, ses conséquences seraient absurdes
- Raisonnement causal : est un raisonnement qui établit un lien entre la cause et les effets
Le discours argumentatif est par nature POLYPHONIQUE puisqu'il est le lieu d'un débat entre plusieurs thèses. Pour identifier les positions des différents locuteurs on s'appuie sur les pronoms personnels, la ponctuation, les connotations des termes employés, le lexique appréciatif ou dépréciatif, les procédés de modalisation (certainement, peut-être, questions, conditionnel ...).
Il est donc fondamental de s'intéresser à la dimension DIALOGIQUE du texte argumentatif, c'est à dire de s'interroger sur l'interaction entre le locuteur et le ou les destinataires. Il faut aussi s'intéresser à l'image de celui qui parle et l'idée qu'on se fait de ceux à qui il s'adresse.
Un peu d'histoire :
L'argumentation est née au V° siècle avt JC, en Grèce, société démocratique de la l'antiquité, dans laquelle il était donc important de pouvoir influencer les choix et les décisions des citoyens. Aristote en propose une théorie dans son ouvrage la Rhétorique, au IV° avt JC. Elle est alors comprise comme un discours destiné à mener vers certaines conclusions un public non spécialisé, par le moyen d'un raisonnement. Dans ce contexte de la démocratie, on constate que l'argumentation a des ses origines partie liée avec la liberté, mais aussi avec l'affrontement (on cherche à régler les conflits par la parole).
A l'époque la rhétorique désigne l'art de bien dire dans le but d'agir sur autrui. C'est l'art de convaincre, le domaine de la parole efficace.
L'argumentation, à l'époque, repose sur l'éloquence, puisque tout se situe à l'oral. On dénombre alors 3 types d'éloquence qui servent encore à l'analyse des textes argumentatifs aujourd'hui :
- le délibératif : qui se propose de prendre une décision
- le judiciaire : qui porte un jugement
- l'épidictique qui souhaite évaluer, qui distribue des blâmes ou des louanges
Le discours repose sur 3 types de preuves :
-les preuves éthiques : qui cherchent à plaire, à disposer favorablement l'interlocuteur
- les preuves pathétiques : qui cherchent à mobiliser les émotions de l'auditoire
- les preuves logiques : qui aspirent à démontrer.
V - Les genres de l'argumentation :
A - argumentation directe :
- l'essai : exercice de réflexion littéraire dont l'initiateur fut Montaigne au XVI°. L'auteur, sans chercher à être exhaustif (absolument complet), propose ses réflexions. Il se caractérise par la présence affichée et affirmée du « JE ». Attention : ce n'est pas une écriture intime, mais un discours argumenté dans lequel l'auteur s'adresse à ses contemporains. Ce genre comporte un caractère fortement SUBJECTIF, puisqu'il se nourrit de l'expérience de son auteur. L'essai est donc ancré dans un contexte, un temps et un lieu particuliers. Le genre est libre dans sa forme, il est en prose et présente souvent une pensée en cours d'élaboration, ce qui peut justifier une certaine discontinuité dans les idées (l'auteur peut passer du coq à l'âne). Il s'agit souvent pour l'auteur de proposer au lecteur des pistes de réflexion à partir desquelles il se forgera sa propre opinion. Le mot apparait avec Montaigne vers 1571/72. Il vient du latin « exagium » qui signifie « balance, pesée sur un instrument « et au XV° « épreuve, expérience ». On constate donc le lien avec la délibération (qui consiste en une pesée des différents points de vue). Ce type d'écriture est une sorte de mise à l'épreuve de l'auteur face à ses idées et à ses expériences. On peut parler d'une littérature d'idées, d'une littérature critique qui s'interroge sur le MOI, le monde ou sur la littérature elle-même. Il ne s'agit pas de confondre avec un récit autobiographique : l'essai insiste sur les desseins, les intentions et les pensées et non sur les actes et les événements. La lettre, genre amplement pratiqué dans l'antiquité se rapproche de l'essai. L'essai répond à une volonté de rompre avec une approche normative. Il veut témoigner de ce qu'une question peut être abordée de plusieurs biais. La présence du « JE » est inséparable de celle du « TU », le lecteur. L'essai, de ce point de vue se rapproche du sermo, conversation entre amis, en vogue au XVII°. C'est un art de la sociabilité. L'auteur cherchera d'ailleurs à séduire le lecteur par des traits d'humour, la satire, le recours au paradoxe (pour choquer)
- Le pamphlet : à l'origine le mot désigne un mode de diffusion, un ouvrage court et bon marché, distribué sitôt imprimé, abordant d'un sujet d'actualité sur un ton polémique. Le pamphlet ignore les règles de la bienséance : on y rencontre des invectives personnelles. Il s'agit d'anéantir l'adversaire.
- Le dialogue : du grec « dialogos » qui signifie non pas deux mais « parole qui circule ». dans ce cas il s'agit de la transcription littéraire au style direct d'une conversation réelle ou fictive, qui peut constituer un genre autonome s'il occupe la totalité de l'œuvre, qui sera alors de nature argumentative. Dialogue philosophique ou d'idées, il repose sur le principe d'une confrontation de laquelle doit émerger une vérité (CF. Diderot Entretiens de d'Alembert »). Le dialogue permet de refléter la diversité des opinions. Il propose en quelque sorte une mise en scène de l'art d'argumenter. On repèrera des marques de la spontanéité et de l'oralité (ponctuation expressive par exemple). Efforts pour donner des équivalences lisibles de la parole échangée. Il a souvent une fonction DIDACTIQUE. Ce genre antique, s'est renouvelé au XVIII°, avec le développement des Salons. IL s'agit par opposition à la rhétorique classique de développer une parole plus naturelle, spontanée. Le dialogue devient vraiment espace de débat qui cherche à tempérer l'absolutisme politique. Le XVIII° = âge d'or de la conversation. Le genre connaît un recul au XIX°, puis nouvel essor au XX°.
- La lettre ouverte : associe la forme de la lettre au pamphlet. L'exemple le plus célèbre est sans doute le fameux J'accuse d'Emile Zola au moment de l'affaire Dreyfus. L'auteur s'adresse directement au destinataire, mais il rend le contenu de sa lettre public, en la publiant le plus souvent dans la presse. Le destinataire en est donc double : la personne à laquelle elle est adressée, mais aussi le public. Le destinataire peut être un personnage fictif qui endossera alors une dimension symbolique.
B - Argumentation indirecte :
- le conte philosophique : ce genre est né au XVIII°. récit faisant souvent une place au merveilleux (mais pas obligatoirement) et s'accompagnant d'une réflexion (cf. Contes de voltaire).
- La fable : récit bref mettant en scène des animaux, des végétaux, des objets ou des humains, narrant une anecdote fictive et renfermant un enseignement moral, explicite ou implicite. Elle attend du lecteur la capacité à déchiffrer une situation à partir de sa mise en intrigue
- L'apologue : le terme désigne tout visée de fiction ayant une visée argumentative. On distingue généralement une partie narrative et une moralité. Il est en vers ou en prose. Ce genre utilise le détour pour instruire. Il comporte un double statut : narratif et démonstratif. Il présente une double vertu : procure un plaisir élémentaire et une nourriture intellectuelle et morale. Ceci explique pourquoi Platon, qui avait banni Homère et les poètes de sa cité idéale dans La République, conservait Esope, auquel il réservait même une place essentielle. On associe le DOCERE et le PLACERE. Le narrateur joue de la duplicité du texte. Il s'agit de persuader le destinataire d'adopter une conduite acceptable par la DOXA, soit la norme en vigueur.
- La parabole : du grec « parabolé » qui signifie « comparaison, rapprochement ». Le mot est d'abord employé pour les récits allégoriques qui, dans la Bible, sont porteurs d'un enseignement moral. Ils sont simples, inspirés de la vie quotidienne, afin d'être aisément compris de tous. Ils se distinguent également par leur brièveté (ex : le Bon Samaritain). Par extension, le mot désigne un récit porteur d'un enseignement moral, qui se distingue de l'apologue par sa tonalité religieuse (tonalité qui dans les temps modernes peut être remplacée par un message historique ou politique comme La ferme des animaux de Georges Orwell).
- L'utopie : du grec « ou » qui signifie « non » et « topos » qui signifie « lieu » : le mot désigne un monde imaginaire, idéal dans lequel les hommes vivraient en parfaite harmonie. Implicitement l'utopie critique la société réelle à laquelle appartient l'auteur. On peut mentionner « l'abbaye de Thélème » de Rabelais qui propose un lieu d'enseignement idéal par opposition à la pédagogie dispensée au XVI°. Au XX°, on dénombre davantage de contre-utopies (cf. 1984 de Orwell, Le meilleur des mondes de Aldous Huxley).
- Le fabliau : texte court en vers, qui développe une petite histoire pour en tirer souvent une petite leçon. Genre en vogue au Moyen âge. Ce sont des histoires à rire qui s'opposent à la littérature sérieuse de l'époque
Dans ces différents genres, la pensée n'est pas assénée de manière dogmatique. L'écrivain propose et le lecteur dispose.