Le théâtre en France : du théâtre traditionnel au "nouveau théâtre"
Le théâtre traditionnel français
Le grand siècle du théâtre remonte au XVIIème siècle et les canons de ce théâtre prévalent jusqu'en 1950.
Les règles du théâtre classique sont la règle des trois unités (temps, lieu, action) accompagnées des deux règles fondamentales que sont la vraisemblance et la bienséance.
Les trois grands auteurs français du XVIIème sont Molière (Dom Juan), Racine (Phèdre) et Corneille (Le Cid). Ils appartiennent au classicisme.
Les genres théâtraux qui apparaissent à partir du XVIII sont le drame bourgeois (XVIII, Diderot, Le Fils naturel), le drame romantique (XIX, Victor Hugo, Ruy Blas).
Le précurseur d'un nouveau théâtre au début du siècle : Alfred Jarry
1896, Alfred Jarry, Ubu Roi. Considérée comme la 1ère pièce d'avant-garde.
Ubu roi est l'histoire du père Ubu qui prend le pouvoir en Pologne.
A déclenché un scandale lors de sa création et le 1er mot prononcé par le père Ubu « Merdre… » donne le ton : il ne s'agit plus de se conformer aux goûts du public mais de l'agresser en faisant le choix de la grossièreté verbale et de l'outrance gratuite.
Ce qui a le plus choqué, c'est la mise en pièce de toutes les conventions théâtrales. Il ne s'agit pus d'écrire une pièce bien faite, destinée à plaire, mais au contraire de s'en prendre à la notion de vraisemblable, aux règles de la morale, de transgresser le langage en inventant des néologismes (merdre). La première grande subversion de l'espace dramaturgique français. (célèbre formule de Jarry en en-tête : L'action se passe en Pologne imaginaire, c'est-à-dire nulle part)
Importance des surréalistes, qui s'inspirent du théâtre de Jarry. L'idée est toujours de dénoncer les conventions théâtrales en les exhibant.
Extrait de la première scène :
" Merdre " (Scène 1)
PÈRE UBU
Merdre!
MÈRE UBU
Oh ! voilà du joli, Père Ubu, vous estes un fort grand voyou.
PÈRE UBU
Que ne vous assom'je, Mère Ubu!
MÈRE UBU
Ce n'est pas moi, Père Ubu, c'est un autre qu'il faudrait assassiner.
PÈRE UBU
De par ma chandelle verte, je ne comprends pas.
MÈRE UBU
Comment, Père Ubu, vous estes content de votre sort ?
PÈRE UBU
De par ma chandelle verte, merdre, madame, certes oui, je suis content. On le serait à moins : capitaine de dragons, officier de confiance du roi Venceslas, décoré de l'ordre de l'Aigle Rouge de Pologne et ancien roi d'Aragon, que voulez-vous de mieux ?
Les deux grands théoriciens du théâtre moderne : Antonin Artaud et Bertold Brecht
1. Antonin Artaud
Artiste maudit et illuminé, qui a participé au Surréalisme.
Publie en 1938 un texte théorique majeur pour le théâtre au XXe : Le Théâtre et son double.
> Pour Artaud, le théâtre doit être un « Théâtre de la cruauté » : derrière « cruauté » il faut entendre « souffrance d'exister » :
• inspiré du théâtre balinais (gestuelle symbolique, mime)
• selon Artaud, le théâtre doit retrouver sa dimension sacrée, métaphysique, et porter le spectateur jusqu'à la transe. L'acteur doit brûler les planches comme un supplicié sur son bûcher.
• importance de la mise en scène : abandonner le primat de l'auteur pour celui du metteur en scène = les auteurs au XXe ont le souci de la mise en scène => ce qui explique l'invasion des didascalies.
• Les mots ne doivent pas être utilisés pour ce qu'ils sont, mais plutôt « dans un sens incantatoire, vraiment magique – pour leur forme, leurs émanations sensibles et non plus seulement pour leur sens ». Donc, pour pouvoir s'exprimer, le théâtre doit utiliser les sons, les couleurs, les mouvements, les cris,
• Abandon du théâtre psychologique.
2. Bertold Brecht
Brecht (auteur allemand), élabore un théâtre de caractère didactique, à dimension politique. Le théâtre doit amener le spectateur à s'interroger sur son existence et avoir une attitude critique vis-à-vis de l'ordre social qui le détermine.
> Le Petit Organon pour le théâtre, 1949 : théorise l'idée d'un théâtre ≠ du théâtre d'illusion classique.
• la distanciation : pour qu'une prise de conscience ait lieu, le spectateur ne doit pas être passif :
- il ne doit pas pouvoir s'identifier au personnage
- il ne doit pas pouvoir croire la scène réelle
=> il faut instaurer une distanciation entre le public et le spectacle afin d'aiguiser le sens critique du spectateur et qu'il déchiffre le message politique contenu dans la pièce.
Le théâtre engagé de l'après-guerre
Les premières années de l'après-guerre sont pleines d'espérance :
Le besoin de se divertir au sortir de la guerre et de l'occupation : les pièces de boulevards.
Un genre plus grave par des auteurs reconnus, Giraudoux, Sartre, Camus, Anouilh, Claudel : des réactualisations des mythes antiques, l'existentialisme, l'absurde : il s'agit toujours d'un théâtre engagé qui redit sa foi en l'homme et ne remet pas fondamentalement en cause les caractères traditionnels du théâtre classique.
> Ce théâtre, né du sentiment de l'absurdité du monde, va prendre son essor aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale.
> Pour des auteurs comme Sartre et Camus (action politique, résistance, journalisme : auteurs engagés), le théâtre se révèle le genre idéal pour réfléchir à l'attitude de l'homme confronté à l'épreuve du choix de la servitude ou de la liberté.
La rupture des années 1950
Les désillusions des années 1950 : ravages de la bombe atomique d'Hiroshima, découverte de l'horreur des camps d'extermination nazis, mouvements d'indépendance dans les colonies des puissances européennes, ségrégation raciale et maccarthysme aux USA, l'URSS dans le stalinisme, la guerre froide, les inégalités sociales, la société de consommation et l'engouement pour le modernisme,
Les guerres : guerre de Corée dès 1950, guerre d'Algérie à partir de 1954, progrès et perfectionnement de la menace nucléaire. « Le néant guette ».
Des progrès scientifiques certes mais seulement ne donnent à l'homme que l'illusion de maîtriser sa vie L'homme voué à la dégénérescence, à la destruction, à la mort, et par conséquent à l'insignifiance.
La naissance du « Nouveau théâtre »
Ces temps de crise, ce sentiment de vide, cette faillite des valeurs humaines ne pouvaient plus se dire à travers les thèmes du théâtre de l'après-guerre. Tout en travaillant isolément, les dramaturges du « Nouveau théâtre » vont tenter de donner une forme à ce vide pour mieux le révéler, d'utiliser la théâtralité pour mieux dénoncer celle de la condition humaine. Ionesco, Beckett, Adamov, Genet ont créé leurs œuvres sans concertation, mais ils ont tous en commun d'avoir voulu détruire les codes du théâtre classique, tout en gardant quelques conventions, mais vidées de leur contenu. C'est pourquoi ce « nouveau théâtre » a parfois été appelé « antithéâtre ».
L'appellation de « théâtre de l'absurde » renvoie davantage à une rencontre entre des écrivains indépendants dont le souci commun était de renouveler l'art théâtral : de déconstruire le théâtre hérité des siècles précédents pour représenter sur la scène un homme moderne perdu dans un univers devenu opaque, égaré au sein d'une société où la consommation entre individus paraît plus difficile. Voir « la philosophie de l'absurde » : Sartre, La Nausée (une nouvelle liberté) et Camus, Le Mythe de Sisyphe (une nouvelle révolte).