Commentaire de " Mon Rêve familier"
En complément du cours: à écouter le poème dit par un grand comédien Michael Lonsdale
http://www.wat.tv/video/verlaine-mon-reve-familier-rj41_2fgqp_.html
Une explication de texte:
http://verlaineexplique.free.fr/poemesat/monreve.html
Une approche intéressante qui souligne un parallèle entre Eros (L'amour) et Thanatos (la mort):
http://jiheraim-cyberland.perso.worldonline.fr/2-ressourceslettres_explic/11-exp-eros-than.htm
L'approche d'un collègue dont je me suis inspirée pour le cours
http://direcrire76.org/commentaires/article/mon-reve-familier-verlaine
Si la question du correcteur s'oriente vers la présence de la femme dans le poème, voici des pistes:
Mon Rêve familier.
Novembre 1866 Poèmes saturniens : Verlaine:22 ans, dans section "Melancholia". Le premier recueil de Verlaine, assez composite, influence de Baudelaire : « le côté spiritualiste de l'amour qui a force d'idéal s'exile lui-même par-delà la mort »-, influence du Parnasse.
Quatre sections : Melancholia, Eaux fortes, Paysages tristes, caprices
la présence de la femme et ses images:
Insistances dans le texte, termes récurrents :
Quatrain1 : mise en valeur du verbe « aimer » par des récurrences phoniques et syntaxiques :
Rime : « m'aime, même » doublée par la rime intérieure : que j'aime (v2), et m'aime(V4) et soulignée par les assonances en [e] : fais, rêve, n'est, tout à fait
+termes qui caractérisent les effets de cet amour : « pénétrant, comprend », plus rime intérieure « transparent » donc amour qui est force, profondeur, qui habite le narrateur, capacité de compréhension au point que le cœur devient transparent à l'autre.
Accumulation des relatives : et que et qui et qui, et m'aime et me comprend : anaphore de "et qui" permet au texte de progresser vers l'affirmation finale du quatrain de la compréhension intime.
2ème quatrain qui reprend cette affirmation : « car elle me comprend », insistance développée par une explication en 2 temps soulignée encore par la récurrence du "et" « et mon cœur » « et les moiteurs de mon front blême »
Effets de cette compréhension qui se traduisent à la fois dans le domaine de la psychologie : "mon cœur cesse d'être un problème » et dans le domaine physique : "les moiteurs, elle seule sait les rafraîchir"
Mais nous sommes encore plus alertés par l'anaphore : "car elle, pour elle seule, pour elle seule, elle seule" placées en rejet. Le rythme habituel de l'alexandrin est cassé et annonce le rythme impair chéri par Verlaine : distorsion entre le vers et la syntaxe : et mon cœur/ transparent pour elle seule , hélas d'une seule traite. Donc 3/9 et après 6/4 et ensuite 9/3 donc rythme impair au sein même des alexandrins.
La femme : plus qu'une description, tentative d'évocation d'une femme définie plus par ce qu'elle n'est pas que par ce qu'elle est ;
Désignations : v2 "une femme inconnue" : absence d'identification, pas connue du locuteur, évoquée dans un rêve donc pas réelle. Aggravée par l'apparence multiforme, insaisissable- signe du change du poète et du rêve, pas d'individualité bien définie, détermination par la négative : in-connue, ni ni
Terme "femme" repris dans des anaphores , des pronoms relatifs et des pronoms personnels "elle" : féminité omniprésente.
Différent dans les tercets : éléments du corps féminin qui lui appartiennent : ses cheveux évoqués par la couleur indécise, son nom, son regard, sa voix : déterminant possessif. Progression à thèmes éclatés tend à faire perdre de vue l'unité du personnage qui n'apparaît plus qu'à travers ses composantes. Effort pour la reconstituer par petites touches mais échec.
Liée à un souvenir plus qu'à un rêve « je me souviens » au vers 10 : comparaisons et analogies : "statues" et personnes disparues : "comme ceux que la Vie exila", "son regard est pareil au regard des statues", "des voix chères qui se sont tues"
Image de la femme :
Aimée et aimante en Q uatrain 2, sorte d'idéal de l'amour capable de comprendre l'autre. Aucune réciprocité évoquée : femme maternelle : lucidité, connaissance, attitude protectrice et consolatrice, mais pleurs de la femme, compassion, puissance de guérison cf muse romantique
Différent dans les tercets : tentative d'identification qui n'abouti pas, passé qui contraste avec le rêve récurrent au présent. Que reste-t-il des souvenirs? quelque chose pour louie plus que pour la vue : nom "doux et sonore", "voix lointaine et calme et grave" mais réel disparu, emporté par la mort, même » inflexion « qui est ce qu'une voix a de plus vivant et personnel a disparu puisque "les voix chères se sont tues".
Regard de statue introduit une froideur, une distance qui contraste avec la femme aimante et consolatrice des quatrains : influence de Baudelaire cf la beauté : « Je suis belle O mortels comme un rêve de pierre », regard fixe et vide dépourvu de vie laisse planer le mystère : femme que l'on avait crue réelle et proche, s'éloigne à nouveau.
Rythme du rêve ample sans heurt v14/4/4 assonances en an, rythme plus alerte des tercets
Donc rêve d'amour, femme idéale non identifiée mais aussi souvenirs de femmes aimées et d'amours passés, idéal impossible à atteindre, projeté dans le passé et dans la mort : origine ou futur. Dans le rêve imaginaire et réel s'imbriquent.