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Littérature Terminale : Séquence 4 : Un antimonde ?

Par IVallejoMalgouyres - publié le mardi 1 juin 2010 à 03:16 dans Terminale Littérature

En attendant la reprise des cours, voici la réponse au questionnaire sur l'espace et le temps sous forme de cours. Révisez pendant ce temps !

 

SEQUENCE 4 : Un antimonde ?

 

Séance 1 : Un espace de fin du monde

  

L'espace de la scène : l'emblème du rétrécissement de l'existence

Les caractéristiques :

> Une scène en partie vide = « Intérieur sans meubles » (p. 11)

> Aspect funèbre = draps qui recouvrent Hamm et les poubelles de Nell et Nagg

> La porte et les fenêtres avec rideaux tirés = font attendre une transformation, une péripétie qui ne viendra pas.

> un espace compartimenté : les poubelles à l'avant-scène constituent un autre espace à l'intérieur du premier.

à Le lever de rideau offre ainsi l'image d'un monde vide et limité = espace clos et restreint = une image spatiale du rétrécissement de l'existence des personnages.

 

Certes un « refuge » (p. 15, 90), le « home de Hamm » (p. 54)

> les personnages ne le quittent pas pour l'extérieur, « l'autre enfer » (p. 39).

> tout leur espace de vie.

 

Une image spatiale du rétrécissement de l'existence des personnages :

> « démarche raide et vacillante » de Clov

> le « fauteuil à roulettes » de Hamm

> les poubelles de Nagg et de Nell traduisent visuellement le vieillissement et l'amenuisement des forces vitales.

à les possibilités de déplacement disparaissent

 

L'image d'un monde réduit, aux limites illusoires et trompeuses :

> les tours de Hamm : tours ds la pièce = tour du monde  p39

> le mur qui limite l'espace : prendre conscience de la limite = de la fin > mur creux > un ailleurs aussi vain et illusoire et aucune certitude sur la fin

> le « centre » à la fois obsessionnel et dérisoire = marque de la sénilité autant que de l'absurde.

> au centre du monde ?

 

L'ailleurs : « l'autre enfer » (p.39)

 Les fenêtres, la porte, la cuisine = un ailleurs existe qui donne forme aux désirs d'évasion des personnages

> évasion par rapport à cet « intérieur (…) grisâtre »

> évasion par rapport à la traîtrise du temps dont on ne sait s'il est bloqué ou s'il fait glisser vers le néant.

> Le motif du cycle contenu dans les roues de bicyclette souhaitées par Hamm, les roulettes de son fauteuil, le tandem de lequel Nell et Nagg = autant le désir de mouvement et d'évasion que son illusion, le mouvement qui tourne et qui n' « avance » pas = l'ennui, l'angoisse de l'attente

> d'autres espaces pour se distraire de leur enfermement et de cette attente

- le lac de Côme (Nagg et Nell)

- Hamm > dormir = rêver 31, 15, 54

- décrire ce qu'il y a derrière la fenêtre 41 84 : la terre, la mer

> Clov ne pense qu'à partir et à quitter Hamm

> clov ds sa cuisine 14 où il peut voir sa lumière > le passage du tps

 

à Tout autour du « vieux refuge » (p. 90), entre terre et mer (p. 84), l'espace apparaît comme un univers de fin du monde, marqué par le vide, le froid et la stérilité

> Les graines de Clov n'ont pu germer (p. 25)

> Nell et Nagg souffrent du froid, Clov s'en plaint aussi (p. 86) ; Hamm réclame un plaid (p. 87) et « un froid extraordinairement vif » baigne l'atmosphère de ses histoires (p. 69).

> plus de nature (p. 23).

> Clov regarde par la fenêtre un univers figé qu'il décrit, où plus rien ne se passe : « Zéro… (il regarde)… zéro (il regarde)… et zéro (…). Tout est (…). Mortibus » (p. 44). « Le fanal est dans le canal » comme il l'a toujours été (p. 45), « les flots (…). Du plomb. (…) Le soleil (…). Néant » (p. 46).

> plus d'hommes : une puce fait craindre à Hamm qu' « à partir de là, l'humanité pourrait se reconstituer ! » (p. 48).

 

à L'ailleurs est exactement un « autre enfer » que celui que le spectateur voit sur la scène : tous deux ont la même couleur : « Gris ! GRRIS ! (…) Noir clair. Dans tout l'univers » (p. 46), couleur en mi-teinte, teinte de l'incertitude.

« Hors d'ici, c'est la mort » (p. 21),

« Loin de moi, c'est la mort » (p. 91).

 

à Le « vieux refuge » (p. 90) a tout l'air d'une arche de Noé au milieu d'un univers dévasté par un mystérieux cataclysme : Hamm a désiré ardemment, comme une régénération possible, la venue de la pluie (p. 16) ; et, se trompant de côté en regardant par la fenêtre, Clov évoque un paysage de déluge :

« Putain ! (La fenêtre) est sous l'eau ! » (p. 94).

à aucune régénération possible : même l'enfant

 

L'espace et le regard sur le monde

L'espace n'existe qu'en fonction du regard porté sur lui = un regard faussé ou dépendant des visions des autres

> Hamm dépend de Clov

> le fou et sa vision 61 : des cendres ≠ beauté

> importance des lunette, fenêtre et cécité

> la fenêtre et son cadrage = réalité faussée (l'enfant)

 

à Qui croire ? Comment voir le monde ? Qu'en est-il du réel et de la vérité ? En conséquence, comment comprendre le cours de l'existence ? Comment circonscrire le néant ?

à Le monde n'est que ce que l'on voit, mais ce que l'on voit peut être le fruit d'une imagination trompeuse et délirante. Comment, dès lors, se situer dans le monde, comment vivre et comment mourir si tout est livré à l'incertitude ?

 

Séance 2 : Le temps

 

Comme l'espace, le temps est marqué par l'indétermination

> La « lumière grisâtre » des premières didascalies (p. 11)

> à quel moment de la journée ?plutôt lieu en fin d'après-midi : Clov : « soleil se coucher » 48

> Questions récurrentes de Hamm sur le tps (sénélité) = Clov « zéro »

à l'entrée dans la fin de vie, c'est à la fois un savoir : la fin DOIT arriver ; et une ignorance terrible : à quel moment le trépas ?

 

L'indétermination temporelle permet donc de mettre en scène l'indétermination ontologique : l'énigme fondamentale que représente pour l'homme sa propre mort et la conscience qu'il en peut avoir. Placé devant cette indétermination, Hamm oscille entre l'angoisse du dernier moment, et l'attente impatiente. (cf Tab dernière colonne). Le néant ne peut être saisi par la conscience.

 

Dilatation et répétition

> le tps se dilate ds l'attente et l'ennui : bâillements de Hamm, répétition de la didascalie « un temps » = écoulement temporel et une certaine épaisseur au temps

> une attente infinie = un présent d'éternité et pourtant provisoire puisqu'avant la fin (pas de passé = objet de moquerie ni d'avenir = « nous ne mourrons pas » Clov 20 ; les grains qui ne germeront pas 28

> un temps bloqué

 

> des élts concrets qui permettent de prendre conscience du passage du tps mais leur accumulation divise l'unité temporelle en un fractionnement infini

> le Grec 93 : Zénon d'Elée et son paradoxe

 

Selon Zénon d'Elée (460 av. J. C.), disciple de Parménide

> tout changement est illusoire, la continuité d'un mouvement est discutable et l'évidence des sens pour en juger est trompeuse.

> illustre sa théorie par une série de paradoxes : Achille et la tortue, le vol de la flèche,

> Ces paradoxes illustrent l'absence de mouvement par le caractère infiniment divisible de l'espace parcouru entre les deux objets : la distance entre chacun des deux objets étant infiniment divisible, l'objet lancé n'atteint jamais sa cible et Achille ne rattrape pas la tortue…

à illustrer la progression générale de la pièce, dont le leitmotiv est ce « Ça avance » qui aboutit finalement à une sorte de recommencement, Hamm replaçant son mouchoir, juste avant le baisser du rideau, dans la position où il se trouvait à son lever. Peindre le changement est illusoire, représenter le finir, le mourir, est impossible.

 

FDP : les « temps » qui ponctuent les répliques de FDP, les répétitions de bribes de dialogues, donnent le sentiment que le temps de la pièce, et par conséquent de ce « finir », pourrait être indéfiniment augmenté par l'invention de nouvelles bribes de dialogue. Cependant, on sait que la flèche atteint finalement sa cible, on sait que l'homme est mortel > cf la déliquescence corporelle, la dégénérescence du vieillissement 25…

 

(Autre théorie = autre grec Eubulise (école d'Euclide : si le temps peut être décomposé en élts de plus en plus petits, à l'infini, le tps qui reste avant la fin se trouve repoussée à l'infini et jamais atteinte (l'expérience des limites, le calcul infinitésimal) et peut-on considérer que la somme de ts ces élts constitue un tout ?)

 

Les limites de la fin repoussée jusqu'à la « fin inouïe »

Inouïe : jamais entendue = inconnu, nouveau / extraordinaire

> la mort serait aussi l'ultime divertissement d'une vie monotone, vouée à la répétition

> la mort devient l'instant qui bouleverse cette monotonie et permet de s'en divertir enfin radicalement

 

Séance 3 : Un antimonde

 

L'ennui, le vide, l'inanité représentés sur scène par un espace et un décor de fin du monde

Un temps qui s'étire et des didascalies qui redoublent le sentiment d'attente du lecteur ou du spectateur

à un antimonde ?

 

Le monde d'après la catastrophe

Fin de partie évoque ce monde entre « solution finale » et « cataclysme nucléaire.

 

1. Dénuement et nostalgie 

> le vieux « refuge » : un abri nucléaire, un bunker = 2 fenêtres, qq survivants

> les privations et les pénuries (bouillie, plaid, calmant, sciure, roue)

> les seuls animaux survivants : les parasites : rat, puce

> à l'extérieur, la terre éteinte : lumière grisâtre, pas de soleil

> plus de nature : les graines ne germent pas, tout est mort (d'où rire qd mention d'un jardinier)

> « Hors d'ici, c'est la mort » 21 ; « tout l'univers pue le cadavre » 63

> un monde en cendres, les flots, le plomb

> mention dans le roman de Hamm d'une catastrophe (la situation à Kov 70)

> plus de survivant si ce n'est le môme : existe-t-il ?

 

Cl. Le monde disparue = l'objet d'une rêverie nostalgique             

 

2. L'humanité en pièces

> les habitants du refuge marqués ds leur chair (cf. description des pers)

> la mort des valeurs humanistes (2de GM) = la perte des idéaux 23 ; la pitié 52 ; le mode ironique sur l'honneur 52

> incarne les relations amoureuses ds les pers. de petits vieux qui ne peuvent même pas s'embrasser (ton burlesque) 27 : « une comédie » 27 ; reste juste une certaine tendresse

> les sentiments amoureux rejetés ds un passé lointain idyllique (les fiançailles, le printemps, le lac)

> relations entre parents et enfants violentes :

= le couple Hamm/Nagg : Hamm injurie son père 21 ; les boucler dans la poubelle ; jeter ces ordures 36 ; le fils ingrat : le marché conclu avec le père Nagg (l'histoire en échange de la dragée ; haine du père Nagg 75

= le couple Hamm/Clov : l'enfant recueilli 109 ; souvenir du vrai père disparu pour Clov 53 = Hamm, un tyran avec son fils adoptif donc plus une relation maître/esclave

> La relation maître/esclave : la relation est basée sur la domination (cf. l'étude des personnages)

 

Cl. L'idée de génération, d'engendrement apparaît comme insupportable d'où un sentiment tragique : pas d'espoir de vie, pas de volonté de survie, une volonté d'anéantissement du monde entier (cf. l'épisode du « môme »).

 

3. La transcendance disparue

> Dieu nié : « Le salaud ! Il n'existe pas ! 74 ≠ pensée existentialiste (théâtre de Sartre ou de Camus) = saynète parodique de prière avec la parodie de communion (la dragée) : didascalies et jurons qui soulignent le comique de la scène = parodie de rituel

> une création ratée, un « enfer », d'un côté comme de l'autre 39 = l'histoire du tailleur en est une traduction humoristique

> liquider le « môme » présenté comme un « procréateur en puissance (proche d'un Dieu)

 

4. L'annulation des références bibliques

Les rappels de la Bible :

- le refuge : l'arche de Noé et les survivants du déluge 94

- Nom Hamm = Cham, un fils de Noé

- l'apocalypse de saint Jean et ses flots de plomb ; la sonnerie du réveil « digne du jugement dernier ! » 65

- Job (la perte de ses biens, les souffrances)

- allusion à Sodome et Gomorrhe 89

- l'exode dans « la manne du ciel » 71 et « Moïse mourant » 102

- la passion du Christ : le « vieux linge » taché de sang (le voile de Véronique essuyant le visage du Christ qui s'imprime miraculeusement sur l'étoffe

- message de Jésus : traduction irrévérencieuse par Hamm : « Allez-vous en et aimez-vous ! Léchez-vous les uns les autres ! » 89

- les noms des personnages : Hamm : le marteau et Clov : le clou = allusion à la crucifixion

- la question de la « fin du monde »

 

Cl. La multiplicité des références et les jeux parodiques qui font que ces allusions à la Bible s'annulent les unes les autres montrent que Beckett refuse toute interprétation religieuse ou philosophique. Le sens est dans la représentation même en ce qu'elle incarne les questions essentielles sur l'homme.

 

5. La création impossible

Toutes les formes d'art évoquées ds la pièce : le roman de Hamm, la peinture du fou, la sculpture du chien par Clov, la musique dans le chant de Clov, le théâtre ds le théâtre = l'épuisement de l'art qui n'est plus que ressassement

> le chien ne tient pas debout

> le peintre que des cendres au lieu de la beauté

> Nagg qui raconte de plus en plus mal

> Hamm vidé par sa création 81

> les commentaires déplacés sur la création : (Un temps. Ton de narrateur.) Un long silence se fit entendre. (Ton normal) Joli ça. 68-9

> le contrepoint ironique qui ponctue les épisodes de théâtre ds le théâtre = cf le dernier soliloque de Hamm : le constat d'une faillite de l'art, d'un certain art (celui de toutes les conventions) pour promouvoir une nouvelle création

 

Cl. Fin de partie = l'image d'un antimonde où toutes les références sont épuisées, où le passé n'existe qu'à l'état de traces, dérisoires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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