Corrigé des questions d'entretien sur le théâtre (1S1)
Le personnage d'Antiochus développé surtout à l'acte I et III
ActeI
Antiochus
Dès les scènes d'exposition, nous l'avons vu, Antiochus trahit sa faiblesse, ses hésitations et ses souffrances.
Ce combattant, hier courageux et même téméraire contre les rebelles de Judée, est en amour
l'éternel perdant. Du vaincu, il présente tous les traits : la tristesse, la volonté défaillante, la mélancolie.
Même s'il cède à l'illusion de voir se retourner le destin en sa faveur, son avenir n'est fait que de regrets du passé. Amant sans espoir, il cherche à se délivrer de son malheur par l'aveu de son amour. Encore cet aveu est-il longuement différé et donne lieu aux hésitations du monologue de la scène 2. En fait, Antiochus est entièrement soumis aux événements et à la décision des autres. Que Bérénice épouseTitus et son sort est joué.
« Son sort décidera du mien » (126)
« Si Titus a parlé, s'il l'épouse, je pars » (130)
Qu'elle ne l'épouse pas, et ses espoirs chimériques reprendraient force.
- Quand vient le moment crucial de l'aveu (scène 4) et la confirmation (imprudente) par Bérénice
de son prochain mariage, Antiochus n'a plus qu'à répéter son refrain lancinant : il part. Dignement, sans éclats inutiles. Du moins le dit-il. Mais la suite ne lui appartient pas.
- Il ne lui reste plus qu'à évoquer avec lyrisme son amour au passé, reprenant son monologue de la scène 2, là où il l'avait laissé. Sa passion est sincère et née d'un « coup de foudre » : son coeur reçut le premier trait qui partit de ses yeux (190). Par malheur, la « conquête » de Titus fut encore plus foudroyante :
« Titus, pour mon malheur, vint, vous vit et vous plut » (194)
- Le silence que lui a imposé Bérénice, il le brise aujourd'hui pour redire un amour d'autant plus fort
qu'il est sans espoir. Vous noterez que le plus beau des vers exprimant sa déréliction
« Je demeurai longtemps errant dans Césarée » (235) cristallise les trois destins de la tragédie : Césarée, ville romaine de Judée conquise par César de qui elle tire son nom est la ville natale de Bérénice où Antiochus, alors allié de Titus, a rencontré et éprouvé un coup de foudre pour la reine (voir vers 188 à 190) dans le même temps où cette dernière s'éprenait de Titus (vers 194).
En un alexandrin et un lieu mythique (tout à la fois emblématique de la Judée, de sa reine et de ses
deux prétendants romains) le destin des trois personnages est scellé.
Acte III
À la scène 2, face aux enjeux tragiques qui pèsent sur le couple Titus/Bérénice, Antiochus paraît bien
prosaïque et son confident redouble encore cette impression. Arsace ne voit dans la proposition de Titus qu'une occasion pour son maître de reconquérir le coeur et la personne de Bérénice.
- La réponse d'Antiochus semble, pour un spectateur d'aujourd'hui, plus vulgaire encore :
« Arsace, laisse-moi le temps de respirer. « (775)
Comme toujours le roi ne sait que croire ni que faire. Devant les grossières invitations de son confident
à prendre une place encore chaude (cet hymen est rompu... l'amour vous invite), qui ne dépareraient pas dans une comédie, Antiochus hésite. Partir avec Bérénice et la séduire ? Il ne recueillerait que pleurs, suscités par un autre (814).
Lui annoncer que Titus la renvoie et recueillir les fruits de cette révélation ?
Titus seul doit parler et supporter seul la douleur et la haine que cette cruelle vérité provoquera (845).
D'ailleurs au moment de se décider, Antiochus ne peut qu'invoquer le ciel : Bérénice vient interrompre
ses délibérations, et sa première phrase est pour lui reprocher d'être encore là !
La scène 3 est cruelle pour cet indécis au coeur fragile comme pour Bérénice à qui il doit révéler, malgré ses hésitations, la froide vérité. Les dérobades d'Antiochus toujours tremblant (865) et craignant la douleur de Bérénice autant que sa colère, ne tiennent pas devant la détermination de la reine à le faire parler. Quand finalement il cède, c'est pour annoncer de la manière la plus rude « qu'à jamais l'un de l'autre il faut se séparer » (894).