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LES TEMPS HOMERIQUES

Par IVallejoMalgouyres - publié le mardi 23 novembre 2010 à 23:39 dans Terminale Littérature

Lisez cet article sur le contexte historique et l'espace géographique du temps d'Homère et répondez aux questions.


Les temps homériques

Les temps homériques

 

L'Odyssée entrelace plusieurs temps : celui des faits rapportés ce fameux XIIe siècle de la légendaire Guerre de Troie, celui de la composition que l'on suppose de quelques trois cents ans postérieur et dont ces poèmes restent le seul témoignage oral, puisqu'ils n'ont été mis par écrit qu'après coup, et enfin le temps intemporel de la fable poétique.

 

1. Le temps des faits rapportés : le monde mycénien (XVIe-XIIe siècle avant J.-C.)

 

a. La guerre de Troie : la légende

 

Ulysse est un des héros de la guerre de Troie. Comme les autres Grecs qui accompagnèrent Agamemnon pour reprendre aux Troyens Hélène, femme de Ménélas, enlevée par Paris-Alexandre, l'un des fils du roi de Troie Priam, il figure au catalogue des vaisseaux du chant II de l'Iliade, a la tête des douze navires sur lesquels il quittera Troie, dix ans plus tard, avant d'accoster au pays de Cicones comme on le voit au chant IX de l'Odyssée. C'est sa ruse finale, celle du cheval de Troie, qui a permis aux Grecs d'en finir avec ce siège qui s'enlisait depuis dix ans. Mais il avait aussi volé, avec l'aide de Diomède, le roi de Tirynthe, le Palladion, cette statue d'Athéna qui avait été donnée à Dardanos, le premier roi de Troie, et qui rendait la ville imprenable. Poursuivis par la colère de cette déesse, les Grecs ne purent rentrer facilement dans leurs patries respectives ; Ulysse aura de plus à essuyer la colère de Poséidon, une fois qu'il aura aveuglé le fils de ce dieu, le cyclope Polyphème.

L'Iliade et l'Odyssée sont les plus vieilles sources écrites qui font mention de cette guerre qui est devenue une des plus fameuses de notre culture. Cette guerre, entreprise par des guerriers grecs de la fin de l'époque mycénienne pour rendre à Ménélas, roi de Sparte, son épouse infidèle, la plus belle femme du monde — qu'Aphrodite avait promise à Paris parce qu'il l'avait proclamée plus belle qu'Héra et Athéna —, semble se faire l'écho de la dernière grande entreprise de cette civilisation mycénienne appelée à disparaître brutalement à la fin du XIIe siècle après avoir brillé pendant plus de trois siècles.

 

b. La civilisation mycénienne : l'histoire

 

Elle tire son nom de la ville de Mycènes que redécouvrit, en 1876, Heinrich Schliemann, un marchand allemand retiré des affaires qui s'improvisa archéologue et fonda ses recherches sur la lecture attentive des textes homériques : il voulait prouver qu'il s'agissait bien là de la ville d'Agamemnon. Il fut le premier à trouver le Cercle de tombes A et leurs trésors exceptionnels composés d'objets en or, en argent, en ivoire, en cristal et surtout des masques d'or parmi lesquels il crut reconnaître celui d'Agamemnon ; on le sait à présent, ces masques sont beaucoup plus anciens : ils datent des débuts de la période mycénienne, le XVe siècle av. J.-C., et non de 1183, date communément retenue par les historiens antiques pour la chute de Troie. Dès 1870 Schliemann avait également entamé des recherches sur la colline d'Hissarlik, au nord-ouest de l'actuelle Turquie, pour y retrouver Troie ; ces fouilles, qui durèrent vingt ans, découvrirent neuf villes antiques superposées : il identifia la septième, détruite vers 1250 av. J.-C., comme la ville des récits homériques. Il avait également fouillé Ithaque et Tirynthe. Peu après, sir Arthur Evans fouilla les ruines du palais de Cnossos, en Crête, mettant au jour la civilisation qu'il appela minoenne (3000-1 350 av. J.-C.), dont la civilisation mycénienne s'était fortement imprégnée. C'est d'ailleurs toujours en se fondant sur la lecture du texte qu'un Américain, Cari Blegen, trouva en 1939 le site du palais de Nestor, « palais des sables » sans muraille, à l'instar du palais de Cnossos et à la différence des autres palais mycéniens : les fouilles interrompues pendant la guerre reprirent dans les années cinquante et on mit à jour un palais mycénien dont le dessin est parfaitement conservé, détruit d'un coup dans un incendie après avoir été abandonné soudainement : son mégaron bien conservé, où Télémaque fut peut-être reçu, son mobilier très riche et les nombreuses tablettes qu'on y a trouvées, écrites en linéaire B et semblables à celles qu'on avait trouvées à Cnossos, ont été une contribution appréciable dans la connaissance de cette civilisation.

Cette civilisation mycénienne, que les textes homériques appellent achéenne, se développe du XVIe au XIIe siècle avant notre ère, principalement dans le Péloponnèse et le sud de la Grèce continentale, avant de s'étendre à la Crête, sans doute conquise par eux vers 1450, et sur les côtes de l'Asie Mineure. Plus de quatre cents sites ont été localisés en Grèce. Elle se caractérise par son organisation palatiale et ses villes fortifiées, entourées de murs dits cyclopéens du fait de la taille monumentale des pierres qui les composent. Mycènes, mais aussi Argos, Tirynthe, Pylos, Midée, dans le Péloponnèse, Orchomène, Thèbes, Gla et Athènes en Grèce centrale furent les principaux centres de cette époque et ce sont bien eux entre autres qui, chez Homère, ont fourni des contingents à la flotte qui partait à Troie. Ces villes étaient riches comme en témoignent le mobilier et l'or des tombes funéraires retrouvées à Troie comme à Mycènes. Elles étaient aussi guerrières si l'on en juge par les inventaires des tablettes en linéaire B et les restes de fresques qui décoraient les murs de ces palais.

Mais ces peuples pratiquaient l'inhumation et non l'incinération comme on le voit dans l'Iliade. Les tombes à tholos, dont l'exemplaire le plus célèbre est le tombeau dit d'Atrée à Mycènes, tombes composées d'une chambre circulaire voûtée, creusée à flanc de colline, à laquelle on accède par un chemin, le dromos, fourmillent dans la campagne péloponnésienne, souvent de taille plus modeste il est vrai que celle de Mycènes.

Les palais étaient construits autour d'un mégaron, salle principale du palais, celle où Ulysse est accueilli par Alcinoos et sa femme Arête : rectangulaire, elle est occupée par un foyer central entouré de quatre colonnes et dessert le reste des appartements, décorés de fresques de type minoen. De nombreux magasins s'y trouvent, où l'on stocke des marchandises qui semblent destinées à l'exportation. Le compte de ces marchandises est tenu sur des tablettes d'argile, rédigées dans une langue commune aux palais grecs et au palais de Cnossos dans sa dernière période, le linéaire B. Cette langue est une forme ancienne du grec et fut déchiffrée en 1952 par Michael Ventris. La découverte de tablettes en linéaire B en Grèce et en Crête semble bien confirmer l'occupation de la Crête par les Achéens en même temps que le caractère spécifiquement grec de la civilisation mycénienne. Les Crétois avaient en effet utilisé avant cette période le linéaire A, langue qui ne semble pas indo-européenne et qui n'a pas encore été déchiffrée. Ces comptes de palais apportent également des informations sur l'organisation de type bureaucratique et hiérarchique, sur l'organisation politique et économique et même sur le panthéon mycénien.

Pourtant, cette civilisation florissante disparaît soudainement dans la seconde moitié du XIIe siècle. Troie est ravagée vers 1250 ; vers 1200, Mycènes, Pylos et d'autres cités du sud de la Grèce sont incendiées ; vers 1125, les grandes citadelles de Mycènes et de Tirynthe sont détruites, peut-être par une vague d'envahisseurs doriens : l'Attique et l'Eubée semblent avoir été épargnées par cette invasion. Le bouleversement fut sans doute grand, puisque cette civilisation raffinée disparut, avec sa langue, son écriture et son organisation palatiale. Cette disparition rapide et complète reste mystérieuse et nous prive de tout document écrit pour les quatre siècles qui suivent, si l'on excepte nos deux poèmes homériques.

 

c. Le mycénien dans l'Odyssée

 

Si la civilisation mycénienne a péri brutalement, il est impossible que des traces n'en soient pas restées dans les mémoires comme dans l'environnement. Des ruines subsistaient : Pausanias, au IIe siècle après J.-C, décrit encore les ruines de Mycènes, sans savoir à qui attribuer ces constructions.

Les récits des exploits guerriers de ces peuples ont pu déjà être racontés dans les palais mycéniens, qui ont pu avoir leurs aèdes, leurs légendes cultuelles, comme on le voit chez Homère. Ces récits ont pu se transmettre, s'enrichir et se modifier au contact d'un mode de vie nouveau, de voyages et de l'arrivée de populations elles aussi nouvelles. Il n'est donc pas impossible que les poèmes homériques aient conservé un fonds mycénien, de source orale bien entendu.

À cette source ont pu être repris les noms des citadelles : Mycènes, Tirynthe, Sparte, Pylos et la Crête ont laissé leurs ruines et leurs objets, gobelets d'or, armes, trépieds de bronze, parures féminines en or et en ivoire. Les peintures mêmes ont pu laisser le souvenir du char mycénien dont on connaît encore l'existence dans l'Iliade, sans plus en connaître l'usage : les guerriers l'y utilisent comme un taxi pour se rendre sur le lieu d'un combat qu'ils mènent à pied. L'usage du bain donné à Ulysse dans une salle attenante au mégaron semble aussi attesté par les baignoires en terre cuite décorée que l'on a retrouvées à Pylos par exemple. La coquetterie de femmes, les jeux, les bateaux sont représentés sur les peintures de Cnossos et de l'île de Santorin, détruite par une éruption et redécouverte en 1966.

Le panthéon mycénien semble également s'être imposé aux poètes homériques et être à l'origine de la religion grecque de l'époque classique, puisque sont bien mentionnés sur les tablettes mycéniennes Zeus, Poséidon, Héra, Athéna, Artémis ou Hermès. Toutes ces divinités sont le plus souvent citées à propos du recensement des offrandes.

La langue homérique est elle-même susceptible d'avoir repris aux Mycéniens, non seulement des termes, comme le wanax, que les tablettes présentent comme le chef suprême, et qui devient l'adjectif anax qu'Homère emploie pour caractériser les dieux ou même Agamemnon, tandis que le basileus, simple chef local de la hiérarchie mycénienne, deviendra le roi grec du monde homérique, mais aussi un certain nombre d'épithètes homériques, et souvent les plus obscures, comme celle d'Hermès argeiphontès, littéralement, meurtrier d'Argos, que Jaccottet traduit par éblouissant (V, 43), ou d'Héra boôpis, soit aux yeux de bœuf, ce qui reste peu flatteur. Peut-être même certains de ces adjectifs étaient-ils déjà obscurs au temps d'Homère.

Le monde mycénien constitue donc bien une toile de fond de la poésie homérique, avec la survivance d'objets, de palais fastueux comme celui des Phéaciens, mais aussi avec ses dieux et la conservation d'éléments thématiques et linguistiques épars. Mais ces survivances sont obscurcies et déformées par l'éloignement et l'oubli et font l'objet d'un réemploi qui prend son sens dans le temps de la composition.

 

 

2. Le temps de la composition : les âges dits obscurs (XIe-VIIe siècle avant j.-C.)

 

Il semble évident que le temps de la composition des poèmes homériques imprègne lui aussi le texte en parasitant son historicité et peut nous renseigner surtout sur l'époque qui le fixe. Mais la difficulté s'augmente de ce que nous ne savons rien de ce temps, faute de traces écrites ou archéologiques. La destruction brutale des palais mycéniens a, de fait, emporté avec elle l'organisation palatiale et bureaucratique, la construction en pierre, en même temps que la connaissance de l'écriture.

 

a. La destruction

 

De grands bouleversements marquèrent le XIIe siècle, tant en Grèce que dans le monde égéen et en Orient. La Méditerranée fut secouée par de nombreux mouvements de populations, connues selon la tradition égyptienne sous le nom de « peuples de la mer ». Une stèle du règne de Ramsès II, en 1191, énumère la liste des gens venus attaquer le delta ; parmi eux figurent les Akawash, qui pourraient être les Achéens, venus se joindre à d'autres envahisseurs. C'.est aussi l'époque, en Anatolie, de l'effondrement de l'empire hittite dont les archives mentionnent le puissant royaume d'Akhiyawa ; certains documents semblent même faire allusion à une alliance des Hittites avec une certaine Wilusa, qui pourrait être Ilion et qui craint une attaque des Akawash. Après le déclin de la puissance hittite, la Méditerranée semble parcourue de pirates et de bandes armées qui cherchent à s'installer sur de nouvelles terres.

Il est impossible de décider à ce jour si la puissance mycénienne a périclité du fait de cette situation qui aurait mis son commerce aux abois et l'aurait ruinée. On avance des causes diverses pour expliquer ce déclin. Les anciens, dès Thucydide, en accusaient l'invasion de Doriens venus du sud de la Russie, détruisant tout sur leur passage, faisant fuir les populations rescapées à leurs attaques vers les Cyclades et l'Asie Mineure, actuelle Turquie, en épargnant, semble-t-il, Athènes et l'Eubée ; d'autres mettent en cause une crise intérieure, une révolte de palais, qui serait née du soulèvement du petit peuple écrasé par le système trop rigide de l'administration mycénienne ; on invoque aussi, mais avec assez peu de vraisemblance, séismes ou changements de climat.

Quoi qu'il en soit la disparition brutale des palais et de l'organisation sociale qui en résultait reste mystérieuse et nous laisse dans l'incertitude de ce que furent les causes, mais aussi les conséquences de ce phénomène sur l'époque qui suivit.

Reste la certitude de l'existence de grands mouvements de populations dans tout le bassin méditerranéen pendant cette période : les errances d'Ulysse pourraient en être l'écho.

 

b. Les migrations

 

Après l'effondrement du monde mycénien, la densité de la population diminue considérablement et certaines régions de Grèce sont presque désertées, comme la Laconie ou la Messénie. On ne compte plus que 40 sites occupés au XIe siècle pour 400 au XIIIe. On note parallèlement la présence de réfugiés achéens en Attique, en Eubée, à Chios, à Chypre et sur les côtes de l'Anatolie et leurs îles avoisinantes, voire même dans la Méditerranée occidentale ; chaque groupe semble se replier sur lui-même et vivre en autarcie sous l'autorité du chef local, le basileus mycénien, personnage subalterne qui trouve ainsi ses lettres de noblesse dans l'organisation archaïque de la cité grecque, comme on le voit chez Homère. Alcinoos, entouré d'une aristocratie qui l'assiste et qui lui est soumise, en constitue le modèle idéal, tandis qu'à Ithaque, on en mesure les difficultés puisque l'autorité d'Ulysse est combattue et contestée par les prétendants ; il ne faut pas moins que l'entremise d'Athéna pour rétablir un peu d'ordre. Mêles aux populations locales, les Grecs se répartissent en fonction de leur dialecte, les uns parlant l'éolien, installés en Éolide, au nord de la côte de l'Asie Mineure, les autres l'ionien, en Attique et en Eubée, ainsi qu'en lonie, dans la partie centrale de la côte de l'Asie Mineure, les derniers, qui parlent le dorien, occupent le Péloponnèse, la Crête et la Doride sur la côte sud de l'Asie Mineure. Tout le bassin de la mer Egée semble grec à la fin du IXe siècle.

Ce premier mouvement colonial du XIe siècle sera suivi d'un mouvement plus important encore à partir des IXe et VIIIe siècles. On suppose un accroissement important de la population que la terre peut difficilement nouvelle vague d'immigration dans les classes les plus pauvres. C'est alors que les Grecs s'installent en Sicile, en Grande-Grèce au sud de l'Italie, à Marseille et même en Espagne ; la colonisation des côtes de l'Asie Mineure s'amplifie et s'augmente d'une implantation sur le pourtour de la mer Noire, en Chalcidique et en Thrace. Ces colonies sont discontinues et le plus souvent indépendantes de leur métropole ; elles ne sont unies que par une culture commune, entretenue par la tradition épique d'Homère où elles puisent une langue, un mode de vie et des valeurs, ainsi que des croyances religieuses. C'est au VIIIe siècle que sont fondées de grandes fêtes religieuses panhelléniques, comme les jeux olympiques, fondés, dit-on, en 776.

C'est au cœur de ces migrations que s'officialise la transmission des deux grands poèmes homériques qui semblent prendre une forme orale fixée au VIIIe siècle, probablement en lonie, puisqu'ils usent principalement du dialecte ionien, mêlé il est vrai à l'éolien, et que les anciens faisait naître Homère dans cette contrée et à cette époque. L'Iliade se fait l'écho nostalgique d'un passé glorieux, par ses valeurs héroïques et sa richesse, tandis que 'Odyssée, en plaignant les tribulations d'un émigré, vante le retour et l'attachement au pays.

 

c. Le temps d'Homère dans l'Odyssée

 

On peut définir le monde d'Homère comme celui de Voikos, c'est-à-dire, celui de la maison seigneuriale et patriarcale dont le palais d'Alcinoos et la demeure d'Ithaque donnent une image. Si la demeure d'Alcinoos, remplie d'or et de bronze, construite avec art, peut encore à bien des égards sembler mycénienne, elle est aussi une- maison familiale, où la vie s'organise autour du maître et de la maîtresse de maison, qui vivent simplement avec leurs fils et leur fille, Nausicaa. La fille du roi prend part aux travaux domestiques en lavant le linge au lavoir ; les fils vont à la danse pour se distraire ; Alcinoos soigne un verger, de même que Laërte, à Ithaque, cultive avec peine sa vigne en l'absence de son fils. Cette vie quotidienne assez simple semble bien celle qu'aurait pu observer Homère à Chios ou à Smyrne au VIIIe siècle.

La valeur du domaine foncier d'Ulysse, qui ressemble à une grosse maison campagnarde, se compte en porcs et en moutons, alors qu'il semble que les revenus d'Alcinoos soient plutôt ceux de l'artisanat et du commerce, facilités par l'habileté de ses marins. Aristocratie foncière et commerçante dans le cadre de petites exploitations familiales, telle a bien pu être au VIIIe siècle le visage des comptoirs coloniaux soumis au partage des terres auquel procédait l'oikistès, ou celui des propriétés rurales de Grèce que commandait le basileus.

Toutefois, ce roi homérique n'a plus l'autorité absolue du wanax mycénien ; il règne assisté d'un conseil d'aristocrates qui contestent parfois son pouvoir et consulte même le peuple, comme on le voit à Ithaque. Certains historiens n'ont pas manqué d'y lire les commencements de la cité antique, qui articule le pouvoir aristocratique et patriarcal avec la consultation populaire. Il faut cependant rester prudent dans cette lecture a posteriori de documents qui sont littéraires avant d'être historiques.

Enfin, la présence de la mer dans l'Odyssée ne peut manquer d'évoquer la révolution économique qui se produit avec le renouveau de la navigation marchande et l'expansion de la colonisation : la mer est pourvoyeuse de richesse, d'aventures et de découvertes.

Aussi Ulysse se fait passer pour un marchand crétois afin de n'être pas reconnu et, semble-t-il, réveiller et remettre à l'ordre du jour les vieux rêves de thalassocratie minoenne au profit des Grecs du VIIIe siècle qui semblent avoir repris les anciens circuits des Mycéniens. Cette révolution économique, qui fonctionne sans monnaie, semble fonder son profit sur la piraterie autant que sur l'importation et l'exportation de son artisanat. Le catalogue maritime de l'Odyssée, avec ses étapes nombreuses et le compte précis de ses journées de navigation, a fait rêver, dès l'Antiquité, tous les historiens et les géographes, qui ont pensé pouvoir retracer le parcours d'Ulysse.

Il faudrait ajouter à ces témoignages du temps où l'Odyssée prend sa forme à peu près définitive le contenu d'un certain nombre de comparaisons homériques, qui font référence à la vie familiale, à certaines techniques de pêche, de construction des navires et d'agriculture qui introduisent l'actualité dans le récit à |a fois pour entretenir l'effet de réel et pour donner au public une impression de familiarité. On peut noter aussi comme élément appartenant au temps d'Homère l'absence de scribes, présents pourtant dans les palais mycéniens, comme celle de toute référence à une écriture tant administrative que littéraire.

Le temps homérique s'avère par conséquent comme un entrelacs de souvenirs du temps mycénien, révolu et mal connu, mais auréolé de gloire et d'éclat par la tradition orale, et d'observations d'un temps contemporain, qui mêle un passé récent et le présent dans lequel de riches armateurs semblent devoir supplanter une aristocratie patriarcale. Cet entrelacs est le propre de toute fiction historique.

 

RECHERCHE TICE

Pour compléter la lecture du site de la BNF, lisez les documents de Jacqueline de Romilly et de Catherine Duvye sur le contexte historique et l'espace géographique de L'Odyssée.

4. Dégagez les grandes époques du contexte historique présentes dans L'Odyssée et reconstituez l'espace géographique réel de l'Odyssée.

 

VERS LA QUESTION DE LITTERATURE

A partir des recherches TICE et des documents, faites la part du réel et de l'irréel dans l'Odyssée d'un point de vue du temps et de l'espace.


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