Penser après les cours...!

Talisma Nasreen, femme écrivain qui risque la mort dans son pays

Par cyberblaise - publié le lundi 29 novembre 2010 à 21:52

Pour les 2nde6 qui travaillent sur la censure et le rôle de la littérature dans la société, pour les 1ST2S3 qui travaillent sur la condition féminine, ce documentaire sur l'écrivain Talisma Nasreen qui est menacée de mort par les fondamentalistes islamistes et contrainte à l'exil:

http://videos.arte.tv/fr/videos/taslima_nasreen_sans_domicile_fixe-3551394.html



Tallisma Nasreen : Femmes, manifestez-vous! Paris, Des Femmes,

1994,106 p.

Compte rendu de ce livre:

En 1993, Taslima Nasreen a vu son ouvrage Lajiya (La honte) banni par le

gouvernement de son pays d'origine, le Bangladesh. Cette oeuvre de fiction, où

elle raconte les atrocités commises par une famille musulmane envers son

voisinage hindou, a été perçue comme une critique de l'Islam, qui encourageait

l'incompréhension et la violence.

L'auteure fait référence à ce fait dans l'un des articles du recueil présenté

ici : elle y explique que son oeuvre était basée sur un fait vécu et que la religion

sert trop souvent à diviser les humains. Femmes, manifestez-vous! est en fait une

anthologie d'articles parus en 1989 et en 1990 dans la presse. Si ces articles ont

connu un grand succès dès leur parution, ils ont aussi attiré l'attention des

intégristes musulmans sur leur auteure, qui a été l'objet d'une condamnation à

mort de leur part, la forçant à l'exil, et d'accusations de la part du gouvernement

pour outrage à la religion.

Les textes présentés dans le recueil visent à dénoncer les diverses

facettes de l'oppression des femmes au Bangladesh, en particulier en ce qui

concerne la religion et la société islamiques. Les articles, très courts, sont

manifestement conçus pour provoquer la discussion et l'action. Certaines

constatations peuvent parfois sembler simplistes si l'on oublie de les replacer

dans le contexte où vivait Taslima Nasreen. En effet, les femmes restent au

Bangladesh des êtres subordonnés. Nasreen en donne un exemple frappant

lorsqu'elle raconte une visite à l'entrée d'un cimetière interdit aux femmes comme

aux animaux (p. 27) : « Elles n'ont donc le droit d'entrer dans un cimetière que

lorsqu'elles sont mortes. Serait-ce que la mort leur permet enfin d'être libres ? ».

Les femmes doivent être soumises à leur mari et accepter d'être traitées en

inférieures. L'ouvrage de Nasreen en fournit de nombreux exemples. En tant

qu'êtres dépendants, les femmes sont perçues comme marginales si elles

affirment un tant soit peu leur indépendance ou leur intelligence : on ne

s'intéresse au voyage en Inde de l'auteure, dans une conversation, que pour

savoir quel homme l'accompagnait; les femmes, même instruites (20 p. 100

seulement des femmes savent lire), ne lisent pas, n'affirment pas leurs opinions,

puisque, si elles le font, elles sont rejetées, ignorées ou même violentées.

L'auteure aborde diverses facettes de la violence envers les femmes. Elle

rapporte l'humiliation des femmes souvent appelées « pute », « pourriture »

(nashta), des femmes traitées en objets publicitaires (p. 88) : « Comme les

vêtements sont posés sur des cintres dans les armoires, certaines femmes sont

accrochées à des cintres invisibles chez leur mari, qui les utilisent en cas de

besoins ». Elle raconte des expériences de violence quotidienne qu'elle a elle-même connues ou qu'ont vécues des femmes proches : brûlures de cigarette

par un passant, harcèlement dans la foule, mais aussi femmes violées par

plusieurs hommes, défigurées au vitriol, brûlées par une écharpe mise à feu par

un passant, contaminées par leur mari qui visite les prostituées. L'auteure parle

aussi de la violence conjugale, des femmes battues ou violées par leur mari et

dont les cris, entendus à travers le voisinage, ne suscitent aucune réaction

puisque certains écrits religieux le permettent - ou du moins sont interprétés en

ce sens. La religion musulmane est montrée par l'auteure comme un moyen

central d'oppression des femmes. Rites, prières, coutumes et lois, tout contribue

à leur humiliation (p. 20) : « un mari a tous les droits sur sa femme, a dit Allah; elle

lui appartient ».

Nasreen aborde également deux questions débattues mondialement : le

port du voile islamique et la généralisation de l'échographie. Au Bangladesh, les

femmes portent le purdah, un voile de deux à trois mètres qui enveloppe le corps

entier et dont le port est justifié selon la religion comme un moyen d'éviter aux

hommes d'être tentés par les femmes. Cependant, l'auteure affirme que cette

croyance déresponsabilise les hommes quant à leurs actes et limite les femmes

(p. 40) : « C'est quand surgit la violence de l'âge noir que les humains se

cachent pour échapper à leurs semblables ». Surtout, « ce n'est pas en faisant

porter aux femmes la responsabilité de l'obsession des hommes ni en les

obligeant à s'enfouir dans des vêtements religieux que l'on construira une

société moderne capable d'améliorer le sort de tous ».

L'utilisation de l'échographie pour choisir d'avorter les foetus féminins est

une tendance tragique mais nette dans les pays où les femmes sont peu

valorisées. Si au Bangladesh la coutume de brûler les femmes sur le bûcher

funéraire de leur mari est en voie de disparition, l'utilisation de l'échographie en

perpétue l'esprit, selon Nasreen (p. 30) : « On continue à brûler vives les

femmes sur les bûchers de la dot, de l'oppression, de la tradition, des lois et de la

religion ».

C'est pourquoi Taslima Nasreen en appelle à la solidarité et à la mobilisation

des femmes. Lorsqu'on habite l'Occident, lorsqu'on sait ce que l'auteure a subi

pour s'être exprimée, la fin de la lecture de son courage nous laisse désemparée.

Comment est-il possible qu'encore aujourd'hui des femmes vivent ainsi ? Si

Taslima Nasreen appelle à l'action les femmes de son pays, la lecture de son

recueil est aussi un incitatif à la solidarité internationale (p. 13) : « Femmes,

libérez-vous des morsures de la peur pour vous tenir debout, droites et fières ».

France Gagnon

Diplômée en études féministes

Université Laval


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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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