Immersion dans les musées. Au coeur du patrimoine.
Qu'est-ce qu'un musée? Qu'est-ce que le patrimoine?
Récit d'une chasse au(x) trésor(s)
En 1802, à la question « Qu'est-ce qu'un musée ? », le professeur d'architecture Jean Nicolas Louis Durand (1760-1834), répond : « un trésor public, l'entrepôt le plus précieux des connaissances humaines, un temple consacré aux études ». Vaste programme qui ne peut laisser indifférent ! Partons à la chasse aux « trésors » !
Le mot « musée » est un nom masculin venant du mot grec « museîon » dont le sens est « temple, ou sanctuaire des Muses ». Filles de Zeus, les Muses étaient chargées veiller sur les arts, comme la musique ou la danse. En 288 avant Jésus-Christ, Ptolémée Ier fit construire à Alexandrie le Museion (Palais des Muses) abritant une université, une académie et une bibliothèque. Ce grand Museion, avec ses savants et sa bibliothèque, fut plutôt le précurseur de l'université qu'un musée. De cette tentative, nous est resté le terme « muséum ».
La discipline qui consiste à étudier les musées s'appelle la muséologie. Elle connaît un véritable essor dans les années 1980-1990. Les objets exposés dans nos musées ont leur propre histoire. Ainsi, les tableaux et les sculptures pouvaient orner autrefois les châteaux et les églises. Certains objets, comme par exemple les coiffes, les outils étaient quotidiennement utilisés. Tous ces souvenirs constituent notre patrimoine, c'est-à-dire ce qui nous vient de nos ancêtres, du passé. Le mot « patrimoine » vient d'ailleurs du latin "pater" qui signifie « père ». Cette notion vient du droit romain. Elle désigne l'ensemble des biens familiaux non pas dans leur valeur marchande mais dans leur condition de biens à transmettre. Les objets ont une valeur propre qui ne doit rien à l'argent.
Aujourd'hui, le musée est une institution permanente, sans but lucratif, au service de la société et de son développement. Ouvert au public, ces « lieux de mémoire » acquière, conserve, restaure et expose des œuvres, des objets à des fins d'études et d'éducation. La loi relative au Label des musées de France, du 4 janvier 2002, définit le musée comme « toute collection permanente composée de biens dont la conservation et la présentation revêtent un intérêt public et organisée en vue de la connaissance, de l'éducation et du plaisir du public ».
Avant 1789 : collectionneurs et cabinets de curiosités
Le mot « collectionneur » apparaît tardivement puisque l'on parle d'abord de « collecteur». Les « curieux » désignent ceux qui se contentent d'amasser des objets sans faire aucune distinction. Les premiers collectionneurs sont les Romains et les Grecs qui, au sein des temples, amassent des offrandes telles les statuettes, les ex-voto… Au Moyen Age, les églises accumulent les biens précieux comme les croix, les reliquaires… A la Renaissance, les voyages de conquêtes et l'exploration du Nouveau monde suscitent l'apparition d'une grande passion pour l'histoire naturelle. On se met à collectionner les fossiles, les coquillages. Au XVIe siècle, les « cabinets de curiosités » regorgent d'objets « naturels », appelés « naturalia », (végétaux, animaux naturalisés et minéraux) et d'objets « artificiels », c'est-à-dire des œuvres d'art fabriquées par l'homme. Le peintre Vasari collectionne les dessins pour leur valeur de témoignage de l'œuvre des grands maîtres. En 1581, il termine le « projet des Offices » dont le l'étage supérieur est attribué à la galerie d'art. Les œuvres sont éclairées grâce à de grandes verrières. C'est en Italie que l'État manifeste le premier d'un intérêt pour le patrimoine. L'édit du 24 octobre 1602 du grand-duché de Toscane veut interdire « la sortie de bons tableaux hors de Florence et de l'État » et dresse une liste de peintures disparues dont il est interdit d'exporter les œuvres.
En France, le premier musée apparaît en 1694, formé à partir du legs (livres et œuvres d'art) de l'abbé Jean-Baptiste Boisot à son abbaye de Saint-Vincent (Besançon). Dans son testament, Boisot fait un don de 2000 écus afin d'ouvrir une salle qui sera ouverte deux fois par semaine à tous ceux qui voudront y entrer, pour y lire et étudier les objets de sa collection. Les marchands d'art voient leur activité croître. Dans les années 1730, Edme-François Gersaint (1694-1750), ancien marchand joaillier (sorte de bijoutier), décide de vendre des curiosités naturelles puis des chinoiseries, dans sa boutique baptisée « À la Pagode », installée sur le Pont Notre-Dame, à Paris. Grâce au commerce de la Compagnie des Indes, il peut proposer des porcelaines de Chine, à fond bleu, blanc et rouge. Gersaint organise près de quinze ventes aux enchères entre 1733 et 1749 qui concernent des dessins et estampes, des curiosités naturelles, des objets ayant appartenus à des particuliers comme ceux de Quentin de Lorangères ou de Bonnier de la Mosson. Au cours de ces ventes, Gersaint joue le rôle d'intermédiaire entre les œuvres et le public et n'hésite pas à expertiser les œuvres. Il aide les amateurs à se constituer des collections. En 1783, Sander Henrich, un naturaliste allemand, publie le Guide des cabinets de curiosités de Paris. Il y décrit, notamment, le cabinet scientifique de Maison Alfort.
« Au-dessus le cabinet vétérinaire est chose digne d'être visitée, et qui approche de la perfection. il occupe deux salles garnies de vitrines, beaucoup de superbes injections des organes internes des animaux domestiques, dans la deuxième salle sont exposés des squelettes […] et des monstres, par exemple un cheval à trois membres […] ».
En 1788, dans son guide à destination des amateurs, Thiery recommande le cabinet des Antiquités de M. le Duc de Chaulnes, on l'on peut admirer des vases et des instruments utilisés lors des sacrifices. Les collectionneurs sont les plus nombreux. Il faut citer le cabinet de tableaux de Monseigneur le Duc d'Orléans, celui du duc de Praslin, celui de M. de Calonne (ancien Contrôleur général) dans son hôtel rue du Bac. A la fin du XVIIIe siècle, Clément de Lafaille, contrôleur ordinaire des Guerres, secrétaire perpétuel de l'Académie de la Rochelle, lègue à l'Académie son médailler, ses livres et son cabinet d'histoire naturelle. Installée dans une maison contiguë à l'hôtel de ville, la collection est ouverte au public en 1789.
L'impact de la Révolution française :
L'idée que certaines œuvres sont importantes pour le peuple français se développe. L'Abbé Grégoire invente la notion de « patrimoine national ». Les révolutionnaires rassemblent les œuvres pour les protéger et les montrer dans des musées. La naissance du musée public coïncide avec la Révolution française. Auparavant l'exposition publique d'œuvres d'art dépendait de l'autorité royale. Avec la Révolution, l'art devient accessible à tous. Les révolutionnaires sont partagés entre deux attitudes. D'une part, le vandalisme (terme inventé par l'abbé Grégoire en 1794) qui consiste à détruire les œuvres antérieures à 1789. D'autre part, le patriotisme, qui suppose un effort de conservation. La Commission dite du Muséum est missionnée pour regrouper les chefs d'œuvres dispersés dans les maisons royales et dans les dépôts provisoires parisiens. Le 27 juillet 1793, la charte fondamentale du Muséum est décrétée. L'article IV met à la disposition du ministre de l'Intérieur la somme de 100 000 livres par an pour acheter dans les ventes particulières des tableaux ou statues. En 1801, le musée du Louvre à Paris expose déjà plus de 35 000 œuvres. Longtemps, le patrimoine ne concerne que des grandes œuvres comme des tableaux d'artistes connus. Puis, l'intérêt se porte sur d'autres objets, comme les machines anciennes, et sur le « patrimoine immatériel », c'est-à-dire que l'on ne peut pas toucher, par exemple des légendes, des chants.
L'essor des musées à partir du XIXe siècle :
L'Empire met définitivement un terme au vandalisme. Les Romantiques se passionnent pour l'art du Moyen Age. Progressivement, la valeur historique des monuments est prise en compte. Pour Victor Hugo, il y a deux choses à distinguer dans un édifice : son usage et sa beauté. « La beauté du monument est à tout le monde ; c'est donc dépasser son droit que de le détruire ». A partir de 1810, les pouvoirs publics décident de recenser les monuments. Les Sociétés d'antiquaires en Province élaborent des méthodes d'études comparatives des monuments. L'année 1830 marque les débuts d'une politique patrimoniale de l'État. Le pouvoir se soucie de protéger les monuments et de les restaurer. François Guizot, ministre de l'Instruction publique, propose la création d'un poste d'inspecteur des monuments historiques. Il déclare : « J'avais à cœur de faire entrer la vieille France dans la mémoire et l'intelligence des générations nouvelles ». Le premier à occuper ce poste est Ludovic Vitet, un essayiste et romancier. L'écrivain Prosper Mérimée lui succède en 1834, et occupe le poste jusqu'en 1860. Il obtient la création d'un budget permanent consacré aux monuments historiques dès 1836. Il crée le 29 septembre 1837, la commission des Monuments historiques. Le 30 mars 1887, la première loi concernant les bâtiments publics est adoptée : il s'agit d'en faire l'inventaire. Le 2 janvier 1882, le gouvernement Gambetta fonde une école d'administration des musées, l'École du Louvre, dont la fonction devait être de recruter des conservateurs. Cependant, elle devient progressivement une école d'histoire de l'art. Au XIXe siècle, le musée veut concourir au savoir universel. Dans Vingt Mille Lieues sous les mers (1870), Jules Verne fait du sous-marin le Nautilus une sorte de musée sous les mers, renfermant dans ses vitrines des spécimens rares, des peintures et des manuscrits. Progressivement les musées tendent à se spécialiser. Les musées d'art industriel se développent comme le Musée de Céramique de la manufacture de Sèvres, fondé en 1805. Il a pour but d'instruire les ouvriers. Mais, le conservateur Champfleury (1872-1889) en fait un musée d'art en liquidant les échantillons jugés sans valeur. Au XXe siècle, la Direction du patrimoine (née en 1978), a pour mission de protéger les legs du passé, de le faire connaître aux générations actuelles, de le transmettre aux générations futures, et de le faire vivre.
Quelques objectifs des musées :
• Conserver, restaurer, étudier et enrichir leurs collections
• Rendre leurs collections accessibles au public le plus large
• Concevoir et mettre en œuvre des actions d'éducation et de diffusion visant à assurer l'égal accès de tous à la culture
• Contribuer aux progrès de la connaissance et de la recherche ainsi qu'à leur diffusion.
Les différentes catégories de musées :
Il existe six grandes catégories de musées.
1. Général : Musée regroupant plusieurs départements, qui ont chacun un thème différent (Musée du Louvre).
2. Thématique : se consacre à un sujet spécifique (tel le Musée de la Mode).
3. Historiques : Éléments réunis autour d'un thème historique représentatif d'une époque (le XIXe siècle au musée d'Orsay) ou de la vie d'un homme célèbre (musée Victor Hugo) ou d'un événement (musée de la première guerre mondiale à Péronne)
4. Ethnographique : Collections d'objets mettant en avant les particularités d'un pays, d'une région, d'une époque (Musée du monde arabe, Musée des arts et traditions populaires, musée du costume…)
5. Artistiques : Ensembles d'œuvres d'art, tableaux, sculptures…choisis pour leur intérêt stylistique, artistique ou encore montrant les différentes phases de la carrière d'un artiste (musée Picasso par exemple)
6. Scientifique : Musée présentant des lois scientifiques fondamentales (Palais de la découverte ou les avancées techniques et scientifiques actuelles (Cité des Sciences et de l'Industrie)
Les collections :
Une collection rassemble un ensemble d'objets qui ont un lien entre eux et qui sont sélectionnés en fonction de critères variables mais bien précis : rareté, valeur esthétique, historique (témoignage), documentaire, symbolique. Elles ne sont pas figées. Il existe différents modes d'acquisitions des œuvres :
**l'achat auprès de particuliers, de marchands ou en vente publique,
**le don (par un collectionneur ou des descendants d'artistes),
**le legs (un don fixé par testament et qui entre au musée à la mort du donateur), le mécénat d'entreprise, les dons des sociétés d'amis de musées…
L'inventaire du fonds constitutif d'un musée est soumis au Conseil artistique des musées. La Direction des musées de France (DMF) a pour mission de donner son avis sur les projets d'acquisition à titre onéreux ou gratuit d'œuvres d'art (décret 82-107 du 28 janvier 1982 modifié par le décret 91-286 du 14 mars 1991). Les acquisitions ultérieures devront être également soumises à ce conseil artistique. Grâce aux expositions temporaires, il y a toujours quelque chose de nouveau à voir au musée. C'est un lieu qui évolue sans cesse.
« Il n'y a pas de musée sans désir. Désir de séduire pour le concepteur de l'exposition, et désir d'être séduit pour le visiteur » (André Gob, La muséologie. Histoire, développements, enjeux actuels).
Quelques règles de conservation :
La lumière trop forte, qui peut décolorer les objets, un taux d'humidité trop élevé, des grands écarts de température, peuvent porter préjudice aux œuvres. Il faut aussi lutter contre les insectes qui attaquent les matières fragiles comme le bois, les plumes, le papier… Les changements de température et d'humidité dans les salles d'exposition doivent être limités au maximum car ils peuvent faire craqueler ou faire moisir les objets. Pour ranger les peintures, on utilise la technique des « compactus ». Ce sont de grandes armoires roulantes. Pour trouver un tableau, il suffit de faire tourner les poignées et les armoires coulissent. On peut alors facilement accéder aux tableaux accrochés. Pour déplacer les objets, le port de gants est obligatoire. La surface de nos mains est porteuse de micro-organismes, de graisses et d'acidité (par la transpiration) qui peuvent dégrader les objets. Au Musée de la bande dessiné, les planches originales ne sont jamais présentées plus de trois mois d'affilée. Après ce temps d'exposition, elles regagnent les réserves où elles restent trois années dans le noir. Ces trois rotations annuelles permettent de protéger les œuvres mais aussi de proposer aux visiteurs neuf musées différents en un seul.
Un lieu de présentation du savoir
Les objets d'un musée de sont pas disposés au hasard. Il n'est pas anodin qu'un tableau se trouve à côté de tel autre. Le terme galerie désigne les salles des musées dédiées à l'affichage de certaines collections d'objets d'art. Les galeries privées sont des entreprises commerciales œuvrant dans la vente de l'art. Toutefois, ces deux types de galeries accueillent des expositions temporaires d'œuvres d'art. Les chambres sont souvent désignées comme les galeries du musée. Par exemple une salle dédiée à Pablo Picasso serait appelée la Galerie de Picasso. Pour mieux comprendre les œuvres qui l'entourent, le visiteur peut consulter les «cartels », de petits textes placés à proximité des objets, sorte de fiche d'identité de ceux-ci.
Un lieu propice à la découverte
Dans un musée, le visiteur est en contact direct avec les œuvres et les objets, qu'il voit en taille réelle. Il ressent une émotion différente que celle éprouvé à la vue d'une reproduction dans un manuel. Le musée est un lieu où l'on peut apprendre d'une autre façon. Les musées organisent de nombreuses manifestations comme des spectacles de musique, de théâtre, de danse… Des spécialistes viennent aussi pour parler d'un sujet ou d'une œuvre en particulier.
Quelques métiers spécifiques au monde des musées
Le conservateur :
Véritable chef d'orchestre, il coordonne toutes les activités du musée et gère le personnel. Le conservateur exerce des responsabilités scientifiques et techniques visant à étudier, classer, conserver, entretenir, enrichir, mettre en valeur et faire connaître le patrimoine (Décret du 16 mai 1990, sur le statut des conservateurs). Ils ont la responsabilité de la présentation des collections permanentes, de l'organisation des expositions temporaires, de la rédaction des catalogues. Le conservateur est aussi chargé des collections de son musée. Il veille à leur bon état de conservation et à les faire restaurer si besoin. Lorsque cela est possible, le conservateur enrichit les collections en achetant des objets qui complètent ceux déjà possédés. Il mène l'inventaire afin de connaître tous les objets qui appartiennent au musée et savoir où ils se situent.
Le régisseur de collection : Il procède au « récolement » des collections. Chaque objet est doté d'un numéro d'inventaire, puis photographié. Il est accompagné d'une fiche comportant sa description et son état de conservation (utile en cas de prêt des pièces). Le régisseur s'occupe aussi de la maintenance du musée (éclairage, système de ventilation...). Il est chargé de la conservation préventive, c'est-à-dire de la mise en œuvre de tous les moyens possibles pour que les objets ne s'abîment pas.
Le restaurateur du patrimoine : Il est chargé, sous la responsabilité des conservateurs, de nettoyer ou remettre en état les œuvres qui relèvent de son domaine de compétence. Il existe des restaurateurs spécialisés en peinture, en sculpture…
Le photographe d'objets d'art : La partie la plus importante de son travail est de photographier les œuvres d'art pour la réalisation de l'inventaire. Il passe une partie de son temps dans les réserves où sont conservés tous les objets qui ne sont pas exposés. Un même objet est souvent photographié plusieurs fois. Cela permet d'avoir différentes vues comme l'arrière d'un tableau ou le détail de la signature du peintre. Les photographies servent notamment à mémoriser l'état de l'objet pour pouvoir contrôler son évolution dans le temps. Les photographies de détails, plus techniques sont étudiées par les chercheurs. Les photographies artistiques figurent dans les catalogues d'expositions.
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