Jacques et la Lison, lecture analytique chapitre 5
2. Comment la machine est-elle mise en valeur ? En quoi peut-on dire que Jacques fait l'éloge de la locomotive ? Relevez les procédés de l'éloge ?
La machine est mise en valeur par des adjectifs et tournures valorisantes : « elle avait des qualités rares de brave femme ». La personnification est en soi déjà une valorisation. Lantier dira même qu'elle possède « une âme, une personnalité », ce qui n'est pas le cas de toutes les machines. La Lison devient alors une machine quasi « fantastique », qui sort de l'ordinaire car un mystère est lié à sa fabrication. (A rapprocher sous cet angle de l'alambic dans L'Assommoir ou du Voreux, la mine dans Germinal)
Les qualités vont être à la fois physiques et morales et sont liées à son bon fonctionnement : « douce, obéissante, facile au démarrage, marche régulière » : elle ne présente pas de difficultés de fonctionnement. Le narrateur utilise des intensifs : « tant de », « excellent », « parfait », parle d' « aisance », ce qui est synonyme de « facilité », « elle vaporisait si bien que ». L'accumulation des termes laudatifs acquiert une valeur hyperbolique qui montre que Lantier célèbre vraiment sa machine.
Lorsque par métaphore elle est assimilée à un animal, c'est un animal mythique, « une cavale vigoureuse et docile » qui associe force et élégance. Sa principale qualité est son obéissance à celui qui la conduit comme le montre les adjectifs « obéissante » dans le premier paragraphe et « docile » dans le deuxième, et qui se traduit en conséquence par le fait qu'elle « partait et s'arrêtait vite ». Du coup, le couple que forment les hommes et la machine prend une dimension épique.
Cependant l'éloge semble à nuancer puisque Lantier a « un reproche à lui adresser, » , un seul : une grande consommation de graisse dont Lantier parle , poursuivant la personnification, comme d'un appétit vorace lié à son « tempérament » à travers les termes « dévoraient des grandes quantités de graisse », « faim continue », « passion gloutonne » et là encore il la compare à un être humain : « de même qu'on ferme les yeux sur un vice, chez les personnes qui sont d'autre part pétries de qualités » en faisant une généralisation dont témoigne le présent de généralité employé comme s'il sollicitait l'assentiment du lecteur en l'associant à son jugement valorisant sur la Lison. En fait, son défaut la rend encore plus sympathique puisque plus comparable à un être humain.
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3. Quelles relations Jacques entretient-il avec sa machine ?
Dans l'ensemble du passage, Lantier insiste sur l'amour qu'il lui porte : le verbe « aimer » est répété en début de chaque paragraphe avec des effets hyperboliques dans l'expression « aimer d'amour », commenté par le présentatif « c'était vrai ». ( quatre occurrences du verbe « aimer » qui rythment l'éloge.)
Elle est assimilée à une femelle animale ou même à une femme : Lantier parle en homme d'expérience qui peut la comparer à d'autres locomotives : « Il en avait mené d'autres, des dociles et des rétives, des courageuses et des fainéantes » , « chacune avait son caractère ». Il reconnaît lui-même qu'il parle d'elle « comme on dit des femmes de chair et d'os ».Elle est « une brave femme ».
Les raisons de cet amour sont expliquées dans le texte : « en mâle reconnaissant », Jacques sait qu'il lui doit un bon revenu, l'estime des autres pour sa qualité de mécanicien que le texte assimile à une sorte d'activité de dompteur, de cavalier, maître de sa monture.
Mais leur relation paraît aussi érotisée selon un schéma assez machiste dominant/dominée : il la « mène », elle « obéit ». Les mots peuvent être à double entente : un champ lexical à connotation érotique affleure : « femme de chair et d'os, dociles, rétives, douce, obéissante, une vraie débauche, vice, tempérament, passion gloutonne ». Cette interprétation est d'autant plus autorisée que le passage se clôt sur « la plaisanterie » grivoise qui a cours dans le milieu viril des cheminots de la locomotive qui « à l'exemple des belles femmes » « avait le besoin d'être graissée trop souvent », allusion sexuelle sans équivoque.