En savoir plus sur la notion de conte, une invite à lire Micromégas de VoltaiRE
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Le conte
Le conte est un sous-genre du genre narratif (ce qui ne signifie pas qu'il est un genre mineur mais une sous-catégorie du roman). Longtemps présenté de façon orale dans des époques et des pays différents, il présente des constantes indépendantes de son lieu d'origine. Frappés par ces ressemblances inexplicables, puisque les collectivités qui le pratiquaient n'avaient pas de contacts entre elles, plusieurs chercheurs se sont penchés sur sa composition. Nous ne vous donnerons que les grandes directions qui ont permis de définir le conte en le différenciant de la nouvelle, distinction relativement récente.
Pour mémoire, nous vous rappelons qu'au XIXe siècle, la distinction ne se faisait pas encore.
Le conte, c'est la magie du verbe, la magie de la parole. C'est aussi un récit populaire romanesque ou d'aventures, ancré dans le folklore et les traditions, le plus souvent plaisant, qui met en scène des personnages merveilleux, c'est-à-dire dont les caractéristiques diffèrent de celles des humains. Le lieu et le temps ne sont pas identifiables. L'action se déroule selon un schéma narratif qui obéit à des règles précises. Le héros se trouve en général dans une « situation initiale » dont la stabilité est interrompue par un « élément perturbateur » : dans le cas de Micromégas, cet élément perturbateur correspond à son bannissement de la cour, qui le contraint au départ. En effet, le plus sou vent, jeune, le héros doit partir pour une quête qui lui assurera la maturité. Il devra subir des épreuves dont le nombre est souvent
mythique1. Il sera aidé par des adjuvants et agressé par des opposants. Les catégories d'épreuves et de dénouements ont été également répertoriées.
La visée du conte est morale et doit permettre aux personnes de la collectivité de trouver une explication (plus ou moins rationnelle) à leurs interrogations, ou de comprendre les origines et les règles dominantes de la société dans laquelle elles vivent. Cette portée morale encourage malgré tout à l'action et non à la passivité et au fatalisme.
Le conte est un genre littéraire très ancien. Les contes les plus célèbres (hormis les contes de fées que vous connaissez tous) écrits avant le XVIIIe siècle sont :
– Le Décaméron, de Bocace (1313-1375) que le metteur en scène italien Pasolini a porté à l'écran dans les années soixante-dix.
– L'Heptaméron, de Marguerite de Na var re (1492-1549), recueil de contes suivi d'un dé bat sur la moralité des récits.
– Les Contes de La Fontaine, 1674.
Le premier souci du conte est de plaire à l'auditoire afin de mieux l'influencer par la suite. Le modèle du genre reste Les Mille et une nuits.
B Le conte philosophique
Il présente au départ les caractéristiques du conte traditionnel, mais s'en éloigne bien vite pour devenir une catégorie à part. C'est Voltaire qui l'a inauguré et il n'a pas eu une descendance très nombreuse.
Avant de définir ce sous-genre particulier, il conviendrait de préciser l'adjectif philosophi -que. Il reste étroitement lié au substantif philosophe. De même, nous vous conseillons de lire avec attention les pages 22 à 27 et 134, 135 de l'édition Larousse que nous vous avons conseillée pour Micromégas.
Rappelons simplement que la philosophie au XVIIIe siècle prend un sens nouveau : elle devient une branche du savoir qui pose les fondements des valeurs morales et organise les con naissances en un système cohérent. Il ne faut sur tout pas oublier, que la philosophie a toujours été, jusqu'à nos jours et en Occident, dirigée et contrôlée par l'église chrétienne. Ain si, au XVIIIe siècle, tous les philosophes, y compris les plus libertins, ne pouvaient raisonner sans Dieu.
Le conte philosophique prend appui sur les données du conte et les détourne au profit de la satire.
Ainsi, les différents épisodes de Micromégas mettent en valeur la capacité de réflexion et l'in telligence du hé ros. Les personnages sont souvent de haut rang ou ont de hautes capacités in tellectuelles afin de permettre une réflexion philosophique. Le déroulement traditionnel du conte peut être détourné de façon caricaturale ou de façon plus subtile. L'humour et l'ironie restent les registres privilégiés. La chronologie classique du conte n'est pas respectée car l'ob jectif principal est l'apparition de situations à portée philosophique et non pas un modèle d'ini tiation pour fin d'enfance. C'est ainsi que le récit se voit « parasité » par des événements sociaux, culturels ou politiques facilement reconnaissables, au détriment de la règle d'atemporalité mais au profit de la satire*.
Cette forme de conte défend une thèse et développe une leçon philosophique. Forme satirique, elle tend vers une fonction didactique ancrée dans la réalité de l'époque d'écriture ; cependant, les problèmes traités gardant souvent une portée universelle, ces écrits peuvent traverser facilement les siècles. La critique n'épargne personne et la forme du conte per met théoriquement d'éviter une censure directe.
Pour tant, leur portée est si visible, que Voltaire dut les renier.
C Le conte voltairien
Les contes de Voltaire sont aujourd'hui la partie la plus connue et la plus appréciée de son œuvre. Ce ne fut pas le cas de son vivant car ce genre n'était pas considéré comme un genre sérieux. Le philosophe les a reniés, du moins officiellement, les traitant de fadaises, de facéties et même de petites coîonneries. Privilégiant les écrits sérieux (théâtre), il ne s'y est essayé qu'en fin de carrière. Mais cette forme littéraire se prête bien à l'humour et à l'ironie. Sa forme brève privilégie l'essentiel et renforce le mordant de la satire tout en prêtant à réflexion. Ces contes reprennent les thèmes qui ont dominé son existence et ses écrits : le mensonge, l'hypocrisie, l'injustice, l'intolérance et le fanatisme. Ils reprennent
la portée morale et philosophique dont nous avons parlé dans le paragraphe précédent et allient finesse et fantaisie à une critique décapante. Jean Labesse, dans l'étude déjà citée, propose une classification des contes de Voltaire :
– Les contes-romans ou contes majeurs avec : Zadig, Micromégas, Candide, L'Ingénu.
Ils ont la composition des créations romanesques traditionnelles et leurs personnages donnent leur nom à l'œuvre (on parle alors d'œuvre éponyme). Ces quatre contes dénoncent les défauts humains, la vanité, l'ambition, la duplicité, mais aussi le mensonge individuel ou collectif.
– Le conte allégorique avec : Petite digression ; Éloge historique de la raison ; Aventures de la mémoire.
Les héros des aventures sont des abstractions personnifiées.
– Le conte oriental avec La Princesse de Babylone, Le Noir et le Blanc, etc.
Ils obéissent avant tout à la mode de l'Orient.
– Le conte philosophique et moral avec : Jeannot et Colin, Aventure indienne ; etc.
– Les contes atypiques, avec Pot-pourri ; L'homme aux quarante écus ; Histoire des voyages de Scarmentado.
Maîtrise du sujet et de l'action, observation et création, procédés de la tradition orale afin de mieux captiver le lecteur, style alerte et tranchant, humour, ironie, effets de contraste et rupture de construction, mélange de ton sérieux et plaisant, de réflexions métaphysiques et d'observations concrètes, registre parfois poétique, Voltaire manie tous les procédés possibles avec une dextérité qui explique sans doute la longévité de ses créations. Sans oublier pour autant la philosophie avec une dominante pessimiste mais non désespérée. Ses héros restent lucides mais n'abandonnent pas, se contentant du « meilleur des mondes possibles ».4
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