Penser après les cours...!

Chapitre 8 L'aveu de Séverine à Jacques( 1GM1)

Par cyberblaise - publié le dimanche 23 mai 2010 à 16:04 dans la Bête Humaine de Zola

Chapitre 8 l'aveu de Séverine.

Situation du passage : Dans la chambre de l'impasse d'Amsterdam, Jacques et Séverine passent la nuit ensemble et s'adonnent à leur plaisir. Séverine entraînée par ses souvenirs de la chambre avoue à son amant les brutalités de Roubaud et lui raconte comment il l'a associée de force au crime de Grandmorin. Jacques, pris d'une curiosité morbide liée à sa fêlure, l'interroge dans le détail sur sa participation au meurtre et sur les sensations éprouvées. La scène dialoguée fait s'entrecroisée les ébats amoureux et le récit longtemps retardé dans le roman puisque nous sommes au chapitre 8 des circonstances précises de l'assassinat du Président. Trop longtemps contenue par Séverine, cette confession livrée à son amant résonne comme une révélation pour la jeune femme, la « bête humaine » n'est pas forcément celle que l'on croit.

1.       Séverine : Un personnage sensuel qui se délecte au récit du meurtre malgré ses dénégations.

-« montée ardente de ce long récit », « cri », « épanouissement même de son besoin de joie » ; intensité émotionnelle éprouvée qui mime la jouissance.

-Importance des perceptions sensibles dans le récit du meurtre : ouïe : « bruit sourd » du coup de couteau, toucher : « secousses » qui se propagent dans tout le corps de l'agonisant et se transmettent au corps de Séverine.

-Interrogation sur le plaisir ou la peine ressentis : Séverine nie d'abord le plaisir éprouvé : « Du plaisir, ah ! non, pas du plaisir ! » dans des exclamatives haletantes, mais la façon dont elle décrit ce qu'elle éprouve révèle la dénégation : elle a connu une véritable extase cf « ça vous emporte, oh ! si loin ! si loin ! », un ravissement, elle a été « ravie » à elle –même. L'antithèse «  J'ai plus vécu dans cette minute-là que dans toute ma vie passée » insiste sur l'intensité vitale qui a été ressentie et qui transforme le meurtre en un moment capital et d'une jouissance inouïe. Le sentiment de culpabilité qui affleurait encore dans la dénégation s'efface devant la volupté secrète de la mort ; tout de suite après la révélation, Jacques et Séverine s'étreignent : «  Jacques cette fois l'avait prise ; et Séverine aussi le prenait ». Séverine se révèle l'initiatrice de Jacques qui lui n'a jamais tué.cf communication de « la brûlure » : récit « ardent », « Jacques qu'elle avait bouleversé et qui brûlait comme elle », « vision rouge » qui lui envahit la tête cf aussi tache rouge au plafond de la chambre.

2. une scène d'amour qui évoque un rut bestial :

Communion charnelle et violente, prédatrice : cf reprise du verbe « prendre », mot « rut » dans le texte explicitement : « Ils se possédèrent(…) dans la même volupté douloureuse des bêtes qui s'éventrent pendant le rut ». Leur rapprochement, puis leur accouplement s'accomplit avec brutalité et sauvagerie au rythme du récit du meurtre qui révèle des forces obscures et violentes. Métamorphose en bêtes : cf champ lexical de l'animalité : cri de Séverine, Jacques « dents serrées », perdant la parole humaine : « n'ayant plus qu'un bégaiement », « souffle rauque » à la place de la respiration, amants dépossédés d'eux-mêmes. Pas question d'amour et de sentiments mais seulement sexe et attirance pulsionnelle. Cf inconnu qui se réveille dans Jacques «  onde farouche » qui monte « des entrailles ».

3. Alliance de l'amour et de la mort : Eros et Thanatos.

Zola décrit brutalement le plaisir sexuel et l'appétit du meurtre comme des penchants indissociables chez l'homme. Séverine incarne à la fois Eros et Thanatos, Jacques goûte à la volupté de la mort qu'elle éprouve elle-même. Cf champ lexical de la mort associé à celui de l'embrasement -«  ardent, brûlait »- : « curiosité du meurtre , raidir, mort », violence de la blessure à l'arme blanche : « couteau, entrer, coup, déchirement » ;  pénétration sexuelle vue comme une éventration qui fait écho à l'acte de tuer avec le couteau : comparaison avec« bêtes qui s'éventrent pendant le rut » « secousses » qui se transmettent. Texte explicite : « retrouvant l'amour au fond de la mort ».

Après l'amour : ellipse temporelle, évocation symbolique de la « petite mort », sommeil après l'amour : disparition du «  reflet  saignant » au plafond ; connotations de mort transférées au cadre spatio-temporel d e la chambre : poêle éteint, chambre qui se glace, puis au dehors, dans la ville, par un élargissement du champ : »grand froid », silence : « pas une voix ne montait de Paris ouaté de neige », connotation de mort de l'hiver.

Métaphore finale du « gouffre noir » dans lequel « tout s'abîme » c'est-à-dire à la fois tombe et se détruit, qui signifie aussi bien le sommeil que la mort, mais aussi le mal.

Ouvrir sur la pulsion de meurtre qui reprend jacques au réveil et qui lui donne envie de tuer Séverine et le fait quitter la chambre pour partir en quête d'une autre victime.



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Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
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