Penser après les cours...!

Copie de Magali: dissertation sur Bérénice

Par cyberblaise - publié le mercredi 12 mai 2010 à 16:54 dans Bérénice de Racine

Jonas

Magali

1S1

Jeudi, 22 avril 2010

 

Dissertation de français sur Bérénice de Racine

 

 

Sujet : Gilles Aillaud affirme qu'il est des pièces qui ne sont pas à représenter mais à lire alors même qu'il travaille à la mise en scène de Bérénice à la Comédie française.

Pensez-vous que Bérénice soit davantage un poème comme on le lui a reproché ou une véritable tragédie ?

 

 

Dissertation :

 

Lorsqu'un écrivain écrit une pièce de théâtre, il a généralement une idée précise de la façon dont il la voit mise en scène. Mais chaque lecteur s'approprie le texte et s'en fait une idée personnelle. Certains ne la voient même pas adaptée ! C'est le cas pour Bérénice de Racine, célèbre écrivain français du XVIIème siècle,  parue en 1670, durant une période de gloire de la tragédie classique. En effet, dès sa sortie elle provoqua une controverse : certains l'appréciaient en tant que tragédie tandis que d'autres ne la considéraient que comme un poème inadaptable au théâtre. Par exemple, Gilles Aillaud, peintre, scénographe et un peu écrivain du XXème siècle, affirme qu'il est des pièces qui ne sont pas à représenter mais à lire, alors même qu'il travaille à la mise en scène de Bérénice en 1986 avec le célèbre metteur en scène Klaus Grüber à la Comédie française. Cette déclaration peut paraître surprenante, surtout au moment même où il travaille sur la mise en scène de cette œuvre. Pourtant Bérénice est une des pièces les plus représentées au monde avec quatre mises en scène par an en moyenne. C'est pourquoi nous étudierons dans un premier temps ce qui peut amener Gilles Aillaud à penser que cette pièce est plus un poème qu'une pièce de théâtre, puis en quoi la pièce est une véritable pièce à représenter ; enfin, nous verrons si les faits de procurer un plaisir à la lecture et durant la représentation sont vraiment incompatibles.

 

 

 

Dans la même interview, Gilles Aillaud dit aussi que, pour lui, mettre en scène Bérénice « c'est comme si on voulait mettre en scène un poème de Baudelaire ». Cette phrase rejoint un peu certaines critiques faites à Bérénice lors de sa sortie, qui consistaient à reprocher à la pièce de n'être qu'un poème.

Ces reproches se fondent principalement sur le fait que Bérénice est un texte poétique avec un travail d'écriture très approfondi. L'œuvre est en effet écrite en vers et en alexandrins et contient  plusieurs passages considérés comme de véritables réussites poétiques. Il y a, par exemple, la scène 4 de l'acte I dans laquelle Antiochus déclare son amour à la reine au travers d'un discours poétique et lyrique en alexandrins. Le lyrisme apparaît dans des phrases telles que « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » et ainsi accentue les sentiments d'Antiochus. « Avec tout l'univers j'honorais vos vertus » vers 269 ; « Cent fois je me suis fait une douceur extrême » vers 271 sont des hyperboles qui servent la musicalité de la langue ainsi que l'oxymore « Qui me voyant toujours, ne me voyaient jamais. » vers 277. Dans la scène 4 de l'acte IV, le monologue de Titus est un monologue lyrique construit en rythme binaire avec une  ponctuation expressive à travers les nombreuses questions rhétoriques qui expriment son indécision et une personnification de Rome,  vue tantôt comme une rivale amoureuse pour Bérénice, tantôt comme un double de Titus. Dans la scène 5 de l'acte IV, mettant en scène la discussion entre Bérénice et Titus, il y a notamment l'écrasement des sentiments humains dans les vers 1111 jusqu'à 1117. Enfin la dernière scène, qui est la scène 7 de l'acte V, est un modèle de poésie pathétique et élégiaque. En effet, Bérénice décide de faire le sacrifice de son amour et de devenir un exemple de sacrifice pour la raison d'état. Le texte comporte le champ lexical de la tristesse à travers les mots  « désespoir » vers 1472,  « pleurs » vers 1473, « horreurs » vers 1474, associé à un champ lexical de l'amour qui apparaît à travers « j'aimais » (deux occurrences) vers 1479, « amour » vers 1480, « j'aime » vers 1496. Ceci, plus le chiasme vers 1500 : « Je l'aime, je le fuis ; Titus m'aime, il me quitte. », exprime la déception amoureuse présente dans toute la pièce. La dernière réplique « Hélas! » vers 1507  prononcée par Antiochus résume toute la dimension élégiaque de la pièce ainsi que sa tristesse. Tous ces passages correspondent à la poésie, caractérisée par une utilisation musicale de la langue et par des images qui lui permettent de donner à ressentir aux lecteurs des émotions et des sensations.

La richesse du texte est aussi due à des procédés d'écriture tels que l'ironie tragique dans laquelle est bercée Bérénice durant les quatre premiers actes, qui est particulièrement visible dans la scène 5 de l'acte I où elle décrit l'apothéose de Vespasien à Phénice en décrivant Titus comme omnipotent et au centre de tout, sans s'apercevoir que ce sont justement ces personnes autour de lui qui forment un obstacle entre elle et lui. La description est d'ailleurs un aspect intéressant de plus dans le passage car il pose le problème de la description d'un lieu qui ne peut être montré au théâtre. Dans la scène 4 de l'acte IV, le monologue de Titus avant d'aller voir Bérénice pour lui annoncer la séparation, il y a aussi un travail d'écriture sur l'ambivalence du personnage de Titus, à la fois empereur et amoureux, visible notamment à travers la structure binaire du texte. Ces scènes sont  un exemple du travail d'écriture de Racine tout au long de la pièce.

La pièce peut être vue comme un véritable poème aussi à cause de sa dimension élégiaque qui transparaît essentiellement à travers le personnage d'Antiochus ou la description de certains lieux. L'élégie est un genre rattaché à la poésie, consistant en une sorte de plainte et dans lequel s'expriment le plus souvent l'amour et les souffrances qui en découlent. Antiochus est un personnage élégiaque car il ne cesse de se plaindre sur son sort tout au long de la pièce, par exemple avec « pour mon malheur »vers 194 ; « Le triste Antiochus »vers 197 ; « Hélas d'un prince malheureux » vers 687 ; « Mais d'un soin si cruel la fortune me joue » vers 1280 ; « Qu'ai-je donc fait, grands dieux ? Quel cours infortuné A ma funeste vie aviez-vous destiné ? » vers 1297-1298. « Ô ciel ! » vers 719, 850, 1269 ; « grands dieux! » vers 777 ; « Dieux! » vers 883 font partie de ses implorations fréquentes au ciel, qui montrent qu'il est dépassé par les événement et se plaint sans arrêt, ainsi que ses six « Hélas ! » durant la pièce, dont celui qui la clôture. Le mot « hélas » apparaît d'ailleurs vingt-sept fois dans la pièce (six prononcés par Antiochus, six par Titus et quinze par Bérénice), ce qui renforce son côté élégiaque. Antiochus est élégiaque aussi parce que c'est le seul à être vraiment soumis à une force supérieure : l'amour de Bérénice et de Titus. Il ne décide de rien et subit leurs décisions, il fait de la peine car il passe par des moments de tristesse, lorsqu'il pense perdre Bérénice pour toujours, et d'espoir successifs, lorsqu'il se voit chargé de veiller sur Bérénice par Titus. A la fin c'est le seul qui ne gagnera rien car Titus deviendra empereur de Rome, et Bérénice un véritable exemple de par son sacrifice qui l'honore. Dans la scène 4 de l'acte I,  Antiochus fait dans son discours à la reine une évocation de lieux qui les rend aussi élégiaques. Les lieux où Bérénice est née sont élégiaques car ils sont les témoins de la naissance de l'amour de Antiochus dans les vers 188 à 190, puis ils deviennent dans le reste de la scène les témoins de son amour battu face à l'amour de Bérénice pour Titus, et donc les témoins du malheur d'Antiochus. Puis dans les 234 à 238, ils sont les témoins de l'errance d'Antiochus lors du départ de Bérénice pour Rome. A partir du vers 240 jusqu'à la fin, c'est l'Italie qui devient un lieu élégiaque en étant le témoin du dernier coup du sort d'Antiochus : il devient l'ami de Bérénice et Titus et doit cacher son amour derrière de l'amitié.

Le fait de cantonner Bérénice à un simple poème provient aussi du fait que la pièce ne correspond pas aux règles de la tragédie classique. En effet, la pièce est très courte (elle ne contient que 1507 vers) et  il y a très peu d'action. Dans les faits, l'intrigue se résume à « comment Titus va-t-il annoncer la séparation à Bérénice », tout est très statique, elle ne se finit pas par un événement funeste, les personnages ont le choix (sauf Antiochus), il n'y a pas de force supérieure ce qui enlève l'idée de destin et il y a très peu de didascalies.

Aillaud dit d'ailleurs qu'il n'a eu aucune image en lisant Bérénice et qu'il s'est alors inspiré, « en désespoir de cause », d'éléments réels qu'il a vus, en l'occurrence l'appartement de Grüber et un tableau de Matisse, et de symboles liés aux personnages et au contexte historique. Par exemple la froideur, l'oppression de l'appartement de Titus qui renvoie à son univers romain, ou encore le rideau en mouvement de celui de Bérénice dans des teintes vertes et rouges qui rappellent  l'Orient dont elle est originaire. C'est un des éléments qui l'amènent à penser que la pièce n'est pas à représenter.

Ainsi Bérénice est une véritable œuvre poétique à travers un travail d'écriture recherché, des passages poétiques et une dimension élégiaque.

 Cependant, même s'il est vrai que l'œuvre contient un véritable texte poétique, elle n'en reste pas moins une pièce de théâtre à représenter.

 

Racine l'a d'ailleurs conçue dans l'idée qu'elle soit représentée et le dit explicitement dans sa préface à travers des allusions au théâtre comme « durant cinq actes » , « leurs spectateurs » , « tragédie […] dont la trentième représentation » , « règle du théâtre » . Il la considère aussi comme une véritable tragédie. En effet, il parle de « sujet d'une tragédie » en évoquant le thème qu'il a choisi, dit que la scène d'adieu « n'est pas le moins tragique de la pièce » et emploie de nombreuse fois l'occurrence « tragédie » tout au long de sa préface pour désigner son œuvre. Comme elle a été écrite pour être représentée, Bérénice doit quand même avoir des caractéristiques de pièce de théâtre.

Malgré le peu d'indications de mise en scène, Gilles Aillaud reconnaît qu'il y a quand même des indications sur la scénographie dans le texte, comme dans la scène 1 de l'acte I quand Antiochus décrit brièvement les lieux traversés à ce moment  -et qui vont être les seuls de toute la pièce- :

 

« Antiochus  
Arrêtons un moment. La pompe de ces lieux,   
Je le vois bien, Arsace, est nouvelle à tes yeux.   
Souvent ce cabinet superbe et solitaire   
Des secrets de Titus est le dépositaire.   
C'est ici quelquefois qu'il se cache à sa cour,   
Lorsqu'il vient à la reine expliquer son amour.   
De son appartement cette porte est prochaine,   
Et cette autre conduit dans celui de la reine. » 

 

Racine a donc quand même mis quelques indications sur la façon de mettre en scène la pièce.

Bérénice est surtout axée sur la profondeur des sentiments éprouvés par les personnages. En effet, malgré leur déchéance sentimentale, ils restent très nobles malgré tout, ce que Racine a d'ailleurs qualifié de « tristesse majestueuse ». Il dit aussi que pour avoir une bonne tragédie, il suffit « que les passions y soient excitées, et que tout s'y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie ». La représentation d'une pièce de théâtre sert entre autre à décupler les sentiments et transmet ainsi plus facilement aux spectateurs les émotions véhiculées par la pièce. Ainsi, Bérénice prend une dimension encore plus forte lorsqu'elle est jouée. Racine dit d'ailleurs que pour qu'elle soit réussite il faut que « les acteurs soient héroïques ».

Certaines scènes prennent une autre dimension quand elles sont représentées. Il y a par exemple la scène 4 de l'acte IV, qui met en scène le monologue de Titus avant d'aller voir la reine, et qui montre toute l'ambivalence de ses sentiments. Lors de la mise en scène, le jeu de l'acteur peut encore insister sur cette ambivalence en changeant de position sur scène en fonction de la facette de Titus qui est exprimée. Il peut par exemple être courbé sous le poids de la douleur lorsqu'il est amant et droit et fier lorsqu'il est empereur. Il formule aussi une critique de lui-même et semble se punir, se  « mettre au coin » ; cette sensation peut être renforcée par le jeu de l'acteur. Il y a aussi des apartés comme par exemple le vers 183 : « Il fallait partir sans la revoir » qui ne prennent leur véritable sens que lors d'une représentation. Tous ces éléments ne prennent leur véritable signification que lors d'une représentation théâtrale et apportent donc une dimension supplémentaire  à la lecture lors d'une représentation.

De plus l'œuvre a bien la structure primaire d'une pièce de théâtre : elle est découpée en actes et en scènes, elle présente une intrigue au travers de dialogues entre personnages et possède les quatre phases d'une pièce de théâtre : l'exposition, le nœud, les péripéties et le dénouement. A travers sa réponse à l'abbé de Villars : « Il parle de protase […], et veut que cette première des quatre parties de la tragédie soit toujours la plus proche de la dernière, qui est la catastrophe. » Racine confirme  qu'il a suivi ces quatre phases et précise bien qu'il s'agit d'une véritable tragédie. Il parle en effet de protase qui correspond à l'exposition et de catastrophe qui correspond au dénouement (le nœud étant l'épitase et les péripéties la catase). On peut affirmer aussi que la pièce est  une tragédie car elle met en scène des héros illustres ; Bérénice reine de Palestine, Titus futur empereur romain et Antiochus roi de Comagène, et contient une allusion à la mythologie greco-romaine au travers des personnages et du lieu (Rome).  De plus, elle suscite de la pitié à cause de la déchéance amoureuse des personnages et des souffrances qu'ils ressentent et est surtout écrite en alexandrins, typiques de la tragédie classique. Selon Racine, Bérénice est donc une véritable tragédie.

Toutes les critiques destinées à  prouver qu'il s'agit d'un poème ont trouvé une réponse de la part de Racine. La principale critique fut que la pièce ne présentait pas une intrigue assez étoffée. Or Racine revendique cette simplicité, en effet il dit lui même avoir voulu « faire quelque chose de rien » et évoque comme exemples de grands écrivains Horace, Sophocle, Térence ou encore Ménandre qui ont écrit des ouvrages très connus et très simples. Il soutient même que le trop plein d'action n'est pas réaliste alors qu'une tragédie doit l'être, et que le véritable art est de captiver le public avec une pièce en cinq actes complètement fondée sur « une action simple, soutenue de la violence des passions, de la beauté des sentiments et de l'élégance de l'expression. », ce qui est entièrement le cas de Bérénice. En effet, l'action réside en premier lieu dans la manière dont Titus va annoncer la séparation à Bérénice ; en deuxième axe il y a le personnage d'Antiochus. Il y a donc une forte  présence de la violence des passions et de la beauté des sentiments, et l'élégance de l'expression est représenté par la richesse du texte.

La deuxième critique fut qu'une pièce avec aussi peu d'action ne pouvait pas respecter les règles de la tragédie. Racine explique que pour lui il n'y a qu'une seule vraie règle : plaire et  toucher, qu'il a voulu faire une tragédie moderne et que ce n'est pas parce qu'une pièce ne répond pas aux règles qu'elle n'est pas une véritable tragédie. L'important est qu'elle touche les gens et qu'elle leur plaise. Il est vrai qu'elle ne  respecte pas une des principales caractéristiques de la tragédie qui veut qu'elle finisse sur un événement funeste : Racine explique que, Bérénice n'étant pas mariée à Titus, elle ne se doit pas la mort.

La manière dont Racine se défend contre toutes les atteintes portées à sa pièce prouve bien qu'elle a été écrite dans l'intention d'être représentée et qu'il s'agit bien d'une véritable pièce de théâtre.

 

Bérénice est à la fois un texte très riche et poétique et une véritable pièce de théâtre. Les deux ne sont donc pas indissociables, bien au contraire.

 

Le texte d'une pièce de théâtre est avant tout une œuvre littéraire qui procure un plaisir à la lecture par la beauté du texte et la qualité du travail d'écriture. En lisant la pièce nous avons le temps d'apprécier, chacun à son rythme, ce que l'auteur a voulu faire ressortir et le travail d'écriture, ici la beauté des sentiments et la « tristesse majestueuse » qui ressortent au travers de registres pathétiques, lyriques et élégiaques. Nous nous faisons aussi notre propre conception des personnages et de la mise en scène à partir des indications données par l'auteur. Puis en assistant à une représentation théâtrale nous apprécions plus les sentiments que procure la pièce et nous voyons la vision du metteur en scène sur l'histoire, ce qu'il a voulu principalement faire ressortir (le personnage de Bérénice, celui d'Antiochus,...) ainsi que la vision des acteurs sur leur personnage.

En effet le même personnage peut être joué de manière différente selon les acteurs et les traits de caractère qu'ils ont privilégiés. Bérénice est d'ailleurs l'une des pièces les plus représentée au monde et est rarement jouée de la même manière. L'absence de directives claires pour la mise en scène permet donc à chaque personne s'attachant à faire une mise en scène de Bérénice de laisser sa vision de la pièce et son imagination s'exprimer librement.  Cette absence de consignes claires, alliée à la difficulté de mettre en scène la pièce à cause de ses alexandrins et de sa dimension sentimentale profonde et dominante, représentent une sorte de défi pour les gens du métier, d'ailleurs clairement formulé par Lambert Wilson, metteur en scène de Bérénice en 2001 :  «j'aime beaucoup l'idée qu'on puisse aborder une tragédie de Racine avec la même précision diabolique avec laquelle les musiciens abordent une partition ». Il fait surtout allusion à la difficulté de ne pas effacer le travail d'écriture de Racine et d'avoir une diction correcte des alexandrins.

Cette difficulté attire de nombreux metteurs en scène de renom tels que Lambert Wilson, Klaus Grüber, Roger Planchon ou Jacques Lassalle, ainsi que des acteurs prestigieux comme par exemple Denis Manuel, Robin Renucci, Didier Sandre, Ludmila Mikaël, Richard Fontana ou encore Kristin Scott Thomas. Ainsi grâce au travail d'écriture, les représentations théâtrales de Bérénice réunissent des metteurs en scène et des acteurs parmi les meilleurs, ce qui donne presque déjà un gage de qualité de la représentation.

En effet, en raison de la profondeur des sentiments exprimés, le jeu des acteurs est très important. Ils doivent jouer le plus justement possible, surtout les passages poétiques de la pièce, et respecter son esprit. Dans le même temps, leur présence sur scène doit combler le manque de mouvement et la simplicité de la pièce. Ainsi ils touchent encore le spectateur et en même temps ne l'ennuient pas avec des tirades longues et assommantes. Voltaire dit d'ailleurs que « Toutes les fois qu'il s'est rencontré un acteur et une actrice dignes de ces rôles de Titus et Bérénice, le public a retrouvé les applaudissements et les larmes ».

Une preuve que pièce de théâtre et poème ne sont pas indissociables réside dans le fait qu'une des pièces de théâtre les plus représentées au monde à été fortement inspirée par la poésie. En effet Racine a trouvé son inspiration et son thème dans un poème de Virgile qui raconte notamment la violence des passions et cite le poète Horace dans sa préface car il s'est inspiré de son idée sur la simplicité des œuvres.

Finalement lecteur et spectateur se complètent. En effet, la lecture permet une première approche de l'œuvre, chacun va à son rythme pour prendre le temps de comprendre l'œuvre à sa façon et apprécier le travail d'écriture puis, lors de la représentation théâtrale, le spectateur se laisse bercer par la vision du metteur en scène et apprécie encore plus les sentiments que l'œuvre véhicule. Ainsi les deux approches sont différentes ; loin d'être contradictoires, elles se complètent en amenant deux plaisirs différents qui amènent à apprécier l'œuvre dans sa totalité.

De plus, Bérénice, grâce à la liberté laissée à  la mise en scène et à la difficulté de son texte travaillé au niveau sentimental, est une œuvre littéraire qui représente un véritable défi pour les gens qui s'engagent dans le projet de sa représentation et offre à chaque fois une représentation différente selon sa perception par le metteur en scène. Elle est souvent de bonne qualité grâce à la combinaison du  talent des acteurs et de la beauté de son texte.

 

 

 

Bérénice est donc une véritable œuvre littéraire qui peut être assimilée à un poème à cause de son travail d'écriture et de ses aspects lyriques, poétiques et élégiaques. Mais c'est avant tout une vraie pièce de théâtre à représenter car elle a été écrite dans cette optique et sa dimension sentimentale ne prend sa vraie mesure que lors d'une représentation. Lecteur et spectateur se complètent alors pour pouvoir apprécier la pièce dans son ensemble et le défi qu'elle propose à ceux qui travaillent sur sa représentation permet de donner du plaisir à toutes les parties. N'est-ce pas là d'ailleurs le plus important? Pouvoir prendre du plaisir quelle que soit son entrée dans la pièce ? En cela l'œuvre de Racine ne peut-elle pas être qualifiée de véritable chef d'œuvre puisqu'elle offre une approche intéressante poétique comme théâtrale ?

 



Page précédente | Page 1044 sur 1224 | Page suivante
Ce blog est une invitation à se cultiver après les cours pour mes élèves du lycée Camille See de Colmar. J'aimerais qu'il devienne le lieu d'approfondissement des petites digressions qui font le charme des cours et aussi l'occasion d'échanger nos bonheurs de lecture et des informations sur les événements culturels susceptibles de nourrir notre vie.
«  Juillet 2026  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031 

Derniers commentaires

- Apollinaire sur prepabac.org (par Visiteur non enregistré)
- Commentaire sans titre (par Visiteur non enregistré)
- Merci (par Visiteur non enregistré)
- Remerciment (par Visiteur non enregistré)
- eethetyh (par Visiteur non enregistré)

Canal RSS

Abonnement