texte complémentaire lecture cursive la poésie en résistance
Vercors dit Jean Bruller
XXe siècle
Jean Bruller, dit Vercors, né à Paris le 26 février 1902, d'un père d'origine hongroise et d'une mère française. Après des études d'ingénieur électricien, il est d'abord graveur, peintre et dessinateur et devient célèbre pour ses œuvres graphiques et pour sa fascination pour l'absurde durant l'entre-deux-guerres. Pacifiste jusqu'en 1938, il est mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, il s'enrôle dans la résistance et participe à de nombreuses actions. Mais c'est en 1941 à Paris que Jean Bruller forme avec l'écrivain Pierre de Lescure le projet de fonder une maison d'édition clandestine. Ils donnent naissance aux célèbres Editions de Minuit. Pour publier ses écrits, il prend alors le pseudonyme de "Vercors". Son œuvre la plus connue est sans conteste Le Silence de la Mer, nouvelle qu'il écrit en 1941 et qui est publiée clandestinement en 1943. Il créé également le comité national des écrivains : le CNE. Après la guerre, Vercors écrit de nombreux romans et nouvelles dont Les Animaux dénaturés(1952). En 1956 suite à l'intervention des soviétiques en Hongrie, il rompt avec le parti communiste. Il diversifie ses écrits en se dirigeant vers le théâtre avec Zoo ou l'assassin philanthrope1963) (une adaptation de son roman les Animaux dénaturés) mais il écrit aussi un conte merveilleux : Sylva en 1961 et enfin il se plonge dans l'histoire avec notamment Cent Ans d'histoire de France (3 volumes, 1982-1984).Il meurt à Paris le 10 juin 1991.
Œuvres :
Un
homme coupé en tranches
Visions intimes et rassurantes de la
guerre
Nouvelles de la guerre et de la Résistance
Le Silence
de la mer
La Marche à l'étoile
L'Impuissance
Le
Songe
Le Cheval et la Mort
L'Imprimerie de Verdun
Agir
selon sa pensée
Les Mots
Le Démenti
Ce jour-là
A la
recherche de la qualité d'homme
Les Armes de la nuit
La
Puissance du jour
Les Animaux dénaturés
Mémoires de l'homme
engagé
Nous avons été heureux
L'Oubli
Portrait d'une
amitié
Extrait du Silence de la Mer
L'officier à la porte dit : « S'il vous plaît. » Sa tête fit un petit salut. Il sembla mesurer le silence. Puis il entra.
La cape glissa sur son avant-bras, il salua militairement et se découvrit. Il se tourna vers ma nièce, sourit discrètement en inclinant très légèrement le buste. Puis il me fit face et m'adressa une révérence plus grave. Il dit : « Je me nomme Werner Von Ebrennac. » J'eus le temps de penser, très vite : « Le nom n'est pas allemand. Descendant d'émigré protestant ? » Il ajouta : « Je suis désolé. »
Le dernier mot, prononcé en traînant, tomba dans le silence. Ma nièce avait fermé la porte et restait adossée au mur, regardant droit devant elle. Je ne m'étais pas levé. Je déposai lentement ma tasse vide sur l'harmonium et croisai mes mains et attendis.
L'officier reprit : « Cela était naturellement nécessaire. J'eusse évité si cela était possible. Je pense mon ordonnance fera tout pour votre tranquillité. » Il était debout au milieu de la pièce. Il était immense et très mince. En levant le bras il eût touché les solives.