Proposition de plan détaillé de commentaire sur l'Ecole des femmes
Acte III, scène 4 de « Le grés vous a mis en déroute » à « hon chienne ».
Problématique : Quels éléments annoncent déjà dans cet extrait l'échec total du plan d'Arnolphe ?
Eléments d'intro : Horace rapporte ici ce qui n'a pas été montré sur scène : l'épisode du grès jeté par Agnès, conformément aux ordres d'Arnolphe. Mais là où Arnolphe s'attend à entendre le récit d'une déroute pour les tentatives de séduction d'Horace, c'est de sa propre défaite et de la désobéissance d'Agnès, qu'il est obligé d'écouter les détails. Le comique joue ici pleinement à ses dépens et annonce déjà l'échec de tous ses plans.
I. Arnolphe : spectateur forcé de sa propre défaite
a) Le récit d'Horace
Horace rapporte la scène à Arnolphe comme s'il avait assisté à un divertissement et souhaitait en faire partager tous les aspects les plus comiques à son « ami » Arnolphe. Le discours narratif (verbes d'action, verbes au passé composé…) est vivant grâce aux paroles d'Agnès rapportées : « Retirez-vous…. », et au rythme de la tirade : nombreux enjambements, longue phrase exclamative sur plusieurs vers qui montrent l'exaltation d'Horace. Le spectateur vit à la fois le récit d'Horace et la déconvenue d'Arnolphe. Arnolphe est ainsi le spectateur obligé d'un divertissement dont il est l'objet. Horace utilise en effet le vocabulaire du théâtre : « Voyez quel personnage a joué mon jaloux dans tout ce badinage ». Comme si Arnolphe était mis en scène dans le récit d'Horace, pour mieux se moquer de lui.
b) La lettre d'Agnès
Autre « coup » réservé à Arnolphe : la lecture imposée de la lettre d'Agnès. Cette lettre incarne l'intimité reconquise d'Agnès : elle utilise le « je » et Arnolphe n'est plus qu'un « on » indéfini : « On me dit que…. ». Une des maximes du mariage mentionnait que l'écriture était interdite aux épouses, Agnès montre ici qu'elle est à même de faire un usage subtil du langage : « Et voilà ma réponse » : double sens de l'expression. Elle a compris que le langage peut servir à duper mais elle en appelle à la transparence et la sincérité. Là encore, Arnolphe est « obligé » de constater qu'Agnès ne va pas dans la direction qu'il prétendait lui imposer.
c) Les effets comiques
Arnolphe est la grande dupe de cet extrait. Pour en accentuer l'effet comique, Horace au fil de son récit, ne cesse de le relancer pour qu'il vive plus intensément la scène : « N'admirez-vous point ? », « Ne trouvez-vous pas plaisant ? », « Vous n'en riez pas… ». Le quiproquo met le spectateur à l'aise pour rire pleinement des ressorts de farce très subtils de cette scène. Les apartés d'Arnolphe intensifient le comique : « Voilà friponne … », ou « Hom Chienne ».
Transition : Arnolphe, l'arroseur arrosé qui n'a présenté à Agnès que les côtés austères du mariage va trouver un nouvel adversaire : la puissance de l'amour.
II. La puissance de l'amour
a) La vocation didactique de l'amour
L'amour est présenté comme un « grand maître » qui assure la transformation radicale des êtres en très peu de temps : « l'absolu changement devient par ses leçons, l'ouvrage d'un moment ». Il opère une succession de métamorphoses et toujours pour le mieux : l'avare devient libéral, le poltron vaillant, le brutal civil… Autan de qualificatifs qui pourraient d'ailleurs s'appliquer à Arnolphe… Cette vocation didactique de l'amour renvoie au titre de la pièce : « L'école des femmes » dans laquelle Agnès apprend très vite !
b) Un miracle
Le terme « miracle » fait de l'amour l'égal d'une divinité : il donne souplesse et agilité intellectuelle. Grâce à l'amour, Agnès va franchir les barrières matérielles, morales et intellectuelles. Avec peu de moyens : le sens des mots et une pierre : elle renverse la situation. L'attelage de mots abstrait (le sens des mots) et concret (la pierre) souligne cette aisance en créant un effet comique.
c) La femme et l'amour
Là où Arnolphe ne voit la femme que soumise et dépendante et surtout passive, Horace s'enthousiasme pour une femme qui affirme sa liberté d'aimer. En ce sens, Agnès rejoint le mouvement d'émancipation des femmes qui traversera tout le XVIIème siècle autour des précieuses notamment.
Transition : Arnolphe de plus en plus renfrogné perd la maîtrise du jeu surtout que la comparaison avec le jeune, beau et enthousiaste Horace ne joue bien évidemment pas à son avantage…
III. Le contraste des personnages
a) Horace exalté
Après avoir exalté la puissance de l'Amour qui a métamorphosé Agnès, Horace admire, en lecteur attentif, le style ingénu de sa lettre. Il en admire notamment « les termes touchants », sa « manière de pure nature d'exprimer l'amour », sa justesse d'expression : « tout ce que son cœur sent, sa main a sur l'y mettre »… Horace s'affirme comme un être sensible et sentimental et non pas comme le blondin séducteur et calculateur pour lequel Arnolphe voudrait le faire passer aux yeux d'Agnès.
b) Arnolphe ridiculisé
Face à cet Horace rayonnant, le ridicule d'Arnolphe est renforcé. Lui qui ne cherchait en Agnès qu'une « assurance contre le cocuage » au mépris de sa vie et de sa liberté à elle, se révèle terrassé par l'Amour auquel ce « Pygmalion diabolique » est obligé, malgré lui, de céder la première place.
c) La victoire définitive de l'amour
Le grand victorieux de cet extrait est bien entendu l'Amour. Arnolphe n'a pas su se laisser transformer par lui et il a cru jusqu'alors pouvoir se rendre maître du destin. Il en est dès lors la première victime, comme le souligne Horace, il est celui « qu'abuse à ses yeux par sa machine même, celle qu'il veut tenir dans l'ignorance extrême ».