Bérénice, une élégie?
Notes pour répondre à cette question:
Bérénice, une élégie?
Elégie: chant de deuil, de déploration,
Pas vraiment un genre littéraire plutôt un registre ( élégiaque)
Exprime mélancolie, tristesse, nostalgie CF Boileau "Art Poétique."
Donne à entendre la violence du sentiment amoureux.
Deuil amoureux =coeur de l'action + simplicité dramatique + "tristesse majestueuse " CF Du Bellay refusant la grandiloquence de Ronsard : « Je me contenterai de simplement écrire/ce que la passion seulement me fait dire/sans rechercher aileurs plus graves arguments »
Préfère la douce violence à la véhémence excessive.
Motifs élégiaques liés au discours amoureux et à l'expression de la douleur.
*Souvenirs : évocation du passé comme lieu d'origine de l'amour cf Antiochus
Regret et mélancolie face à la fuite du temps et de l'amour
« Dans l'Orient désert, quel devint mon ennui !/Je demeurai longtemps errant dans Césarée,/Lieux charmants où mon coeur vous avait adorée.
Je vous redemandais à vos tristes Etats.
Je cherchais en pleurant les traces de vos pas. » I,4
Antiochus hanté par l'image de Bérénice, tristesse qui contamine sa perception du réel.
*l'exil : la séparation avec l'être aimé est vécue comme une errance perpétuelle
Cf "Dans un mois, dans un an, comment souffrirons nous..."
« tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie. »: pureté des sentiments, retenue, pas d'excès, qui touche.
Les pers. se condamnent à une vie bien plus douloureuse que la mort elle-même.
Apparente sérénité de leur choix final rend encore plus cruelle la mort symbolique à laquelle ils se résignent.cf Bérénice au dernier acte "Adieu, servons tous trois d'exemples à l'univers/de l'amour la plus tendre et la plus malheureuse/dont il puisse garder l'histoire douloureuse."
Vocabulaire héroique et moral et vocabulaire galant mêlé : formulation pas grandiloquente cependant : simplicité humaine, condition humaine typique : libre-arbitre : faire des choix qui font mal mais qui grandissent, impossibilité de forcer l'autre à l'amour.
Poésie élégiaque : chant de deuil, simplicité expressive et musicalité des mots, dépouillement du vocabulaire, rigueur syntaxique, importance du rythme :
« Ah, Rome! Ah , Bérénice ! Ah, prince malheureux!
Pourquoi suis-je empereur? Pourquoi suis-je amoureux ? »
Déchirement, désarroi : anaphore du "ah", rythme ternaire puis binaire, allitération en r, assonnance en an, soupirs et plaintes : « Sourdine » racinienne.
CF mise en scène de Gruber : économie de gestes, absence de contacts, parler presque chuchoté jusqu'au déchirant « hélas » final.
Elégie dans l'action : pas de dynamique dramatique selon certains critiques mais élégie joue un rôle dans l'action :II,2 introspection de Titus pour accepter les contraintes de sa décision
IV,5 élégie qui devient argument pour exprimer le refus de Bérénice devant tant de souffrance.
Dernière scène : résolution sublime qui tente de hisser la douleur en exemplarité, en preuve d'amour.
La structure dramatique = long travail de deuil amoureux
Semble anti-dramatique car renvoi chacun à sa propre douleur, pas de dialogue réel entre les personnages : « dévoiement de la parole théâtrale ordinaire » mais expression la plus appropriée du cheminement vers le renoncement consenti.
Cependant cherche à influencer l'autre, pas seulement soliloque déploratif.
Originalité de cette pièce et modernité.