La fonction du comique dans la scène 9 de la Dispute
Voici quelques suggestions suite au cours de mercredi 12 mai
Les procédés du dévoilement de la coquetterie :
Le comique est lié aux attitudes des deux jeunes femmes et à leur façon de s'exprimer et de se concevoir :
Observation, comparaison, évaluation réciproque, épreuve du miroir. ( cf que vois-je ?, « elle me considère avec attention », « (elle se regarde dans son miroir).. .c'est encore moins une Eglé… je crois pourtant qu'elle se compare ») ; Comique de geste dans l'impolitesse de l'observation et dans l'attitude orgueilleuse de la contemplation dans le miroir.
Dénigrement de l'autre : cf Adine : « elle a quelque chose d'insipide », termes péjoratifs qui témoignent de mépris : « cette figure-là (démonstratif mal poli), Eglé : « une espèce qui ne me revient pas ».
Même dans la concession d'Adine aux qualités d'Eglé, l'expression en est méprisante, ce qui est positif est atténué par le choix de l'adjectif « passable », qui signifie très moyen ou par l'adverbe »assez » qui atténue la puissance de l'adjectif « gentille ». Difficulté à reconnaître les qualités de l'autre.
Le dénigrement va être poussé jusqu'à l'agressivité : cf Eglé » Qu'est-ce que cela me fait ? », cf l'aparté : « Je la battrai de bon cœur avec sa justice » : exaspération mutuelle croissante, incompréhension totale alors qu'elles sont faites sur le même modèle ! cf Adine :« il n'y a qu'à voir . » Eglé : « mais c'est aussi en voyant que je vous trouve assez laide ». Comique de geste et de situation : effort pour se contenir, gestes d'exaspération, mimiques d'énervement, rage qi transparaît etc
Adine explique l'attitude d'Eglé par la jalousie : » c'est que vous me portez envie ». La tension qui augmente indique qu'elle sont proches d'en venir aux mains, de se battre et blesser. Cf aussi les rires méprisants à propos du miroir et la réplique d'Eglé : « n'ai-je pas deviné qu'elle me déplairait ? »
Agressivité de la tentative de faire taire l'autre, faire taire et admirer l'autre, voilà le but de leur rencontre.
Valorisation de soi auto satisfaite : Eglé :« C'est moi qui charme les autres »,Inflation de pronoms personnels de première personne, avec parfois de sreprises anaphoriques pour insister : surtout chez Eglé : cf « Mais qu'est-ce que vous ? Est-il question de vous, Je vous dis que c'est d'abord moi qu'on voit, moi qu'on informe de ce qu'on pense ; voilà comme cela se pratique, et vous voulez que ce soit moi qui vous contemple pendant que je suis présente ! » +opposition entre vous et moi.
Eloge de soi-même et de son pouvoir de séduction quasi magique comme le prouvent les connotations des mots employés : « charme, enchanter, ravir »
Affirmation réitérée tout au long de la scène de leur beauté : hyperboles liées aux accumulations de termes laudatifs :« c'est la plus belle à attendre »,« Je suis l'admiration de, me traitent de merveille, je ravis, » Comique de gestes lié au fait qu'elles peuvent parader l'une devant l'autre, tourner sur elles-mêmes pour se faire admirer, faire des mines, rehausser leur taille pour en imposer etc
Expression claire et spontanée du narcissisme : Adine :« je suis si belle, si belle que je me charme moi-même toutes les fois que je me regarde. »: formule parfaite du narcissisme, se plaît à elle-même , est amoureuse de sa propre image que l'autre doit refléter par son admiration.
La même chose pour Eglé : « Je ne me considère jamais que je ne sois enchantée, moi qui vous parle »
Désir d'être admirée mais refus de le faire pour l'autre : Adine :« N'êtes-vous pas charmée de moi ?, N'êtes-vous pas bien aise de e voir ? Comment me trouvez-vous ? Certitude de procurer du plaisir aux autres à la simple vue cf champ lexical de la vue très présent : voir, considérer, admirer, regarder, contempler, étonner
Toutes les deux traitent les autres comme des faire-valoir de leur propre personne : cf la référence aux trois autres personnes qui les admirent puis à la fin du passage, l'appel d'Adine au ruisseau et à Mesrin pour confirmer la beauté de son visage auquel répondra Eglé du tac au tac : »Il ne vous regarderait pas s'il me voyait » -Ironie tragique car c'est ce qui arrivera dans la suite de l'histoire !-en rappelant la présence d'Azor dont elle est « la vie », ainsi que l'existence du « miroir ». Comique de mettre sur le même plan des personnes et des objets dont le seul but pour elles est de témoigner de leur beauté.
L'ensemble des procédés comiques visent à rendre les jeunes filles ridicules et ce d'autant plus qu' alors qu'elles se croient différentes, plus belles, supérieures à l'autre, elles sont en fait semblables dans leur narcissisme : elles disent et font la même chose même si elles utilisent des synonymes; elles utilisent les mêmes arguments : trois personnes qui les aiment, un amoureux, un ruisseau, un miroir. Elles sont doubles et des miroirs l'une de l'autre au plan de la coquetterie. Ce qui est dévoilé, c'est que la coquetterie semble innée chez les femmes puisqu'Eglé et Adine sont à l'état de nature et qu'elles agissent spontanément. Leçon cruelle : il n'y a en elles aucun intérêt pour autrui, elles ne sont occupées que d'elles mêmes.